Vu, lu, entendu...

02/11/2011

En librairie : « La centrale »




En librairie : « La centrale »
« La centrale », d'Elisabeth Filhol, ça pourrait être la centrale pénitentiaire, lieu d'enfermement pour les détenus condamnés par la société à des peines d'emprisonnement de longue durée. Mais « la centrale » dont il est question dans ce court texte est un lieu où les enfermés sont tous volontaires, malgré l'épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête : la centrale nucléaire, qui menace directement la vie des hommes et femmes qui y travaillent, tous anxieux de rester chaque jour en deça de la dose de radiations autorisée, sous peine, dès le lendemain, de devoir dire « adieu » à leur travail, envahis par « la crainte de recevoir la dose de trop, celle qui va vous mettre hors jeu jusqu'à la saison prochaine.

Les « travailleurs » dont il s'agit ici sont les soutiers de l'atome, les « petites mains » du nucléaire. Ces employés d'entreprises de sous-traitance et d'agences d'intérim, devenus nomades par la force des choses, qui courent après des contrats de courte durée, d'un bout à l'autre de la France, de Chinon au Blayais, du Tricastin à Gravelines, le temps de la maintenance d'un réacteur.

Face à l'aristocratie du nucléaire que sont, comparés à eux, les salariés d'EDF ou d'Areva, ceux-ci vivent toute l'année une existence en marge de leur vie réelle, même s'ils se retrouvent de chantiers en chantiers, reconstituant entre eux une sorte de micro-société, logeant, pour réduire les frais au minimum, dans une caravane ou un mobil home d'un camping resté ouvert pour eux seuls, l'été fini et les vacanciers partis.
 
On entre en nucléaire comme on entre en religion. Oser poser une question, c'est déjà douter, c'est déjà se placer en dehors de la communauté, c'est être perçu « contre », même si tel n'est pas le cas.

Bien qu'il soit présenté comme un « roman », ce livre renvoie d'une certaine façon, avec plus de froideur et de distance, au « Quai de Ouistreham », le « reportage » écrit par Florence Aubenas après sa plongée, pendant six mois, dans le monde des « sociétés de propreté », où les agents intérimaires sont cette fois des femmes de ménage. Deux regards dénués de misérabilisme sur « la France d'en bas », dramatiquement absente du débat public.

Publié chez P.O.L en 2010, « La Centrale », un premier roman, a obtenu le prix France Culture/Télérama 2010. Il est sorti en édition de poche, chez Folio, à l'automne 2011. « Le quai de Ouistreham » est également disponible en collection de poche.

En complément de « La Centrale », on pourra lire avec intérêt « Les moissons de l'atome », sous-titré « au nom du progrès, le nucléaire s'est imposé au Cotentin », un reportage écrit par Léna Mauger, publié dans le numéro 16 (Automne 2011) de l'excellente revue XXI.

Clarisse Lucas
 





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Le billet de la semaine

​Marché colonial

Toi, viens, toi dehors... Sur les bords de la Méditerranée, une nouvelle place du marché est née. Des femmes et des hommes épuisés par un horrible voyage attendent. Des fonctionnaires français passent, s'arrêtent, choisissent : ils font leur marché selon les besoins en main d'œuvre décrétés par le gouvernement. Jadis la France est allée coloniser et spolier l'Afrique. Puis les Total, Bolloré et consorts ont continué à piller ses ressources en soutenant des dirigeants corrompus. Aujourd'hui, en renouant avec les « quotas » des années 30, l'ancienne puissance coloniale pille ouvertement le savoir-faire des pays africains, ce qui va les enfoncer un peu plus. Après les ingénieurs et médecins par milliers, les ouvriers qualifiés. Mais il y a là du matériel électoral pas cher et payant. Créer ces quotas suggère que les immigrés nous envahissent. Durcir l'aide médicale insinue qu'ils abusent. C'est faux, ignoble, mais ça éclipse les retraites, urgences ou assurance chômage. Et en faisant de nouveau du Sarkozy, qui prônait les quotas en 2008, Macron met la droite au supplice : « Nous aussi, on nous pille ! » C'est ça le pire.

Michel Rouger

08/11/2019

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