04/04/2013

Le trafic de cannabis « un capitalisme de parias »


Le journal Le Monde a publié un entretien avec Claire Duport, sociologue, à propos du trafic de cannabis, un sujet encore tabou en France.


Marseille, 8ème arrondissement : jardin de Magalone © Radio France - 2012 / Vincent Desjardins
Marseille, 8ème arrondissement : jardin de Magalone © Radio France - 2012 / Vincent Desjardins
Le trafic de cannabis est « un mode entrepreneurial qui s'inscrit totalement dans nos économies capitalistes. Il répond au principe de l'offre et de la demande avec, du côté de la demande, une société « addictogène » qui pousse à la consommation de drogues, et, du côté de l'offre, une marge paupérisée », explique la sociologue Claire Duport, qui travaille sur les réseaux de cannabis avec un groupe d'intervenants sociaux à Marseille.

Le réseau s'organise selon les compétences dont il a besoin. « Il lui faut des "grossistes" et des "semi-Grossistes", des "nourrices" pour stocker les produits, des "charbonneurs" pour les vendre au détail, des "guetteurs" et des "rabatteurs (...). Les nourrices, explique Claire Duport, sont souvent des personnes vulnérables, des mères isolées par exemple, parfois enrôlées sous la menace. »

Evoquant une « économie de la pauvreté », elle poursuit : « seuls, ceux qui sont à la tête des réseaux s'enrichissent. Les autres triment dans des conditions lamentables, pour peu d'argent (...) Si les gens avaient accès à l'emploi, ils n'iraient pas risquer leur peau à dealer. Jamais je n'ai rencontré un jeune dealer qui me disait aimer ce qu'il faisait (...) Des recherches ont montré que le cannabis génère de très faibles revenus pour les revendeurs au détail : ils ne gagnent souvent pas plus d'un SMIC par mois. Ils ont souvent un petit boulot pour compléter leurs revenus. Sans oublier que cette carrière, généralement très courte, a un coût élevé: la violence et le risque d'incarcération ».


Revenant sur cette question de la violence, Claire Duport dit : « une chose est sûre, il y a beaucoup de violence entre les réseaux mais aussi en leur sein. Par exemple, un guetteur qui n'a pas signalé la venue de la police à temps peut passer un très mauvais moment ».
Interrogée sur les renforts policiers envoyés sur Marseille à ce sujet, la sociologue répond: « Pour moi, ce n'est pas une bonne réponse. Encore faudrait-il que ces policiers soient affectés aux problèmes de trafic, formés à travailler dans cet environnement culturel, et l'envisager comme un service de protection. Et non de répression. (...) S'il faut envoyer du renfort dans les cités, ce n'est donc pas tant du côté de la police que du côté des éducateurs et des animateurs sociaux. L'autre piste à envisager, c'est la dépénalisation, voire la légalisation, parce que c'est la criminalisation du commerce qui génère tant de violence ».

Source : Journal Le Monde, dimanche 31 mars, rubrique Société, page 10 (lien  pour les abonnés).








Le billet de la semaine

​Bolloré en Indochine


Frappé en ce moment par la fuite de journalistes craignant de subir à leur tour, avec l’intrusion du Groupe Bolloré, la dérive droitière de Cnews, le journal L’Express va pouvoir au moins, dans un premier temps, conter les belles histoires du dit Groupe. La dernière se passe au Cambodge. Par amour du caoutchouc, le groupe  français accapare en 2008 des terres ancestrales de l’ethnie Bunong et y plante des hévéas. En 2015, des paysans se rebellent. Suivent divers épisodes. Le dernier a eu lieu le 2 juillet devant le tribunal de Nanterre et a été marqué par une belle victoire du droit français : celui de Bolloré contre les paysans cambodgiens incapables, ces indigènes, de fournir des droits de propriétés en bonne et due forme. Pour prix de leur toupet, ils devront payer en outre une indemnité de procédure au planteur français. L’avocat des Bunongs a aussitôt fait appel. Suspense. Le prochain épisode de Bolloré en Indochine sera à suivre, dans L’Express bien sûr. 

Michel Rouger
20210708_bollore_en_indochine.mp3 20210708 Bolloré en Indochine.mp3  (1.17 Mo)


08/07/2021

Nono



Le Webdocumentaire








Partenaires