Citoyenneté / Libertés

20/02/2019

Écrire et s'engager, les anti-douleur de Marie Robin


Depuis près de quinze ans, la douleur, tapie dans le nerf sciatique, est toujours là, quotidiennement, prête à prendre le dessus. Pour faire face, Marie Robin a fourbi des armes. Deux entre autres : dévoreuse de livres, elle s'est faite écrivaine ; fille d'une inoxydable militante, elle se bat pour les autres, les jeunes en insertion, les migrants...


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« Je n'aime pas qu'on dise que j'ai du courage ! », sourit-elle fermement en nous accueillant dans sa maison de Saint-Malo. Alors parlons d'un sacré tempérament car il en faut pour dominer cette souffrance physique, aiguë ou diffuse, provoquée par la lésion du nerf sciatique, et dont l'émotion, souvent, aggrave le ressenti. Bien des gens, d'ailleurs, l'ont découvert ce tempérament : les lecteurs de Marie Robin. 

L'écriture n'est pas venue tout de suite transcender le supplice, les parcours de soins/parcours du combattant, une vie en tranches, les séances de kiné, hypnose, sophro, analyse..., sa "boîte à outils" comme elle dit, contre la douleur. L'écriture s'est approchée peu à peu de l'assistante sociale en milieu psychiatrique, passionnée de littérature, dévoreuse de livres durant ses nuits blanches. Grâce à une amie.

« Elle avait un cancer du sein, raconte-t-elle, et pour se soutenir, on s'adressait des mails une ou deux fois par jour. Elle me disait "Tu devrais écrire." » Une amie de bon conseil. Depuis dix ans tout juste, la liste des ouvrages de Marie Robin n'a cessé de s'allonger. 
 

Écrire et s'engager, les anti-douleur de Marie Robin

Pas question de « disparaître de la circulation »

Au-dessus du lot, peut-être, il y en a un, publié en 2015, dont le titre joliment tourné dit tout de son auteure : "L'écharpe de la douleur". Un livre-témoignage, à partager. « Un petit récit dans lequel je tente d'analyser comment vivre avec une douleur chronique », explique Marie Robin sur le forum de myhandicap où elle partage aussi son expérience comme patiente-experte. 

Elle n'y propose pas de recette magique. Il n'y en a pas,  surtout chez elle : « Je ne peux pas prendre de médicaments ou très peu, pas de morphine, indique Marie Robin, il a fallu faire avec ça... » Faire surtout « qu'elle ne prenne pas le dessus, quand elle vient, c'est infernal. » 

« Le plus difficile,
poursuit-elle, c'est d'accepter les frustrations. Quand on m'a dit "Il faudra peut-être envisager le fauteuil roulant", alors là ! Aussitôt,  je me suis mise à chercher : la sophrologie, l'hypnose, l'analyse par ailleurs... » Pas question de « disparaître de la circulation. Je me suis dit : "Tu as la vie devant toi, qu'est-ce que tu fais ?" »

Témoignage, humour, poésie ou histoires pour enfants....

Ainsi naissent les livres. Marie Robin aime circuler dans différents genres. "Huis clos", publié en 2012, se présente comme une galerie de personnages imaginés dans la salle d'attente de son kiné. Dans "Les Pétasses de La Lanterne", en décembre 2017, roman à quatre mains réalisé avec Roland Tafforin, elle croque avec humour une dizaine de clientes d'un bistrot de Saint-Malo. A côté de cela, il y a des livrets de poésie, des histoires pour enfants dont la dernière en date, Scribouille, aux éditions Feuille de ligne.

Les idées ne manquent pas. Ni les sollicitations : « Une amie m'a dit "je te donne toutes mes notes" et j'ai commencé un récit romancé sur la violence conjugale. Une autre souhaite que j'écrive sur un peintre... » L'écriture passion pour rabattre la douleur même si celle-ci oblige à être « dans l'écriture courte ».

Écrire et s'engager, les anti-douleur de Marie Robin

Une franc-maçonne, fille d'une militante catholique

De toutes façons, Marie Robin ne cesse de « ​travailler son énergie », notamment en poursuivant, à sa mesure, une pratique sportive.  Car elle ne fait pas qu'écrire ! « La liberté, l'égalité, la fraternité, l'ouverture, la diversité, les rencontres, c'est ce qui fait ma vie », dit-elle aussi en évoquant ses engagements. 

Ils s'enracinent dans ses origines familiales, à Tergnier, en Picardie, un haut-lieu des chemins de fer où travaillait d'ailleurs son père. Sa mère, sténo-dactylo, s'est arrêtée pour s'occuper de ses enfants... et pas seulement.  « Elle était toujours en réunion », militant notamment à l'Action catholique ouvrière, à ATD Quart Monde. « A 89 ans, elle milite toujours, au Secours Catholique, aux restos du cœur, s'émerveille Marie Robin : elle a même écrit à l'évêque pour soutenir le mariage des prêtres. » 

Marie Robin ne croit pas en Dieu. Elle cultive les valeurs humaines de sa mère à l'Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain. « La franc-maçonnerie m'apporte une réflexion sociétale, philosophique » , dit-elle, qu'elle met en pratique dans diverses associations telles Loisirs Pluriels (sur le handicap), Effata (accueil de réfugiés), AGIRabcd  pour l'lllétrisme ou l'employabilité.

De l'accueil de réfugiés à l'insertion des jeunes avec AGIRabcd

« Quand je me suis retrouvée en maladie, je me suis beaucoup investie dans l'Unafam, (l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques),  j'ai monté une antenne ici. » Elle s'en est retirée il y a trois ou quatre ans au profit notamment d'Effata ("Ouvre-toi")  suite à l'appel lancé aux catholiques en 2015 par le pape François pour qu'ils accueillent des réfugiés.

La non-croyante sest retrouvée ainsi parmi les paroissiens : « J'étais malade de voir tous ces réfugiés à la télé et moi, là, inutile. » « Une équipe de six personnes s'est constituée. On a trouvé deux hébergements, Deux familles de yézidis sont arrivées en avril 2016 et en avril 2018 puis une troisième avec cinq enfants dont deux nés en camp. Nous sommes huit qui apportons chacun nos compétences : moi, ce sont les paperasses et la santé... »

Dans le groupe, il y a plusieurs agiriens et agiriennes, en d'autres termes des adhérents d'AGIRabcd où elle est très active dans l'insertion des jeunes (parrainage, préparation aux entretiens...) et dans l'illettrisme ainsi que dans le groupe communication. 

On pourrait parler de bien d'autres activités, présentes ou passées comme ses émissions de poésie à la radio RPV... « Toute cette ouverture, a-t-elle constaté en finissant, c'est parce que j'ai ce temps libre ».  Pour autant « La douleur a-t-elle un sens ? » La question, de toute une vie, est restée en suspens.

Michel Rouger




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Le billet de la semaine

​C’est la guerre

Tocsin. Mobilisation générale. "Nous sommes en guerre", a martelé six fois lundi soir le Président Chef des Armées. Tous aux abris ! Et bien entendu : on ne va pas, par désinvolture, filer la saloperie aux plus fragiles au risque qu’ils en meurent et d’aggraver la charge de travail des personnels soignants. Car l’ennemi pilonne durement nos services de santé inconsidérément fragilisés. Un peu comme nos bornés de généraux de 1914 avaient lancé des soldats en rouge/bleu horizon sous la mitraille allemande, nos gouvernants affaiblissent depuis des décennies nos hôpitaux. Avant que surgisse cette guerre, les héros célébrés aujourd’hui ont réclamé en vain des effectifs, des lits, des moyens suffisants. Ils se battaient depuis le 18 mars 2019, un an, impuissants comme nous tous devant la pandémie financière, dite parfois grippe américaine et en France CAC-40, qui n’est d’ailleurs pas pour rien dans celle du Covid-19. Mais regardons l’horizon. "Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause", a lancé lundi le chef de l’État. Après tout, après juin 40, il y eut mars 44, le programme du Conseil national de la Résistance, les Jours Heureux, la sécurité sociale pour tous, la solidarité collective. Ok, Général. En marche.

Michel Rouger
 

17/03/2020

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