(Dé ?)confiné·e·s

27/03/2020

Anne, déléguée syndicale, avec les salariés pour faire face au coronavirus


Voici l'histoire ordinaire de salariés travaillant à notre approvisionnement. En ces temps de confinement le commerce en ligne voit son activité exploser mais la digitalisation des achats ne doit pas faire oublier au consommateur confortablement confiné, l'armée des travailleurs et travailleuses des services logistique sans lesquels ce bel édifice s'effondre. Pour en savoir plus nous avons Interviewé Anne, déléguée CFDT dans une PME bretonne.


Allons voir derrière l'écran de nos ordinateurs
Allons voir derrière l'écran de nos ordinateurs
La semaine du 11 Mars j'étais en congé", précise Anne, déléguée syndicale CFDT, avec laquelle nous nous entretenons par téléphone. La directrice adjointe et la DRH m'ont appelée pour me parler de la situation et m'expliquer les mesures qu'allait prendre l'entreprise pour faire face à l'épidémie de Coronavirus.
Bien que sa santé soit fragile, Anne a tenu à rejoindre son poste dans l'entreprise pour être proche des salariés qu'elle représente. Voilà plus de dix ans qu'elle travaille dans cette PME de la nouvelle économie, spécialisée dans la vente en ligne de produits bios. Elle fait partie de l'équipe pionnière qui autour du couple fondateur a porté le développement et la réussite de l'entreprise.

Auray un des clusters de l'infection au coronavirus

Depuis près de trois semaines, l'entreprise et ses salariés font face à de lourdes contraintes de fonctionnement qui exigent une grande réactivité.
On sait faire mais la vérité d'aujourd'hui n'est pas celle de demain, me prévient Anne. On ajuste jour après jour et on ne sait pas si on pourra tenir ! Tout ne dépend pas de nous mais principalement des fournisseurs, des transporteurs, des possibilités de livraison à domicile par la poste...
En effet le "management agile" comme on dit dans les traités de management à la mode, est une marque de fabrique de cette startup qui a connu, avec des hauts et des bas, un fort développement. Aujourd'hui elle est bien placée sur sa niche de marché. 70 salariés sont employés à Auray  et dans le sud de la France....
 
Ces derniers mois cependant, un ralentissement des ventes dû au contexte concurrentiel très erratique a obligé la direction à procéder à quelques licenciements, non encore effectifs.
Mais là, depuis trois semaines, on a du faire face à une explosion des commandes et pas des petites, explique Anne. On s'est fait dépouiller des produits d'alimentation bio. On est en rupture sur plusieurs de nos produits phares qui sont de première nécessité.

Ici on n'est pas chez Amazon

Tous ceux qui peuvent télé-travailler le font et ça n'a pas été difficile à mettre en place. Un accord d'entreprise prévoit depuis longtemps des aménagements du travail pour ajuster le temps professionnel à la vie personnelle et le télé travail fait naturellement partie des solutions. 

En revanche pour les équipes de préparation de commandes, le plus gros des effectifs, la présence est nécessaire. Ceux qui devaient garder leurs enfants ont pu prendre un congé de maladie et les mamans solo sont prioritaires. Pour les couples qui souhaitaient alterner la garde d'enfant, on s'est adapté. Tout ça s'est mis en place logiquement en tenant compte des contraintes de chacun. Ainsi une collègue dont la compagne est préparatrice en pharmacie, donc une fonction prioritaire et exposée au virus, a été mise en chômage technique pour limiter le risque de contagion.
 Conséquence de ces mesures, l'entreprise travaille en sous effectif et en flux tendu. 
Ici à Auray les équipes de préparation et de réception ont fondu de moitié.La pression est forte sur celles et ceux qui restent et les retard de commandes s'accumulent ; aujourd'hui 3 000 commandes sont en attente.

Indispensables... mais en préavis

Tout semble rouler finalement ?
Pas si simple. Nous vivons en plein paradoxe. La politique sociale que nous avons négociée avec l'entreprise est très protectrice des collaborateurs et collaboratrices qui ont fait l'entreprise. Une part d'ailleurs est aussi actionnaires.

Le plan de licenciement nécessaire pour l'ajustement des effectifs a été fait selon des critères plutôt défavorables aux derniers embauchés, plus jeunes et souvent célibataires. Et pourtant aujourd'hui c'est d'abord sur eux que nous comptons pour faire tourner l'entreprise, alors qu'ils sont en préavis. Ainsi d'ailleurs que sur les intérimaires que nous avons dû embaucher pour renforcer les équipes...
Et c'est l'origine d'un autre paradoxe :
Pour l'application des mesures de sécurité (port des quelques masques disponibles, de gants, nettoyage régulier des mains et respect des distances dans des allées étroites) les intérimaires sont finalement plus prudents et rigoureux que celles et ceux qui ont intégré des routines de travail dans un environnement qu'ils se sont approprié.

On ne peut travailler la peur au ventre...

Anne, en plus de son travail d'approvisionneuse, est très attentive à ce que ressentent ses collègues.
 La peur est ressentie par beaucoup de collègues qui partent travailler en laissant la famille confinée, avec la crainte de ramener le virus. Une employée du service client est positive ainsi qu'une cadre.

Nicolas qui travaille à la réception des marchandises, en contact permanent avec les chauffeurs à qui il faut souvent rappeler le respect des distances, a repris le boulot à la fin de son congé de paternité, le jour même du confinement.
 La déléguée a aujourd'hui une préoccupation qu'elle veut faire partager à sa direction : attention de ne pas mettre la pression à ceux qui restent travailler.
"Pour réguler le flux de préparation un signal rouge s'allume quand des commandes prennent du retard. C'est un moyen d'alerte qui avait été mis en place en concertation avec les équipes de préparateurs. Mais là pas la peine d'en rajouter, ça ne sert à rien de stresser des gens qui sont très conscients de la charge et font au mieux.
 
Le seul réceptionnaire de commandes qui reste en poste sait que ce n'est pas la peine d'en rajouter avec les "trucs rouges"... les gens sont conscients du boulot à faire... Les collègues sont remarquables dans leur manière de gérer la pression. Une préparatrice me disait ce matin : "une commande l'une après l'autre, sans stress... On ne peut pas faire plus !"

Témoignage recueilli par Alain Jaunault




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Liberté

46 jours. Ça fait 46 jours qu’on est assignés, bouclés dans 3,1416 km², sans pouvoir frôler, toucher, embrasser, festoyer, jogger, bicycletter, surveillés par des policiers à pied, à cheval, à vélo, à moto, en auto, en hélico, épiés par des collabos... Y’a que d’aller bosser qui rend libre, chose au reste discutée depuis l’aube de l’humanité. Au moins, nous voilà à J-11 de la semi-liberté conditionnelle. Sauf que le gouvernement continue de bricoler son StopCovid d’apprenti sorcier. Alors là, geste barrière : Stop au StopCovid. Le confiné sur canapé, qui poste à qui veut sa vie privée sur son smartphone, doit cette fois dire non. Non à tous les virus de l’e-surveillance politique qui mutent vite en virus Xi Jinping que la dictature chinoise veut répandre dans les démocraties : il est déjà à Nice… Ne pas sacrifier la Liberté au besoin de sécurité qui se nourrit de toutes nos peurs est un bon sujet de réflexion et d'action pour les 220 jours de semi-liberté qui nous attendent sans doute d’ici le réveillon. Quand enfin on s’embrassera. Bonne Année ! La santé surtout. Et la Liberté. Peut-être...

Michel Rouger

30/04/2020

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