Vu, lu, entendu... Maghreb

10/11/2011

En salle : « La source des femmes »



En salle : « La source des femmes »

« L’eau sert à la maison, c’est à la femme d’aller la chercher »

 

Les révolutions arabes ne sont déclenchées bien souvent qu’avec une poignée de personnes. Leila, dont le nom veut dire la nuit, est celle qui va pourtant inonder de sa lumière un village malade d’obscurité. Les femmes du village sont chargées depuis toujours de la corvée de l’eau. Mais elles sont nombreuses à perdre leurs fœtus, là-haut dans la montagne. Le fléau est vécu comme une malédiction à laquelle on ne peut rien. Mais la jeune Leila, que son mari, éduqué, instruit presque en secret, n’accepte pas les fatalités d’un âge d’ignorance. Elle jette une idée, comme une braise incandescente sur l’eau du hammam : faisons la grève… de l’amour !
 

Petit à petit, les femmes se rallient à son combat. Mais a-t-elle seulement mesuré le pouvoir, la force d’un tel acte ? Comment le refus d’une pratique aussi intime, qui a lieu tard le soir et dans le silence, a-t-il pu entraîner de telles conséquences ? En effet, dire « non » coûtera cher pour certaines, mais les femmes ont plus d’une astuce dans leur seau…
 

J’avoue qu’en voyant la bonde annonce, je m’étais dit «  encore une vision occidentale, miroir de nos fantasmes sur le monde arabe ». Car balancer comme ça une « grève du sexe » au milieu d’un village de l’Atlas me paraissait peu réaliste, et pas vraiment en cohérence avec la subtilité connue des femmes arabes, qui d’ailleurs se perçoit d’une toute autre manière dans les films de Nadine Labaki, par exemple.

On peut en effet adresser quelques reproches à « La source des femmes », comme le fait d’opposer de manière assez caricaturale les intégristes et les modérés, ou ce parti d’annoncer en début de film un conte à la manière des « milles et une nuit ». Mais, bien d’autres subtilités se cachaient dans ce film, comme de petites pépites nous adressant autant de clins d’œil. Et on en sort avec des interrogations fondamentales, universelles : comment obtenir ses droits sans violence ? Comment réformer des habitudes ancrées au plus profond des foyers ? Comment rallumer l’amour quand il s’éteint ?
 

Une belle démonstration de pacifisme se déploie : humour, abstinence, graffitis nocturnes … mais aussi les Lettres. C’est Coran en main que les femmes, se réappropriant leur héritage spirituel, essaieront de ranger l’imam de leur côté. S’ouvre alors un monde où tout est possible. Même si on se dit parfois en regardant ces vies que « demain, c’est loin ! », on sait qu’il nous faut maintenant être prêt à toutes les surprises venant « de là-bas », et aussi avoir le courage d’orienter le miroir méditerranéen vers notre propre rive, car c’est bien par rapport à un monde désenchanté que tout paraît conte de l’autre côté.

 

Marjolaine Peuzin


 Plus d'informations sur le site avec une interview de l'auteur, une présentation de l'équipe, de la musique et un dossier pédagogique : www.lasourcedesfemmes.com
 





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Le billet de la semaine

Violence d’État

Réalisant sans coup férir le vœu du Président de rendre le pays « plus humain » en 2020, trois policiers ont interpellé le 3 janvier à Paris un coursier à scooter, Cédric Chouviat, 42 ans, père de 5 enfants, et l’ont asphyxié par un plaquage ventral complété par une fracture du larynx. Mourir lors d’un contrôle routier… Les années se suivent et se ressemblent. L’année 2019 avait commencé par le coma, le 12 janvier, à Bordeaux, du Gilet Jaune Olivier Beziade, touché en pleine tête par un tir de LBD40, qui a inauguré une année répressive jamais vue dans un mouvement social. Le 21 juillet, à Nantes, les lacrymogènes des CRS ont aussi poussé Steve, 24 ans, dans la Loire. Mourir lors d’une Fête de la musique... La violence d’État ne désarme plus. Car le coupable, bien sûr, est moins le policier frappeur que les autorités qui l’arment, le couvrent, lancent leurs forces au premier attroupement, fût-il festif, pour impressionner, intimider. Quand le libéralisme autoritaire fait du citoyen ordinaire un adversaire... 

Michel Rouger
  

09/01/2020

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