Élections municipales

05/03/2020

L'engagement naturel d'un élu municipal savoyard

Texte : Alberte Skoric


Beaucoup d'élus municipaux lui ressemblent, aussi dévoués qu'invisibles. A Publier-Amphion, 7 300 habitants, au bord du lac Léman, entre Thonon-les-Bains et Evian, l'enfant du pays Xavier Deconche, 47 ans, affiche un bon lot d'expériences professionnelles et associatives. Il ne succédera pas au maire sortant dont il était l'adjoint. C'est un général de gendarmerie en retraite qui l'a emporté le 15 mars. Xavier Deconche va être dans l'opposition, toujours pour le service de ses concitoyens.


L'engagement naturel d'un élu municipal savoyard
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Xavier Deconche est la bonhommie personnifiée, il rayonne de gentillesse et vous êtes emporté par son rire franc et joyeux. Petit dernier d’une fratrie de sept enfants, il est né en octobre 1972 à Amphion-Publier – 1 500 habitants à l'époque -, il y a grandi, œuvré et aujourd’hui, il conduit la liste "Publier Amphion, nouvel horizon" aux municipales.
« Mes parents étaient un peu âgés. Maman était femme au foyer, papa retraité de la gendarmerie. Ma sœur et mes frères sont partis les uns après les autres de la maison et au final j’ai été élevé un peu comme un enfant unique. »
 Après la quatrième, Xavier fait un préapprentissage puis un CAP pâtisserie qu'il complète par un CAP chocolatier. Sa maman, gravement malade, décède peu après l’obtention de son diplôme. Le service militaire, dix mois obligatoires à l'époque, le fait entrer dans l'âge adulte. Il y apprécie, dit-il, la solidarité, l’entraide, le brassage social et culturel, toutes valeurs qui lui sont chères. Il se forme aussi au secourisme, passe le permis poids-lourds… 

Il souhaite prolonger cette expérience et choisit de devenir "Casque Bleu" en ex-Yougoslavie. Durant six mois, il aide concrètement le personnel de l’UNICEF à accomplir ses missions, il participe à la "barrière physique" entre belligérants, ça lui va bien et il apprend beaucoup :
« Nous avons touché la misère du doigt, vu de près les effets et la folie de certains hommes et des conflits, cela a été un bel enseignement. »

Engagé dès 9 ans

Libéré, il s'implique de nouveau dans la vie locale. Xavier Deconche s'est engagé tout jeune. Dès 9 ans, il enfourchait son petit vélo pour aller vendre les tickets "du tiercé des élus" au profit du Comité d’animation de Publier, tenir un stand et plus tard s'activer à la cuisine lors des kermesses.
« J’étais le plus jeune, il y avait une bonne ambiance, des échanges, des rencontres, c’était sympa ! »
Dès lors, il tricote sans relâche engagement, travail, famille et une énorme sociabilité naturelle. La commune de Publier Amphion se situant au bord du lac Léman, quoi de plus naturel que de faire partie d'une section de sauvetage et de ramer sur les lourdes barques anciennes ? Déjà secouriste, il n'a plus qu’à passer le permis bateau pour faire partie des sauveteurs bénévoles sur le lac. Dans ce groupe, comme dans tous ceux qu’il fréquente, Xavier se lie, agit, se met au service d’autrui, plaisante, rit, entraîne ses camarades dans la joie et la bonne humeur… c’est son état naturel ! Comme l’envie de s’engager le tenaille, il sera également vice-président de l’association.

L'engagement naturel d'un élu municipal savoyard

Servir la collectivité : "une richesse humaine absolue"

Par un copain du sauvetage, il découvre la nouvelle réserve citoyenne opérationnelle militaire : il rempile comme réserviste. Durant treize années, il va continuer à se former et passer des examens militaires jusqu’à devenir sous-officier supérieur pouvant encadrer une trentaine d'hommes, formateur des nouvelles générations et moniteur de combat pour les nouveaux réservistes. Les maîtres mots étant cohésion, entraide, rigueur.

Entre temps, pour passer plus de temps avec Ingrid sa future épouse, professeure des écoles et joueuse de foot, il propose à l’entraîneur d’assurer la préparation physique de l’équipe féminine. C’est ainsi que durant six années, il œuvrera bénévolement auprès des jeunes femmes. 

Après la naissance de ses enfants, c’est l'Association de parents d’élèves qui bénéficiera de son appui, pour organiser les animations qui financent les activités culturelles de l’école. Durant quatre ans, il en est le président.
« Au début on le fait parce qu’il y a les enfants, qu’on ne peut pas laisser tomber, qu’il faut que l’on fasse quelque chose mais c’est aussi stimulant, on rencontre des gens formidables, il y a une variété de contacts, d’échanges de points de vue, du lien, des amitiés, c’est d’une richesse humaine absolue de proposer ses services au profit de la collectivité. »

L'engagement naturel d'un élu municipal savoyard

« Regarder, écouter, ajouter des cordes à son arc »

En parallèle, sa vie professionnelle est elle aussi en constant mouvement. Après la pâtisserie, il passe à l'industrie. D'abord le parfum puis les compléments alimentaires avant d'intégrer, grâce au permis passé à l’armée, une entreprise de travaux publics :
« Accumuler les expériences, regarder, écouter, ajouter des cordes à son arc encore et toujours. »
Donc, il continue : le voilà technicien de projets d’assainissement au sein de l’intercommunalité des Collines du Léman, puis responsable technique du Syndicat Intercommunal des eaux des Voirons et aujourd'hui, devenu fonctionnaire, responsable d'un centre d’exploitation des routes du département. Comment expliquer un tel parcours ?
« Ce sont des rencontres, des opportunités, des liens, un peu de prises de risque, des challenges à relever, de l'enthousiasme. Maman disait : "il faut toujours pouvoir repasser là où on est passé », c’est-à-dire : donner le meilleur de soi-même, laisser une bonne image et pouvoir revenir". » 
Dans le même temps, il réalise un souhait de gosse : faire du judo. Il s'inscrit au Foyer de Loisirs d’Amphion Publier (FLAP) où, rapidement sollicité, il prend la présidence. Mille adhérents, sept salariés, quinze activités sportives et culturelles, une centaine de bénévoles : un nouveau challenge... d'autant qu'il récupère en début de mandat un litige de 40 000 € avec l’URSSAF et un passif de gestion humaine.

Un nouvel élu municipal avide d'apprendre

Bon connaisseur du fonctionnement associatif et faisant une solide équipe avec l’expert-comptable, il règle le litige au bénéfice du FLAP et poursuit le travail. Il favorise surtout la prise de responsabilité d’autres bénévoles :
« On n’est pas président à vie, il faut laisser la place à des nouveaux, se retirer, sinon ça devient de la dictature, on n’est plus aussi pro-actif, on s’installe dans une routine de gestion, on est moins force de proposition, il est temps de redevenir "simple" bénévole. »
C’est ce qu’il fera jusqu’à ce que se profilent les élections municipales de 2014… Le maire, Gaston Lacroix, le sollicite car il cherche des forces vives pour compléter sa liste. Xavier réfléchit et dit oui. Devenu conseiller municipal, il veut aussitôt apprendre. Il participe aux réunions, facultatives pour les conseillers, entre le maire et les adjoints : « Au Conseil municipal, les éléments ont déjà été discutés et les décisions prises. »

Logiquement, quand deux adjoints démissionnent pour raisons professionnelles et de santé, le maire lui propose de les remplacer : il devient adjoint chargé de l’aménagement du territoire, des travaux, de l’environnement et de la communication. Un nouveau challenge et une façon de plus de se mettre au service de la population.

Arrive la fin septembre 2019. Gaston Lacroix informe son équipe qu’il ne briguera pas un quatrième mandat. L’adjointe la plus légitime ne souhaitant pas être tête de liste, le groupe se tourne vers Xavier. Réflexion, décision, action : et voilà, c’est parti, avec une équipe complétée et rajeunie, « au service des femmes et des hommes de la commune, la préservation de l’environnement, du patrimoine, du développement avec un grand souci de proximité et de réalisme. »

« J'aime bien les gens »

Xavier Deconche nous a consacré deux heures en pleine campagne électorale.
« J'aime bien les gens. On réfléchit mieux à plusieurs, les échanges avec des interlocuteurs variés ouvrent l’esprit, j'aime rechercher le consensus, me remettre en question, relever des challenges ; il faut être curieux et avancer en donnant le meilleur de soi-même. » 
En le quittant, on se dit que ce parcours, sans "plan de carrière", n'est pas dû au hasard. Il est le fruit d’assemblages, de convergences, d’une construction non planifiée mais quasi méticuleuse, faite d’implication à tous les niveaux, de rencontres, de fidélité en amitiés portée par un garçonnet, un jeune homme et un homme pour qui l’engagement pour la cité est fondamental. Nul doute que l’excellent pâtissier qu’il est resté, ajoutera encore des étages à sa pièce montée dans les années à venir...

Alberte Skoric

C'est dans l'opposition que Xavier Deconche siègera désormais au conseil municipal de Publier. La liste adverse de Jacques Grandchamp a créé la surprise dimanche 15 mars en l'emportant avec 56,67 % des voix. 

Pour en savoir plus 

Publier Amphion-les-Bains est située dans le département de la Haute-Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes. Elle se trouve dans le Chablais français, sur le lac Léman, entre Thonon-les-Bains à l'ouest et Évian-les-Bains à l'est, et face à Morges et Lausanne en Suisse. Population : 7 356 habitants (2018) – superficie : 8,92 km² - budget annuel : 15 millions d’euros.

Publier Amphion sur wikipedia

La page Facebook et le blog de la liste "Publier Amphion, nouvel horizon"

Une interview de Xavier Deconche sur le journal Le Messager
 




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Le billet de la semaine

​C’est la guerre

Tocsin. Mobilisation générale. "Nous sommes en guerre", a martelé six fois lundi soir le Président Chef des Armées. Tous aux abris ! Et bien entendu : on ne va pas, par désinvolture, filer la saloperie aux plus fragiles au risque qu’ils en meurent et d’aggraver la charge de travail des personnels soignants. Car l’ennemi pilonne durement nos services de santé inconsidérément fragilisés. Un peu comme nos bornés de généraux de 1914 avaient lancé des soldats en rouge/bleu horizon sous la mitraille allemande, nos gouvernants affaiblissent depuis des décennies nos hôpitaux. Avant que surgisse cette guerre, les héros célébrés aujourd’hui ont réclamé en vain des effectifs, des lits, des moyens suffisants. Ils se battaient depuis le 18 mars 2019, un an, impuissants comme nous tous devant la pandémie financière, dite parfois grippe américaine et en France CAC-40, qui n’est d’ailleurs pas pour rien dans celle du Covid-19. Mais regardons l’horizon. "Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause", a lancé lundi le chef de l’État. Après tout, après juin 40, il y eut mars 44, le programme du Conseil national de la Résistance, les Jours Heureux, la sécurité sociale pour tous, la solidarité collective. Ok, Général. En marche.

Michel Rouger
 

17/03/2020

Nono












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