Que sont-ils devenus ?

Mariah la Syrienne prépare l'après-guerre avec les femmes


31/07/2014

Lorsque nous avions rencontré Mariah, en mai 2012, sa voix portait le deuil de son ami Bassel Shahade, tué peu auparavant à Homs. Étudiante en France, loin de sa Syrie natale, elle n'en vivait pas moins au jour le jour les combats de ses amis du Mouvement Non-violent, essayant de mobiliser pour que les Français n'oublient pas les Syriens. Aujourd'hui, elle poursuit son combat avec les femmes.




Mariah la Syrienne prépare l'après-guerre avec les femmes
Notre reportage de mai 2012 : Mariah, une jeune musulmane non-violente dans la tragédie syrienne 

C'est entre deux rendez-vous qu'elle répond à nos questions. Elle vit à Paris et travaille depuis mars 2014 à l'association Soriyat créée par Samar Yazbek, arrivée en France à l'été 2011.  

« Je suis romancière, déclarait celle-ci lors d'une interview à RFI, et mes romans traitaient du pouvoir militaire, de la dictature. Je décrivais la façon dont l'armée s'est emparée de la société, l'a minée de l'intérieur pour finalement en faire une société d'esclaves.Voilà pourquoi je soutiens cette révolte, elle fait partie de moi.  Mais après avoir assisté à ces massacres dans mon pays, je ne pouvais plus me taire et j'ai souhaité transmettre les souffrances du peuple syrien, ce que le régime lui fait endurer. Mais je suis loin de la politique, et je ne veux pas y entrer. »

C'est donc pour faire de la politique autrement qu'elle crée en  juin 2012, Soriyat for Development ( « Syriennes » ), une organisation humanitaire pour accompagner les femmes.

Mariah la Syrienne prépare l'après-guerre avec les femmes

L'éducation, une priorité

« Plus de 60 % des enfants syriens ne sont plus scolarisés, explique Mariah, à cause des bombardements et de la destruction des bâtiments qui s'en est suivie. Le risque est que toute une génération d'enfants soit illettrée. L'éducation est une des priorités de l'association. Aujourd'hui, beaucoup de femmes se retrouvent chefs de famille sans ressource. Issues du milieu rural, 80 % d'entre elles ne sont jamais allées à l'école. Mais elles sont le maillon indispensable pour garantir la transmission, voilà pourquoi Soriyat intervient auprès d'elles en faisant le pari qu'ensuite, elles  prendront leur place dans la société et assureront le relais auprès de leurs enfants. »

L'association ouvre des centres en partenariat ou non avec des associations locales. Aujourd'hui,malgré la guerre, cinq centres fonctionnent en Syrie, trois dans la banlieue de Damas et deux dans le nord. Deux autres ont été créés dans les camps de réfugiés, au Liban et en Turquie.

Les femmes y sont accueillies et y trouvent un soutien psycho-social dans un premier temps. Elles y sont accompagnées, en fonction de leur besoin, dans l'alphabétisation, l'apprentissage de la langue et la formation professionnalisante.

Préparer l'avenir

Actives au début de la révolution, souvent à l'origine des comités installés pour administrer les zones libérées, les femmes se voient aujourd'hui évincées par les djidahistes. Comme toute la population, elles sont prises en otage entre le régime syrien de Bachar El Assad et les dictatures islamistes locales qui se sont mises en place parfois avec la protection implicite du pouvoir central de Damas.

A Soriyat, on fait le pari du local. En se réunissant, les femmes échangent, partagent et discutent.  C'est aussi cela l'objectif de l'association : permettre aux femmes de prendre la parole afin de reconquérir un statut qu'elles ont largement mérité par leur engagement. « Ce ne sont pas des intellectuelles habituées au discours politique qui fréquentent les centres, reprend Mariah. Petit à petit, la prise de conscience se fait. Dernièrement, un groupe de femmes s'est réuni toute une journée pour discuter de la question suivante : " Pendant combien de temps va-t-on continuer à porter du noir ? " »

« C'est une question-défi à l'ordre établi, question qui va plus loin qu'il n'y parait, comme une porte ouverte sur des alternatives à penser et à organiser pour préparer l'après-révolution ». Mariah en a la voix qui vibre. Elle connaît les difficultés, elle qui se bat pour trouver les fonds nécessaires pour soutenir le travail des centres. Elle sait qu'elles ne sont pas nombreuses et que la peur les tenaille souvent mais elles sont là, toutes les femmes de Soriyat : elles vivent le présent intensément pour construire l'avenir, le leur et celui de leurs enfants. 

Marie-Anne Divet
(Photo Soriyat for Development)
(Photo Soriyat for Development)






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Le billet de la semaine

​A table

Lundi, c'était 360 tonnes d'escalopes de poulets gorgés d'eau. Avant l'été, 780 tonnes de faux steaks hachés enrichis d'amygdales, cœurs, cartilage, soja, amidon... Les extras proposés depuis un an aux cinq millions de bénéficiaires en France de l'aide alimentaire estomaquent. Le service européen qui paye ces cochonneries, le Fonds d'aide aux plus démunis, n'a cure des fraudeurs comme des pauvres. L'organisme FranceAgriMer qui fournit les associations manque de moyens de contrôle. Ainsi, l'industriel polonais peut aussi importer ses carcasses de viande du Brésil sans que personne ne mette son grain de sel. Les maîtres queux de Bruxelles sont-ils prêts à planter leurs fourchettes dans ce fricot– sain, disent les autorités – pour afficher leur confiance dans le CETA et le Mercosur, ces juteux accords de libre-échange ? Qui font si bien voyager bœufs et poulets sur l'Atlantique qu'on en perd la trace ? Mieux vaut opter pour le circuit court, le local.  Et ça vaut aussi pour l'assiette des pauvres.

Michel Rouger

12/09/2019

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