Citoyenneté / Libertés

03/09/2019

Cécile, ses amis et leur mille "Artistes de la Vie"

Texte : Michel Rouger


En cette rentrée, voilà un film que les lectrices et lecteurs d'Histoires Ordinaires ne sauraient manquer ! A partir des quelque 1 060 témoignages de gens porteurs de projets citoyens filmés depuis douze ans, le média associatif "On passe à l'acte" a réalisé un film de 73 mn "Les Artistes de la Vie" qui se veut une invitation et un outil pour agir. Rencontre avec Cécile Cathelin, membre de cette petite équipe de passeurs positifs.



les_artistes_de_la_vie.mp3 Les Artistes de la Vie.mp3  (9.55 Mo)

Avant de raconter comment elle est tombée dans ce chaudron d'utopies concrètes qui vous regonflent le moral en ces temps cafardeux, comment elle est passée un jour "de la colère à l'envie de construire", Cécile revient sur l'origine, en 2007, d'On passe à l'acte. Tout est parti de  l'aspiration d'un jeune musicien, Mathias Lahiani, à regarder autrement la vie :
Mathias était déçu par l'égo qui sévit dans le monde des musiciens et surtout il ne supportait plus d'être inondé d'informations négatives qui tuent, à ses yeux, l'envie d'agir. Il a repéré dans son entourage et sa région de Montpellier des gens inspirants, il a dressé des fiches et décidé de les montrer. 

Mathias décide de ne plus travailler qu'à mi-temps dans son studio d'enregistrement et réunit un groupe d'amis. Ils investissent leurs économies dans la vidéo et le web. Douze ans après, ils sont toujours là. Il y a Fabien Gaillard, le graphiste et  vidéaste qui a donné son identité à On passe à l'acte, Raphaël Chassigneux, le développeur web, qui s'est engagé deux ans plus tard dans l'habitat écologique et solidaire avec l'association Ecoravie,  Pauline Orain (vidéo, gestion humaine) qui a lancé de son côté «  Nos mémoires vives » : des documents sonores qui racontent la grande histoire par les petites histoires des personnes âgées. 

Cécile les a rejoints il y a deux ans et demi. "Avant 30 ans, il faut que je travaille ! " se disait-elle souvent en se formant à mi-temps sur les bancs de Sciences Po Lyon et pour le reste dans les manifs et les AG.  
Mon père, m'a transmis l'importance de la politique, du collectif, de la vie de la cité, le sens du plus grand que soi, il m'a instruite sur les injustices du monde.  Fils de paysan, il était devenu enseignant mais n'a jamais oublié d'où il venait.

Une étudiante en colère

Sitôt sortie de lycée avec son Bac S, elle est entraînée dans l'un de ces conflits étudiants où l'on apprend la politique et la vie. Pour elle, c'est celui du CPE, le contrat première embauche, en février et mars 2006 : la mobilisation est telle que le gouvernement Villepin retire la loi pourtant votée et promulguée.  
C'est un apprentissage très fort.  On a bloqué des gares, des périphériques, créer des évènements grands publics, fait des actions illégales, testé les limites du système.
L'année d'après, l'élection de Sarkozy fait de nouveau grimper la fièvre. En 2009, après son année à l'étranger, aux Etats-Unis, arrive la réforme des universités : d'autres manifs, d'autres AG... 
J'étais très en colère. On remettait tout en question, le travail, le couple...
Après une thèse de doctorat  sur le jeu des acteurs dans la politique forestière au Costa Rica, un voyage à vélo de sept mois avec une amie, Cecile passe de la colère à l'envie de construire. Elle a 30 ans et ce sera à On passe à l'acte.

Cécile, ses amis et leur mille "Artistes de la Vie"

"Dire que le monde est pourri ne donne pas envie de s'engager"

En découvrant ces gens porteurs de projets, entrepreneurs sociaux, j'ai redécouvert un autre sens au travail : une contribution à la société. Le travail, on peut trimer, être exploité mais c'est aussi la liberté : la liberté de faire, de créer. C'est noble, positif, dès lors qu'on connecte son travail à ses valeurs profondes, au bien commun
La spécialité d'On passe à l'acte, c'est montrer le pouvoir d'agir individuel profitable à tous. On est tourné vers le Pour. L'énergie du Contre n'est pas durable. On nous prévient que le monde est fini ! Mais on a besoin d'espoir ! Dire que le monde est pourri ne donne pas envie de s'engager. Il faut reprendre le flambeau, il y a tout à faire, rendre le développement durable désirable. Et on n'a jamais eu autant de ressources...
Beaucoup de gens changent de vie, démissionnent de leur travail mais pas en disant  "Je vais tout arrêter" :  ils mettent leurs compétences au service du bien commun, on a plein d'exemples. Il faut que les idéalistes qui rêvent le monde n'en restent pas au "y'a qu'à" mais incarnent leurs idées, soient concrets ; les réalistes, eux, doivent se connecter au sens. C'est en unissant les deux cultures qu'on changera le monde. 
Faire travailler ensemble les gens, les écologistes, les entrepreneurs, les institutionnels qui bien souvent se jugent et s'opposent : c'est devenu aujourd'hui une priorité à On passe à l'acte, une seconde phase, inaugurée l'an dernier par un travail commun sur le Parc naturel régional des Bauges. En gestation depuis deux ans, une coopérative doit naître sous peu où le média lui-même se retrouvera au milieu de multiples acteurs.

Un film + des outils, de l'entraide, des ressources : du vrai ciné-action

Nul doute que le film va doper cette démarche politique et réellement philosophique d'On passe à l'acte. Issu de tant de rencontres, "Artistes de la Vie", réalisé par Pierre Westelynck, est d'une grande richesse, fourmille d'idées dans tous les domaines, communique une belle dose d'énergie au public. Mais la campagne citoyenne qui l'accompagne est aussi importante.  

Une double dispositif a été mis en place. Les projections sont d'abord suivies d'un échange pour "convertir les émotions du moment présent en action pour améliorer notre futur". En d'autres termes, avec quelques témoins interviewés par On passe à l'acte" mais aussi entre eux les spectateurs peuvent partager idées et projets. 

Et ils ne repartent pas sans outillage. Bien au contraire. Une plateforme numérique a été créée pour agir et s'entraider. qui s'ajoute aux autres outils déjà en place tel le Labe, le laboratoire de l'engagement. 

Pour trouver la séance la plus proche de chez soi... et en savoir davantage sur toute l'opération, on peut consulter, il y a le choix : le site du film Artistes de la vie, l'agenda  d'On passe à l'acte, la page facebook  ou le site du distributeur Kamea Meah, qui a d'ailleurs une belle série de films "inspirants" à son catalogue. Et vous pouvez vous-même proposer d'organiser une projection. Un guide d’animation permet à tout le monde de mettre sur pied ce ciné-action dans sa ville.
 




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Le billet de la semaine

​Marché colonial

Toi, viens, toi dehors... Sur les bords de la Méditerranée, une nouvelle place du marché est née. Des femmes et des hommes épuisés par un horrible voyage attendent. Des fonctionnaires français passent, s'arrêtent, choisissent : ils font leur marché selon les besoins en main d'œuvre décrétés par le gouvernement. Jadis la France est allée coloniser et spolier l'Afrique. Puis les Total, Bolloré et consorts ont continué à piller ses ressources en soutenant des dirigeants corrompus. Aujourd'hui, en renouant avec les « quotas » des années 30, l'ancienne puissance coloniale pille ouvertement le savoir-faire des pays africains, ce qui va les enfoncer un peu plus. Après les ingénieurs et médecins par milliers, les ouvriers qualifiés. Mais il y a là du matériel électoral pas cher et payant. Créer ces quotas suggère que les immigrés nous envahissent. Durcir l'aide médicale insinue qu'ils abusent. C'est faux, ignoble, mais ça éclipse les retraites, urgences ou assurance chômage. Et en faisant de nouveau du Sarkozy, qui prônait les quotas en 2008, Macron met la droite au supplice : « Nous aussi, on nous pille ! » C'est ça le pire.

Michel Rouger

08/11/2019

Nono












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