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18/10/2021

Ils vivent la pauvreté, s'unissent et parlent

Reportage : Marie-Anne Divet (image) et Michel Rouger (texte)


Un habitant sur cinq, aujourd’hui en France, est en situation de pauvreté, à court d’argent, privé de l’essentiel. Mais comment va-t-il, va-t-elle, se faire entendre dans les six mois qui nous séparent de l’élection présidentielle ? Une « Assemblée populaire » a fait émerger la voix des plus précaires les 15 et 16 octobre à Poitiers ainsi que celle des professionnels et militants associatifs à leur côté pour défendre leurs droits. Voici quelques courts témoignages en vidéos et la démarche, lancée il y a quatre ans, qui a abouti à cet évènement.


20211021_a_poitiers,_les_pauvres_ont_pris_la_parole___.mp3 20211021 A Poitiers, les pauvres ont pris la parole....mp3  (5.49 Mo)


Logement, travail, numérique... Sept ateliers

Samedi 16 octobre, 9 h 30, dans le quartier dit "sensible" de Bel Air, à Poitiers, où 54 % des habitants, selon les statistiques officielles, affrontent la pauvreté. Une grande animation règne au Centre socio-culturel de la Blaiserie, rue Montgolfier. Venues d'Angers, Poitiers, Rennes, 100 personnes, en situation justement de grande précarité, reprennent les échanges de savoirs et d’expériences entamés la veille en compagnie de 80 autres participants partenaires de leurs réflexions : des professionnels ou bénévoles d’associations.

Sur le mur d’expression libre, un post-it interpelle, aérien : « Si les élections pouvaient changer quelques choses, il y a longtemps qu’elles seraient interdites ! » Plus loin, sur une vidéo, Sylvie prévient : « La juge des tutelles était en hauteur, moi en bas, ça fait peur. On a mal au ventre. J’ai dit oui. Avant de signer, réfléchissez ! » Bruissent surtout déjà dans la grande salle en amphi les savoirs et expériences qui s’apprêtent  à se croiser pour la seconde journée.


« La parole des précaires pour interpeller d’autres savoirs »

La matinée va se dérouler en ateliers. Sept précisément : "Précaires mais bons parents quand même", "locataires en action", l’accès à la formation professionnelle, l’accueil des migrants, quand le numérique empêche l’accès aux droits, la lutte contre l’illettrisme, le droit à un travail digne. Ce droit que Nathalie redécouvre dans l’opération "Zéro chômeur" : « C’est génial, ça m’aide beaucoup, que du positif  ! »

Durant le repas guinéen, l’une des chevilles ouvrières, Hervé Lefeuvre, d’ATD, rappelle le lancement de la démarche en 2017 à partir du "croisement des savoirs" cher à l’association,« la mise en synergie des intelligences pour éradiquer la pauvreté », le recueil de « la parole des précaires pour interpeller d’autres savoirs ». « C’est vraiment de la démocratie », ajoute-t-il, en évoquant l’ouvrage de Danièle Sallenave : "Parole en haut silence en bas".


Pour briser le silence, des capsules vidéo autoproduites

Les centres sociaux agissent aussi sur ce terrain, alors une alliance s’est créée (*). Sur le  sujet central - les obstacles à faire valoir ses droits quand on est pauvre - les intéressés ont transmis eux-mêmes leur parole à travers des capsules vidéo réalisées avec Betty Dézalais qui a créé la "Caméra ligérienne", à Angers, pour familiariser ainsi des collectifs à l'outil numérique : « Ils ont utilisé leur smartphone, on les a outillés d’un micro-cravate et d’un petit pied », dit-elle sobrement avant de repartir sillonner les débats avec sa caméra.

D’autres "facilitateurs" s’activent : Suzanne Rosenberg, la sociologue, en agent de liaison filant des uns aux autres ; Vincent Divoux, directeur des centres socioculturels du quartier des Trois Cités en homme-orchestre. On croise aussi Léonore Moncond'huy, la jeune maire écologiste de Poitiers, venue «  soutenir, écouter »,  en élue politique férue de participation citoyenne et d'éducation populaire. 



«  Nous voulons être des ressources »

Tarik Touahria, le président de la FCSF,  la fédération des 1200 centres sociaux et socioculturels, est là aussi pour  s'inspirer des travaux quand les porte-paroles livrent en plénière les conclusions des ateliers. C'est promis, ils garderont les liens tissés, resteront visibles. «  Nous voulons être des ressources pour la France, pas des charges, payer des impôts, être autonomes soutenir »,  a dit Alphonse, militant associatif sans papiers. Résumant là, assurément, la volonté de tous. 

(*) Sont réunis ATD Quart Monde Angers et Rennes, la Fédération des Centres sociaux Maine-et-Loire/Mayenne, le Centre socio-culturel des 3 Cités de Poitiers, le Centre Social Marcelle Menet à Angers, le Centre socio-culturel du Douessin, le Maillon d’Anjou de la Chaîne des Savoirs, l'Equipe Ouest du Croisement des Savoirs.



Pour aller plus loin


ATD Quart-Monde, Travailler et apprendre ensemble (TAE)

Territoires zéro chômeur de longue durée

ATD Quart-Monde,  le Croisement des savoirs

La Chaîne des savoirs  (née en Anjou en 2001)

Les centres socio-culturels des 3 Cités

La FSCF, Fédération des centres sociaux et socio-culturels

"Une personne sur cinq" : l'étude de l'INSEE (septembre 2021)
                                                                                                                                       Clip de l'association "Young Révolution 86" de Poitiers
 




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