(Dé ?)confiné·e·s

26/03/2020

Catherine, confinée à Montreuil : vues sensibles d’une cité endormie


Chaque jour, Catherine Dalichoux, confinée à Montreuil en Seine-Saint-Denis, sort de son appartement dans la limite de l'heure et du kilomètre autorisés. Et chaque jour, elle photographie son environnement, postant sur le net ses clichés. Maisons isolées, maisons aux airs abandonnés et pourtant habitées, barres d’immeubles où se confine la diversité du monde, expressions de street-art, beaucoup de fleurs aussi en ce printemps endolori mais surtout, des traces de lutte, d'indignation et de résistance inscrites aux murs : elle offre en partage ces vues sensibles d’une cité endormie.




C’est un carnet de bord, un recueil de mémoires, un journal intime. Depuis le premier jour du confinement, Catherine Dalichoux photographie avec son téléphone portable les instants qui l’inspirent. Arrêt sur image, sans prétention artistique. Juste le désir de partager un regard, selon l’humeur du moment :
« C’est quelque chose qui attire mon œil, touchant ou poétique, une vieille affiche qui se décompose comme une fin de monde… »
Avec elle, on suit son parcours et ses haltes : un arbre, une boîte aux lettres, une façade, une veille inscription… Il y a finalement quelque chose qui captive dans ce rendez-vous qu’elle poste sur un réseau social. Catherine donne à voir le quotidien d’une ville aux visages multiples, endormie durant le temps de cette catastrophe sanitaire. Elle laisse aussi transparaître les choses qui l’animent, un refus de violence, une quête de justice et surtout, la soif de liberté.

Catherine, confinée à Montreuil : vues sensibles d’une cité endormie

Médiation et relations humaines

Catherine, 59 ans, n’est pas une professionnelle de la photographie, s’étant jusqu’alors consacrée aux relations humaines. Elle dit aimer beaucoup le déséquilibre. Peut-être de par ses origines… Née d’une mère serbo-croate et d’un père bourguignon, elle a plaisir, enfant, à irriter l’administration en écrivant dans la case "nationalité", « burgundo serbo-croate » !
« Je ne connais rien de l’histoire de ma mère, dont les parents, en grande pauvreté, sont arrivés en Normandie dans les années 1930. Pas même le nom de son village de naissance… »
Après des études en histoire-géographie, une maîtrise de sciences politiques, des études en ressources humaines, elle enchaîne les expériences professionnelles dans une école informatique, France abonnements, et se spécialise dans les relations humaines :
« ... pas le côté dur des RH - contrats, recrutement, plans sociaux - qui m’ennuie profondément mais le côté médiation, la résolution de conflits, les relations entre les gens… »

Aux côtés des paysans et des agriculteurs

Elle découvre qu’elle aime par-dessus tout faciliter les liens entre les êtres et intègre alors le secrétariat général de l’enseignement catholique à Paris, aux côtés de Paul Malartre, André Blandin, Gilles du Rétail…
« Je quittais la pression du chiffre et des objectifs de rentabilité pour découvrir la réflexion philosophique, le sens de l’humain et ça me convenait bien. »
Pendant dix-huit ans, elle exerce comme collaboratrice du département ressources humaines du réseau, s’attachant à accompagner le quotidien des enseignants et des chefs d’établissement jusqu’à ce que le Cneap, réseau d'établissements d'enseignement agricole privés et de centres de formation vers les métiers de la nature et du vivant, lui propose d’intégrer leur équipe.

Catherine, confinée à Montreuil : vues sensibles d’une cité endormie

Montreuil, ville de diversité

Catherine habite Montreuil depuis deux ans, que l’on nomme la deuxième ville malienne après Bamako :
« C’est une ville assez extraordinaire, où se côtoient, petites maisons réhabilitées, pavillons individuels et grandes barres d’immeubles collectifs. Ça foisonne de diversité, d’activités associatives, de création artistique. Habitants désargentés, bobos parisiens, alternatifs, écolos avec amap et immeubles autogérés se côtoient dans une grande proximité. »
Elle n’est membre d’aucun parti mais n’hésite pas à descendre dans la rue pour y prôner l’égalité entre les femmes et les hommes, manifester contre des réformes de l’enseignement qu’elle juge injustes, contre le terrorisme ou encore, pour revendiquer un « mariage pour tous ». Cette maman de trois enfants, qui aujourd’hui vit seule dans son appartement de Montreuil, passionnée de théâtre et de clowns dans les hôpitaux, poursuit son engagement dans le bénévolat, toujours partante pour assurer une maraude avec le Secours catholique ou veiller au bien-être des personnes en précarité avec les Petits frères des pauvres :
« Je me sens plus que jamais militante. Mais avec moi-même, mon miroir et… mon appareil photo. »
 
Texte : Tugdual Ruellan.




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Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
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26/11/2020

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