Vu, lu, entendu… Moyen-Orient

05/08/2014

En librairie : Chalandon replonge dans la tragédie du Proche-Orient




En librairie : Chalandon replonge dans la tragédie du Proche-Orient
C'est l'histoire d'un rêve fou. Celui de Samuel, metteur en scène juif et exilé Grec, qui veut faire jouer l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth, en pleine guerre. Avec son roman Le Quatrième mur, l'écrivain et journaliste Sorj Chalandon nous entraîne au Liban. Entre théâtre et désespoir.

Un acteur issu de chaque camp incarnera un rôle. Malade, Samuel lègue ce testament à son ami, son frère. C'est donc lui, Georges, qui ira négocier la trêve entre les confessions ennemies et monter la tragédie.

Nous sommes en 1982. Un cinéma en ruines aux allures de théâtre antique, dans la ligne de mire des snipers. Georges, coiffé de la kippa de Samuel, a rassemblé les acteurs : Charbel, le chrétien maronite, Imane, la Palestinienne aux cheveux de feu...
"- Tu es l'orgueil d'Oedipe, a jeté le garçon.
[...] La fille a relevé la tête. Le garçon a ouvert d'autres yeux. L'instant fut magnifique. Deux acteurs se mesuraient. Ni chrétien, ni sunnite, ni Libanais, ni Palestinienne. Deux personnages de théâtre. Antigone et Créon. Elle le narguait. Il la défiait. Elle irait jusqu'à mourir. Il irait jusqu'à la tuer."

La plume de Chalandon, hantée par la guerre, est sublime et puissante.

Puis les chiites, le Druze, la Chaldéenne, etc font leur entrée. Chacun à son tour dit son rôle. Une paix fragile résonne sur la scène de fortune. Jusqu'à ce que la réalité rattrape la tragédie. A moins que ce ne soit l'inverse.

Quelques mois plus tard, c'est le massacre dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, à Beyrouth-Ouest. La voix du narrateur cède la place à celle de Chalandon le journaliste, l'homme. Est-il jamais revenu de Beyrouth ? Il en parle sur France culture.

A l'heure ou le Proche-Orient est à nouveau déchiré par la guerre, à Gaza, en Irak, il faut lire ou relire ce Quatrième mur.

"Deux fenêtres étaient ouvertes. Il était 15h11. Un hurlement terrible. La stupeur. Tous se sont figés, avant de se jeter brusquement sous la table sans un mot. Ils avaient retrouvé les gestes de l'abri.
[...]
Des avions se jetaient sur la ville. Ils bombardaient la capitale du Liban. C'était incroyable, dégueulasse et immense. J'étais en guerre. Cette fois, vraiment. J'avais fermé les yeux. Je tremblais. Ni la peur, ni la surprise, ni la rage, ni la haine de rien. Juste le choc terrible, répété, le fracas immense, la violence brute, pure, l'acier en tous sens, le feu, la fumée, les sirènes réveillées les unes après les autres, les klaxons de voitures folles, les hurlements de la rue, les explosions, encore, encore, encore."


Le Quatrième mur, de Sorj Chalandon, éd. Grasset, 2013, 19 euros
Antigone, de Jean Anouilh, éd. La Table ronde, 2008, 5,90 euros







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Toi, viens, toi dehors... Sur les bords de la Méditerranée, une nouvelle place du marché est née. Des femmes et des hommes épuisés par un horrible voyage attendent. Des fonctionnaires français passent, s'arrêtent, choisissent : ils font leur marché selon les besoins en main d'œuvre décrétés par le gouvernement. Jadis la France est allée coloniser et spolier l'Afrique. Puis les Total, Bolloré et consorts ont continué à piller ses ressources en soutenant des dirigeants corrompus. Aujourd'hui, en renouant avec les « quotas » des années 30, l'ancienne puissance coloniale pille ouvertement le savoir-faire des pays africains, ce qui va les enfoncer un peu plus. Après les ingénieurs et médecins par milliers, les ouvriers qualifiés. Mais il y a là du matériel électoral pas cher et payant. Créer ces quotas suggère que les immigrés nous envahissent. Durcir l'aide médicale insinue qu'ils abusent. C'est faux, ignoble, mais ça éclipse les retraites, urgences ou assurance chômage. Et en faisant de nouveau du Sarkozy, qui prônait les quotas en 2008, Macron met la droite au supplice : « Nous aussi, on nous pille ! » C'est ça le pire.

Michel Rouger

08/11/2019

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