Vu, lu, entendu... Afrique

Le Mali et nous


25/01/2013



Le Mali et nous
Par la voix de Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS, Le Monde du 23 janvier nous offre une analyse lumineuse - ou un réquisitoire impitoyable - de la responsabilité occidentale et particulièrement française, dans la situation au Mali ayant mené à la crise actuelle.
 
« La France a une part de responsabilité directe dans l'effondrement de l'Etat malien. Elle a soutenu, dès les années 1980, des programmes d'ajustement structurel d'inspiration néo-libérale qui ont détruit l'école et la santé publiques, ouvrant une voie royale aux institutions islamiques de substitution.

Elle a endossé la libéralisation de la filière coton, voulue par la Banque mondiale, qui a accéléré l'exode rural et l'émigration, tout en bloquant cette dernière, alors même que les remises des expatriés sont plus élevées que l'aide publique au développement (...) 

Nicolas Sarkozy a également contribué à l'affaiblissemenbt de l'autorité du président Amadou Toumani Touré en exigeant de lui la signature d'un accord de réadmission des migrants clandestins, politiquement inacceptable aux yeux de son opinion publique, et en guerroyant sur le territoire malien de pair avec l'armée mauritanienne à partir de 2010, sans même toujours l'en avertir.

Cette militarisation de la question du nord-Mali a conféré à Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), érigé en ennemi principal de la France à l'extrémité d'un "arc de crise" supposé s'étendre du Pakistan à la Mauritanie, des lettres de noblesse anti-impérialistes qui ont facilité son recrutement de combattants. Elle a aussi gonflé le flot des déplacés et des réfugiés en aggravant la pauvreté des populations sahariennes (...)

Le coup de grâce est venu en 2011: la guerre de Libye a conduit les Touareg maliens enrôlés dans les rangs du colonel Kadhafi à rentrer au pays avec plus d'armes que de bagages. On connaît la suite : la proclamation de l('indépendance de l'Azawad une fois que fut consommée la déroute de l'armée maalienne (...) et l'OPA hostile des djihadistes sur le nord du Mali. En outre, la guerre de Libye a désorgaanisé les intérêts économiques des réseaux d'affaires du colonel Kadhafi dont les investissements conséquents contribuaient à la stabilisation du Sahel (...)

Enfin, la prohibition des narcotiques et l'endiguement coercitif de l'émigration que mettent en oeuvre les autorités françaises, en dépit de l'inanité de ces politiques publiques, procurent aux trafiquants deux formidables rentes de situation et risquent fort d'avoir les mêmes effets au Sahel qu'en Amérique centrale (...) La France, les pays occidentaux se sont trompés sur le Sahel depuis trente ans et récoltent ce qu'ils sont semé. »





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Le billet de la semaine

Les vieux

Papy Michel (Drucker), 76 ans, publie 286 pages "pour rester jeune" tout en attaquant de nouveau le "jeunisme ambiant". N'y a-t-il pas là une sorte d'antilogie, pourrait chuinter notre académicien chenu Valéry Giscard, 92 ans ? Vouloir rester jeune quand on est vieux, n'est-ce pas du jeunisme ? En fait, Papy s'accroche, vieille histoire. Brassens lui a pourtant dit que le temps ne fait rien à l'affaire : quand on est, on est. Et surtout pas être et avoir été. Au demeurant, on peut être vieux et dans le vent : face à la dictature de l'instant, ne fait-on pas aujourd'hui l'éloge de la lenteur, l'atout majeur des vieux ? Donc, rester gaillard mais lent, engagé mais lent. Marcher lentement ralentit le temps. Pourquoi courir, pédaler, sauter, pour  « mourir jeune », le pire ? Non, plutôt être vieux. Mourir très vieux. Au final, même, « les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour... », comme chantait Brel mort trop jeune il y a 40 ans ce mois-ci. Déjà. Comme le temps passe.

Michel Rouger

16/10/2018

Nono