Que sont-ils devenus ?

Gildas et Marie Claude passent au roman numérique


21/07/2014

Dans la série "que sont-ils devenus ? " nous retrouvons trois ans plus tard, Gildas Trevetin et Marie-Claude Gaillard. Lassés d'attendre un éditeur, ils peaufinent l'auto-édition numérique des romans de Gildas. Un couple "en fauteuil", solidaire et en projet, toujours aussi actifs mais aspirant parfois à plus de quiétude dans la gestion de leur vie quotidienne.




Gildas dicte, Marie Claude tape, toujours... et en plus gère le site internet.
Gildas dicte, Marie Claude tape, toujours... et en plus gère le site internet.
Relire le reportage de Michel Rouger, en novembre 2011 : Pour Gildas Trévetin, les mots sont une arme.

L'informatique trouble mon rythme de vie

Il y a trois ans Histoires Ordinaires les avait interviewés, tous deux autour de leur table de travail, dans l'appartement de Marie Claude à Lorient. C'est là que nous les retrouvons particulièrement affairés autour de l'ordinateur. Marie Claude s'énerve des difficultés à se connecter à l'hébergeur de leur tout nouveau site internet face à un Gildas, l'air faussement détaché de ces viles contingences technologiques. Il faut dire qu'il a laissé tomber depuis belle lurette la pratique du clavier qui pourtant lui avait ouvert les horizons de la lecture et de l'écriture (voir le portrait de 2011). A mesure sans doute que sa compagne domestiquait, au fil des "tapuscrits", les générations successives de machines à traitement de texte, puis passait après bien des hésitations, au micro ordinateur.

« Au niveau technique c'est moi qui doit tout faire », râle avec un demi sourire, Marie Claude. Il lui a fallu, en autodidacte accomplie, apprendre comment  ça marche, comprendre ce qui se passe... « Avec l'informatique, poursuit-elle, le problème c'est que tout va trop vite. En fait ça vient troubler mon rythme de vie ». Et de souligner le paradoxe : « On fait davantage de choses plus vite et en même temps ça nous prend un temps fou ». Gildas en rajoute : « Internet et les nouvelles technologie je m'en méfie. Le risque, ce sont les relations superficielles, trop faciles. Moi, ce que j'aime ce sont les rencontres et la communication en directe, pas à distance. » 

Mais alors pourquoi cette effervescence autour de l'ordinateur ? C'est que récemment, avec l'appui d'un vieil ami un peu "geek", ils se sont lancés dans l'auto-édition électronique et en ligne des romans de Gildas.

Leur ami leur a montré comment il était possible de finaliser la mise en page des fichiers Word que tapait Marie Claude pour être conforme aux bonnes pratiques d'édition. Comment ensuite les convertir en formats PDF ou Epub téléchargeables et lisibles sur ordinateur et mieux encore sur les tablettes et liseuses électroniques. Restait à construire un site internet pour les faire connaître et diffuser. «Il me proposait là une nouvelle expérience dans un domaine que je connaissais mal, dont je me méfiais même, mais qui attire aujourd'hui beaucoup de monde, de tous âges, explique Gildas. Cela m'ouvre la perspective d'atteindre un public large et aussi de créer une relation avec lui par le biais du site et du blog qui va avec. »

Mais l'argument qui a achevé de convaincre Gildas, dont les bibliothèques surchargées démontrent l'attachement au "vrais livres",  c'est que la diffusion sous forme de fichiers électroniques n'empêchait pas une version imprimée de ses ouvrages. Mieux, par le biais d'un imprimeur en ligne, il sera possible d'imprimer des exemplaires en petites quantité, à la demande, dans une économie beaucoup plus maîtrisée que lors d'une première expérience d'auto-édition.

Ecrire et voyager

Avec ce site, Gildas et Marie Claude ont donc une forte actualité. Mais cela ne saurait résumer leurs trois dernières années. 

« On a beaucoup travaillé et peaufiné les deux dernier romans ( "Les chaos de l'Aven et "Les lueurs du festival"  un roman policier dont l'intrigue se déroule pendant le Festival Interceltique de Lorient) mais ça ne nous a pas empêchés de réaliser un grand projet : la découverte de l'Irlande. Cela avait du sens pour moi, précise Gildas, de connaître un pays qui a lutté pour gagner son indépendance ». Une semaine de voyage qui a nourri le caractère de quelques personnages "des Lueurs du Festival". « J'ai pris un grand intérêt à visualiser les groupes de musique irlandaise dans leur environnement d'origine. »

Ils ont ont préparé ce voyage avec précision, ne laissant rien au hasard. Ainsi « notre maîtrise de l'anglais était très insuffisante. Alors pour être sûrs de se débrouiller au minimum dans notre vie quotidienne nous avons révisé nos bases ». Et Marie Claude de conclure : « Finalement on s'est pas mal débrouillés. Et Françoise notre aide à la personne qui était du voyage s'en est bien tirée pour rouler à gauche. Elle craignait l'exercice mais à la fin elle nous a dit que c'était plus facile pour elle que de rouler à droite ! »

Peut-on remplacer Françoise ?

Une photo prise par Françoise lors d'une "enquête d'écriture" pour "les chaos de l'Aven"
Une photo prise par Françoise lors d'une "enquête d'écriture" pour "les chaos de l'Aven"
Les enquêtes minutieuses qu'ils font sur le terrain en préparation des romans, les beaux voyages de leurs vacances comme celui d'Irlande ne seraient pas possibles sans le soutien et l'engagement à leur côtés des "aides à la personne" qu'ils emploient. La longue maladie de Françoise, qui les accompagnait depuis de longues années, est un des évènements marquant et douloureux de ces trois années.

« Elle est tellement dynamique, forte, impliquée dans nos aventures », rappelle Marie Claude. A l'inquiétude pour la santé de celle qui était bien plus qu'une employée se sont ajoutées les difficultés quotidiennes créée par son absence. « Depuis on doit faire face à beaucoup de problèmes d'organisation. Nous avons pu (pas sans mal) trouver des personnes pour la remplacer. Elles font tout le nécessaire, mais pour le reste c'est plus dur...  » 

Cela pour ne pas parler du temps qui passe et des petits tracas du vieillissement qui nous affectent tous et entament lentement les réserves d'énergie et le potentiel d'autonomie. Des facteurs essentiels de bien être pour Gildas et Marie Claude, objet de leur combat quotidien. Mais n'attendons pas d'eux qu'ils s'épanchent sur leur propre sort. Tout juste l'évocation d'une aspiration à plus de quiétude le temps d'un été alors qu'ils tentent à nouveau de faire face à l'arrêt pour raisons de santé d'une de leurs aides qui avait pris toute sa place à leur côté.

L'accessibilité, leur combat de toujours

Le vrai combat a toujours pour eux une dimension sociale et collective. « Nous venons encore une fois de constater que la revendication à l'accessibilité n'est jamais finie. Impossible pour les gens en fauteuil de se promener de manière autonome à l'Ile de Groix, ont-ils constaté au cours d'une récente excursion. Bien sûr il y a une navette qui nous prend au port mais ils ont oublié un plan incliné pour y accéder et en descendre », s'emporte Gildas.  Alors il prépare une lettre au maire de Groix. « Je la publierai sur mon nouveau blog ! »

Enfin Gildas a toujours un nouveau roman en préparation, « au thème inclassable, précise-t-il. Il se déroulera au village imaginaire de Kergonet. Un retour au pays, à la recherche de la vérité sur des évènements survenus au cours de la dernière guerre ». Il travaille à cet ouvrage avec une nouvelle assistante. « Je l'ai poussé à le faire rassure Marie Claude. J'avais besoin d'un peu de recul et de moins de charge régulière. Pour Gildas, c'est l'occasion d'expérimenter une autre façon de travailler. » Expérimenter, toujours : le secret d'une vie accomplie !

Alain JAUNAULT

Sur le site de Gildas Trévetin, écrivain Breton

Gildas Trévetin édite désormais sous forme numérique et papier ses romans et les distribue sur son site Internet : gildas-trevetin.com
"Les Chaos de l'Aven" sont disponibles depuis début Juillet. 10 € en version numérique PDF ou Epub, et 18 € en version papier imprimée à la demande. « Intrigue familiale, ancrée dans la société post 68, "Les chaos de l'Aven" sont aussi une promenade documentée autour de l'Aven et de ses peintres », annonce-t-il sur le site.

Suivront "Les lueurs du Festival" et une réédition des "Echos du golfe".

Sur ce site il tiendra régulièrement un blog.





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Le billet de la semaine

​Marché colonial

Toi, viens, toi dehors... Sur les bords de la Méditerranée, une nouvelle place du marché est née. Des femmes et des hommes épuisés par un horrible voyage attendent. Des fonctionnaires français passent, s'arrêtent, choisissent : ils font leur marché selon les besoins en main d'œuvre décrétés par le gouvernement. Jadis la France est allée coloniser et spolier l'Afrique. Puis les Total, Bolloré et consorts ont continué à piller ses ressources en soutenant des dirigeants corrompus. Aujourd'hui, en renouant avec les « quotas » des années 30, l'ancienne puissance coloniale pille ouvertement le savoir-faire des pays africains, ce qui va les enfoncer un peu plus. Après les ingénieurs et médecins par milliers, les ouvriers qualifiés. Mais il y a là du matériel électoral pas cher et payant. Créer ces quotas suggère que les immigrés nous envahissent. Durcir l'aide médicale insinue qu'ils abusent. C'est faux, ignoble, mais ça éclipse les retraites, urgences ou assurance chômage. Et en faisant de nouveau du Sarkozy, qui prônait les quotas en 2008, Macron met la droite au supplice : « Nous aussi, on nous pille ! » C'est ça le pire.

Michel Rouger

08/11/2019

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