Que sont-ils devenus ?

Le comédien de Laval reste un passeur dans le théâtre du monde


30/07/2015

Depuis notre rencontre il y a deux ans, le comédien Jean-Luc Bansard, du Théâtre du Tiroir, à Laval, a continué à jouer les passeurs de poésies, de drames, de cultures, relayant notamment les Monologues de Gaza. Il l'a fait en nomade, d'un lieu à l'autre, le théâtre étant fermé pour travaux. Celui-ci rouvre en septembre avec désormais un collectif d'artistes.




En cette mi-juillet,  on le retrouve sur l'Île Du Guesclin, près de Saint-Malo, là où vécut Léo Ferré,  déclamant, en contrepoint d'un festival de musique, La Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars. Jean-Luc Bansard revient tout juste de Mongolie dont il a fait découvrir les contes et légendes depuis plusieurs années déjà. 

Que s'est-il passé depuis 2013 ? La fermeture soudaine pour deux ans de son théâtre de la rue Jean Macé a été traumatisante. Mais l'infatigable comédien ouvrier a simplement transporté son Théâtre du Tiroir de salles en salles.

Durant cette période nomade, il y a eu notamment Les Monologues de Gaza. Jean-Luc Bansard est fidèle depuis toujours à la Palestine. Il se rend régulièrement en Cisjordanie, connaît bien Iman Aoun, du Théâtre Ashtar à Ramallah. 

Jeunes de Gaza, Laval, Casablanca…

Après l'opération israélienne « Plomb durci », qui a tué 1 400 Palestiniens de Gaza en janvier 2009, le Théâtre Ashtar a proposé aux jeunes des ateliers d'art-thérapie qui ont débouché sur des ateliers d'écriture. De là sont nés Les Monologues traduits par la suite en trente-trois langues.

Il était tout naturel que Jean-Luc Bansard porte la version française à la scène. Il l'a fait à sa manière habituelle. Il est allé chercher des jeunes des quartiers, en errance ou collégiens, les a formés à la lecture publique, a sollicité des adultes par la presse. Parallèlement, il a mobilisé son réseau étranger, des compagnies de sept pays.

Le 5 juin 2015, à la même heure, comme l'avaient fait précédemment 50 villes, Les Monologues ont été entendus en même temps à Laval, Gaza, Casablanca, Bissau... Des dialogues émouvants ont eu lieu par Skype entre jeunes du Maroc et de Gaza. « On va les reprendre le 6 septembre », poursuit Jean-Luc Bansard.

Le comédien de Laval reste un passeur dans le théâtre du monde

Une coopérative d'artistes

Septembre. La rentrée. Et une année 2015-2016 pas comme les autres. Après vingt ans à la barre du théâtre de la rue Jean Macé, Jean-Luc Bansard profite de l'occasion pour passer le relais. « J'ai proposé à douze artistes de la Mayenne ne disposant pas de lieu de monter une coopérative artistique, d'œuvrer ensemble. Ce sera l'"œuvroir." » Comédiens, musiciens, chanteurs... Les artistes intermittents de la coopérative ont tous travaillé un jour ou l'autre avec Jean-Luc Bansard qui les fédèrent aujourd'hui pour porter le lieu avec lui.

La compagnie du Théâtre du Tiroir sera donc une parmi d'autres, avec sa couleur « cultures du monde », ses projets, des tas de projets. Poursuivre Les Carnets de Tranchées du syndicaliste antimilitariste mayennais Auguste Georget ; parler de la Déportation avec Primo Levi, de la Guerre d'Algérie avec La Question d'Henri Alleg ;  de Sabra et Chatila avec Jean Genet ; de Tchernobyl avec La Supplication de l'écrivaine et journaliste biélorusse Sveltana Alexievitch ; poursuivre les spectacles avec l'ami juif Amit Weisberger, etc…

Le comédien passeur va aussi réunir des scolaires de Mayenne et de Madagascar autour de contes sur la création du monde tout en ancrant toujours davantage le Théâtre du Tiroir dans son quartier, en travaillant avec les associations, les écoles. Il compte ainsi mener avec les habitants un travail d'écriture intégrant le son et l'image, la vidéo. La dernière idée d'un comédien sans  frontière. 

M.R.
Retrouvez notre reportage de 2013






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Le billet de la semaine

​A table

Lundi, c'était 360 tonnes d'escalopes de poulets gorgés d'eau. Avant l'été, 780 tonnes de faux steaks hachés enrichis d'amygdales, cœurs, cartilage, soja, amidon... Les extras proposés depuis un an aux cinq millions de bénéficiaires en France de l'aide alimentaire estomaquent. Le service européen qui paye ces cochonneries, le Fonds d'aide aux plus démunis, n'a cure des fraudeurs comme des pauvres. L'organisme FranceAgriMer qui fournit les associations manque de moyens de contrôle. Ainsi, l'industriel polonais peut aussi importer ses carcasses de viande du Brésil sans que personne ne mette son grain de sel. Les maîtres queux de Bruxelles sont-ils prêts à planter leurs fourchettes dans ce fricot– sain, disent les autorités – pour afficher leur confiance dans le CETA et le Mercosur, ces juteux accords de libre-échange ? Qui font si bien voyager bœufs et poulets sur l'Atlantique qu'on en perd la trace ? Mieux vaut opter pour le circuit court, le local.  Et ça vaut aussi pour l'assiette des pauvres.

Michel Rouger

12/09/2019

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