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Raphaël Mady développe l’innovation sociale


26/11/2020

Raphaël Mady, 44 ans, est coordinateur à l’association Bug à Rennes. Son rôle ? Accompagner les habitants dans la réalisation de leurs projets mais aussi promouvoir une économie territoriale alliant compétitivité, innovation sociale et promotion de valeurs. C’est ainsi qu’ont vu le jour dans le quartier de Villejean, le Frigotroc et les Monstrolivres.


Raphaël Mady (photo : Tugdual Ruellan).
Raphaël Mady (photo : Tugdual Ruellan).
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Imaginez un grand garde-manger réfrigéré, facilement accessible, dans lequel les personnes dans le besoin peuvent venir chercher gratuitement des aliments. C’est l’idée qu’a proposée l’association rennaise Bug en installant en 2017, un « frigotroc » au centre social de Villejean :
« D’emblée, se souvient Raphaël Mady, coordinateur de l’association, une importante équipe de bénévoles a lancé et animé le dispositif sur le quartier. Nous avions fait cette proposition pour lutter contre le gaspillage alimentaire et agir en faveur de la solidarité en s‘inspirant d’initiatives comme le food-sharing mis en place en Allemagne pour ne plus jeter aucun aliment encore consommable à la poubelle. »
Les denrées sont récupérées dans les écoles ou des magasins, dans la supérette Carrefour de la dalle ou déposées par des particuliers. Près de quatre-vingt personnes sont présentes pour lancer l’initiative à Villejean. Trois ans après, l’équipe s’est quelque peu essoufflée et compte sur des relais.
« Six frigotrocs ont été installés à Rennes, poursuit Raphaël. Nous réfléchissons avec Rennes métropole pour récupérer des aliments non utilisés dans les cantines scolaires de la collectivité et les mettre à disposition dans ces garde-mangers. Plus que jamais, avec la crise sanitaire, des personnes ont besoin de ce soutien solidaire. »

Inauguration du Frigotroc au centre social de Villejean en 2017 (photo Bug).
Inauguration du Frigotroc au centre social de Villejean en 2017 (photo Bug).

​Construire un internet « citoyen »

Bug a été créée en 1996, au moment où l’internet entrait dans les foyers, certaine que cette nouvelle technologie allait renforcer les inégalités et contribuer à réduire la « fracture numérique ». Les premiers bénévoles interviennent alors dans les maisons de retraite, les prisons et les maisons de jeunes avec cette idée de construire un internet « citoyen ». Le projet de l’association s’étoffe au fur et à mesure des progrès du numérique, essayant d’être présent lors de tous les événements de la Ville.

Bug est ainsi à l’origine de l’implantation du premier Lab Fab créé à Rennes en 2006, une idée qui a germé au Québec, avec toujours cette intention de rendre accessibles les outils numériques au plus grand nombre, sans avoir pour autant de connaissances préalables en la matière. Progressivement, l’association développe des savoir-faire en communication et en web-design. Elle reprend une partie des services jusqu’alors proposés par la Maison des associations de Rennes, notamment l’imprimerie. Elle se centre aujourd’hui sur les initiatives associatives, citoyennes et solidaires avec cette idée de former et rendre acteurs les habitants.

Lutter contre les injustices et les inégalités

Raphaël, originaire du Havre - la ville aux 25 % de Bretons – intègre l’association en 2013. Géographe de formation, diplômé de l'Institut d'études du développement de la Sorbonne à Paris, il sillonne le monde avant de choisir la Bretagne pour y vivre. Après une formation sur la méthodologie et la gestion de projets en économie sociale et solidaire, il exerce pendant douze années dans des postes à responsabilité au sein de structures de développement local, institutionnelles et associatives :
« J’ai fait mes premières armes dans des ONG en Inde et en Amérique du Sud, notamment en Bolivie, dans la région de La Paz et Oruro, confie-t-il. Mes voyages et mes rencontres ont forgé mon sens de la créativité et des approches collectives. Avec Bug, je développe depuis 2013, le management de projet, accompagnant les habitants à devenir acteurs de leurs projets. Je peux y concrétiser mes convictions en participant à la naissance d’initiatives qui améliorent le quotidien de tous, luttent contre les injustices et les inégalités. »

Inauguration du Frigotroc au centre social de Villejean en 2017 (photo Bug).
Inauguration du Frigotroc au centre social de Villejean en 2017 (photo Bug).

Près de 500 associations créées chaque année à Rennes

En 2014, l’association se voit confier une mission de structuration, d’aide et de conseil aux habitants et aux associations pour monter des projets. L’animation en est confiée à Raphaël :
« Nous formons ainsi chaque année entre 600 et 700 bénévoles sur des thématiques variées comme de la méthodologie, de la communication, de la gestion administrative… Nous sommes plutôt fiers de contribuer ainsi à la dynamique associative de la ville avec quelque quatre ou cinq cents associations créées chaque année. »
Bug intervient très régulièrement dans tous les quartiers de Rennes dont celui de Villejean en coopération avec d’autres associations comme la maison de quartier ou l’Afev qui favorise les rapprochements entre l’université et les habitants du quartier.
« Nous aimerions être davantage présents et visibles dans les quartiers au plus près des habitants par souci d‘équité de service, confie Raphaël. On se met vraiment à la disposition de toutes celles et de tous ceux qui souhaitent proposer un service, une initiative. »
L’association élabore actuellement une base numérique qui permettrait, avec des badges individuels, de reconnaître les savoir-faire acquis au cours d’un engagement associatif et bénévole, ce que l’on nomme les « savoirs informels ». Un plus dans le cadre par exemple, d’une recherche professionnelle.

Les Monstrolivres pour donner le goût de la lecture (photo Bug)
Les Monstrolivres pour donner le goût de la lecture (photo Bug)

De nouveaux modèles économiques collaboratifs à construire

À Villejean, Bug a aussi proposé ses Monstrolivres, petites bibliothèques de rue pour enfants, dessinées sous forme d’un petit monstre. Une quarantaine a été réalisée par le Lab Fab en lien avec la Fabrique citoyenne :
« Ils sont mis à disposition dans des espaces fréquentés par les enfants, à la fois intérieurs et extérieurs. Le stock de livres est alimenté par des dons, des récupérations à la ressourcerie de la Belle Déchette ou dans les stocks des bibliothèques de la ville. Le principe est basé sur l’emprunt d’un livre et de son retour pour favoriser la circulation et la lecture par le plus grand nombre. Six Monstrolivres sont toujours disponibles… »
Influencé à la fois par les dimensions associative, économique et géographique, Raphaël est à l’affut de toute initiative qui pourrait germer à Villejean : « Je suis sans cesse en recherche d'une économie territoriale qui allie compétitivité, innovation sociale et promotion de valeurs. Il y a tant de nouveaux modèles économiques collaboratifs à construire et à expérimenter. »

Texte : Tugdual Ruellan

www.asso-bug.org



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