Que sont-ils devenus ?

S’indigner encore et toujours avec Paula


20/07/2015

Début juillet 2014, Paula, jeune Colombienne, se livrait à Histoires Ordinaires. Elle évoquait sa découverte de la militance et du combat social en Espagne, exprimait ses questionnements, sa quête de sens, son engagement avec les Indignés en Espagne, avant de venir s’installer à Rennes. Depuis, elle est repartie à Madrid et a repris le combat.




Retournée en Espagne l’hiver dernier, Paula est de passage à Rennes et vient nous donner des nouvelles. Dans un premier temps, elle est intarissable sur le fait que deux femmes sont, depuis peu, à la tête des deux plus grandes villes d’Espagne.
 
Paula rappelle que le mouvement des Indignés, qui a porté ces femmes au pouvoir, est avant tout un mouvement populaire de masse qui peut rassembler des personnes d’opinions très différentes mais qui, toutes, sont désireuses de plus d’équité sociale et de changement.
 
A Madrid, la capitale gouvernée par la droite depuis 24 ans, c’est Manuela Carmena, tête de la liste de Ahora Madrid (« Madrid maintenant ») qui a été investie maire en juin. Cette ancienne juge de 71 ans, juge émérite du Tribunal suprême d'Espagne a reçu, en 1986, le prix national des droits de l'homme de l'Association pour les droits de l'homme d'Espagne. Paula lui accorde toute sa confiance : «  Elle était opposante communiste à Franco quand elle était jeune. Sa liste était composée en partie de personnes issues du mouvement des Indignés. Elle a lutté contre la corruption judiciaire et c’est une des fondatrices de l'association professionnelle progressiste des Juges pour la démocratie. » 
 
A Barcelone, c’est la militante anti-expulsions de 41 ans, Ada Colau, qui a été investie : « Elle était une des égéries du mouvement des Indignés et était bien connue comme fondatrice et porte-parole de la plateforme des victimes des hypothèques, une association militant pour le droit au logement dans le contexte de la crise immobilière espagnole. »
 
Puis Paula évoque ses propres engagements et nous la retrouvons égale à elle même : toujours aussi dynamique et enthousiaste.

S’indigner encore et toujours avec Paula

Sur tous les fronts

De retour à Madrid, elle a très vite trouvé un travail dans l’enseignement, ce qui nécessite un investissement important. Néanmoins, même si ce n’est pas autant qu’elle le souhaiterait, elle reprend son engagement citoyen.
 
Aujourd’hui, elle est investie dans le collectif « No somos Delito  » (« Nous ne sommes pas des délinquants »). Il s’agit d’une plate-forme qui rassemble des personnes « qui rêvent d'une société bienveillante, empathique, consciente, active et forte. »

Elle milite aussi contre la « loi bâillon  », loi de « sécurité citoyenne » entrée en vigueur le 1er juillet 2015 et, sur le blog dédié au Manifeste 15M , c’est même elle qui a traduit le texte original espagnol pour la version proposée en Français. Selon Paula, «  Cette loi est dangereuse et évoque un retour au franquisme. Elle multiplie les restrictions sur les libertés fondamentales d’action et d’expression, durement acquises dans le temps. Elle veut faire taire les protestations sociales, limiter le droit à manifester et la liberté d’expression  et  augmente le pouvoir des forces de l’ordre. » 

Mais  ajoute-t-elle avec un grand sourire, 
« les Espagnols résistent et cette loi est sans compter sur les ressources de l’intelligence collective qui les porte. »  Elle évoque, comme exemple,  « la manifestation des hologrammes » : les Espagnols ont, la nuit du 10 avril dernier, défilé devant le Congrès sous une forme de militantisme futuriste qui constitue une grande première dans l’Histoire : ils se sont transformés en hologrammes pour manifester en conservant leur liberté d'expression… et sans le risque de se faire arrêter !  

S’indigner encore et toujours avec Paula

Des élections pleines d'espoir

Enfin, elle est engagée dans « Marea Granate  » (« Marée Grenat »). Ce mouvement, transnational et apartidiste (hors des partis), est composé de personnes appartenant à la diaspora espagnole. Ils y dénoncent les causes et les responsables de la crise socio-économique qui les contraignent à quitter l’Espagne et à émigrer. « Il y a des villes dans lesquelles  Marea Granate est très active comme Paris, Bruxelles mais, dommage, il n’y a pas encore d’antenne à Rennes ! »
 
Paula retourne bientôt à Madrid, elle précise que les élections générales espagnoles de 2015 se tiendront au plus tard le 20 décembre 2015, conformément à la Constitution espagnole et à la loi organique des élections générales. Ces élections, qui permettront de désigner les membres du Congrès des députés et ceux élus au suffrage direct du Sénat désigneront le prochain président du gouvernement d’Espagne et Paula se prend à rêver à un avenir meilleur : « Ça pourrait être Manuela Carmena, elle a toutes ses chances ! »

Dominique Crestin

Un défilé d'hologrammes pour défendre la liberté d'expression


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Le billet de la semaine

​Marché colonial

Toi, viens, toi dehors... Sur les bords de la Méditerranée, une nouvelle place du marché est née. Des femmes et des hommes épuisés par un horrible voyage attendent. Des fonctionnaires français passent, s'arrêtent, choisissent : ils font leur marché selon les besoins en main d'œuvre décrétés par le gouvernement. Jadis la France est allée coloniser et spolier l'Afrique. Puis les Total, Bolloré et consorts ont continué à piller ses ressources en soutenant des dirigeants corrompus. Aujourd'hui, en renouant avec les « quotas » des années 30, l'ancienne puissance coloniale pille ouvertement le savoir-faire des pays africains, ce qui va les enfoncer un peu plus. Après les ingénieurs et médecins par milliers, les ouvriers qualifiés. Mais il y a là du matériel électoral pas cher et payant. Créer ces quotas suggère que les immigrés nous envahissent. Durcir l'aide médicale insinue qu'ils abusent. C'est faux, ignoble, mais ça éclipse les retraites, urgences ou assurance chômage. Et en faisant de nouveau du Sarkozy, qui prônait les quotas en 2008, Macron met la droite au supplice : « Nous aussi, on nous pille ! » C'est ça le pire.

Michel Rouger

08/11/2019

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