Vu, lu, entendu... Travail

25/08/2014

La déshumanisation du travail décryptée




La déshumanisation du travail décryptée
« J’ai peur qu’un salarié de mon entreprise se donne la mort. […] J’ai peur vraiment […] Et je ne veux pas participer à ça. » Ce témoignage terrible d’un ancien directeur des ressources humaines introduit l’émission « DRH : Direction inhumaine des ressources ». Rediffusé le 24 août sur les ondes de France culture, le débat met en cause la gestion actuelle des conditions de travail et des carrières. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi les salariés ne se rebellent-ils pas ? Comment forme-t-on les directeurs des ressources humaines ? Les différents invités décryptent un phénomène qui n’est pas nouveau.
 
Chasse effrénée au gaspillage pour rendre les travailleurs plus productifs. Toujours plus, toujours plus loin, toujours tendre la corde, jusqu’à ce qu’elle rompe. Par des procédés tels que la méthode Lean, qui réorganise le travail pour en réduire les coûts. « Le Lean, c’est l’idéologie du renoncement de ce qui fait mon métier. » Bertrand Jacquier, ingénieur qui l’a lui-même mise en œuvre, décortique les mécanismes de cette méthode, aliénante pour le salarié comme pour celui qui l’applique.
 
Aboli l’esprit critique des managers, ivres d’efficacité et de rentabilité. Et au bout du bout, ce choix impossible : continuer malgré soi ou pointer à Pôle emploi.
 
Banalisation du harcèlement moral, calcul "objectif" de l'implication du salarié, de son sens de l'originalité, de son esprit d'équipe. La seule chose que l’on ne mesure pas dans ce système fou où même les gestionnaires de ressources humaines craquent, ce sont le bien-être au travail, les risques psycho-sociaux. « On évite soigneusement d’aller voir. »
 
Du Lean au management maigre, de Bertrand Jacquier, éd. Lulu.com, novembre 2013, 12,55 euros





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Le billet de la semaine

​Marché colonial

Toi, viens, toi dehors... Sur les bords de la Méditerranée, une nouvelle place du marché est née. Des femmes et des hommes épuisés par un horrible voyage attendent. Des fonctionnaires français passent, s'arrêtent, choisissent : ils font leur marché selon les besoins en main d'œuvre décrétés par le gouvernement. Jadis la France est allée coloniser et spolier l'Afrique. Puis les Total, Bolloré et consorts ont continué à piller ses ressources en soutenant des dirigeants corrompus. Aujourd'hui, en renouant avec les « quotas » des années 30, l'ancienne puissance coloniale pille ouvertement le savoir-faire des pays africains, ce qui va les enfoncer un peu plus. Après les ingénieurs et médecins par milliers, les ouvriers qualifiés. Mais il y a là du matériel électoral pas cher et payant. Créer ces quotas suggère que les immigrés nous envahissent. Durcir l'aide médicale insinue qu'ils abusent. C'est faux, ignoble, mais ça éclipse les retraites, urgences ou assurance chômage. Et en faisant de nouveau du Sarkozy, qui prônait les quotas en 2008, Macron met la droite au supplice : « Nous aussi, on nous pille ! » C'est ça le pire.

Michel Rouger

08/11/2019

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