17/08/2012

« Fleur de béton » de Wilfried N'Sondé



Fleur de béton
Fleur de béton
C'est "West Side Story" à la cité imaginaire des 6000, en banlieue parisienne. L'héroïne Rosa Maria, la fille d'immigrés italiens, grandit sur fond de ghetto. Elle pleure son frère, se console auprès de Margarine, la prostituée et Mouloud si mal dans sa peau et aime Jason comme on aime à 15 ans.
 
Les phrases sont brutes de décoffrage, les mots se heurtent à angle droit. Cela ressemble à une rédaction laborieuse comme celle que fait un gamin de milieu pauvre quand il veut faire de son mieux, employant ici ou là quelques mots savants pour impressionner la maîtresse. Mais ce n'est pas le vocabulaire qui y fait, ni les mots savants du politiquement correct ni les mots codés de "la vie d'ma mère". 

Dans le roman, ils sont là à leur place, " Un chat s'appelle un chat" et Wilfried N'Sondé un "coquin" qui nous coule dans le béton de " la cité, cette hydre tueuse de femmes, d'hommes et d'espoir, un vampire qui se nourrit du sang des jeunes." Sa façon de nous dire que la vie des pauvres ne se pénètre pas comme cela. 

La force de l'espoir

Dans un entretien qu'il accorde à Nathalie Carré du site Africultures, Wilfried N'Sondé dit s'appuyer sur son expérience professionnelle : « J'ai été travailleur social à Berlin pendant une quinzaine d'années, ce qui consistait à, dans un premier temps, regarder la misère humaine dans les yeux, y trouver des remèdes, puis recommencer… Dans mon roman, j'ai effectivement voulu me placer au plus proche des personnages, n'être ni dans le pathos ni dans l'angélisme, appliquer un traitement quasi-naturaliste des protagonistes afin de les présenter au travers des multiples facettes de leurs personnalités. »

Et pourtant, la musique se joue à deux temps, celui des coups, des insultes, du vide à l'horizon des barres de béton et celui du rêve dans la cave transformée en boîte clandestine.Mais il ne sert plus à rien de rêver de la terre des ancêtres, de cette Italie de rêve d'où vient la famille de Rosa Maria, de la famille retrouvée le temps de quelques semaines de vacances à l'époque où il n'y avait pas le chômage et qu'on pouvait se payer le crédit. Ils sont là tous à rêver avec nostalgie de l'avant mais les rêves du passé ne protègent pas et ne sont d'aucun secours pour vivre un présent douloureux et sans issue.

Dans un entretien accordé à Bernard Strainchamps, en juin dernier, Wilfried N'Sondé parle de lumière et d'espoir « résident dans la capacité des unes, des uns et des autres, jeunes ou moins jeunes, à rêver d’ailleurs pour une vie meilleure, et à se projeter vers l’autre. L’amour, le désir, y sont vécues comme des énergies porteuses d’aspirations positives. Cet élan permet à Rosa Maria de se forger une alternative aux aspects noirs et inéluctables de la situation. C’est là que se situe l’espoir. »


Fleur de béton, Actes Sud, mai 2012, 211 pages








Le billet de la semaine

Palestine


Notre "guerre" contre le virus et notre couvre-feu apparaissent ô combien ridicules aujourd’hui devant le deuil, la colère et la peur qui envahissent de nouveau la Palestine. A Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem mais aussi cette fois dans les villes israéliennes. De guerre lasse comme l’on dit, l’opinion mondiale avait fini par se détourner du drame des Palestiniens. Les démocraties européennes fermaient les yeux sur une colonisation toujours plus agressive, un apartheid sans complexe, la dérive dans les deux camps de pouvoirs corrompus, l’enracinement d’une extrême droite israélienne jeune et provocatrice. L’Europe ne devrait pourtant jamais oublier que la confrontation qui continue sans fin d’ensanglanter la Palestine est née surtout de son propre passé antisémite et colonial.

Michel Rouger
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