Jamais Michel Demolder n’avait imaginé devenir un jour spécialiste de l’eau, encore moins du bassin versant de la Vilaine. C’est l’eau qui est venue à lui en 1999, en entrant dans la maison que le couple avait achetée deux ans plus tôt à Pont-Péan, petite commune non loin de Rennes. Le ruisseau de Tellé, affluent de la rive gauche de la Seiche, était sorti de son lit. Et la même situation se reproduira en 2001.
Michel crée alors une association de riverains sur le bassin de la Seiche et en devient le président. Le but ? Réfléchir avec les élus aux moyens de prévention et surtout, éviter de continuer à construire en zone inondable. Il propose à toutes les associations animées par cette même volonté sur le bassin de la Vilaine de se réunir. Le Collectif des associations des sinistrés du bassin de la Vilaine voit le jour pour défendre les intérêts des usagers, des propriétaires riverains et des habitants directement impactés par les aléas du fleuve.
Michel crée alors une association de riverains sur le bassin de la Seiche et en devient le président. Le but ? Réfléchir avec les élus aux moyens de prévention et surtout, éviter de continuer à construire en zone inondable. Il propose à toutes les associations animées par cette même volonté sur le bassin de la Vilaine de se réunir. Le Collectif des associations des sinistrés du bassin de la Vilaine voit le jour pour défendre les intérêts des usagers, des propriétaires riverains et des habitants directement impactés par les aléas du fleuve.
Présent dans toutes les instances de décision
Porté par sa détermination, Michel va découvrir la complexité des rouages administratifs liés à la gestion de l’eau. Sollicité, le député Pierre Méhaignerie accorde une place au collectif en 2004, au sein de la Commission locale de l'eau (Cle), constituée pour moitié d’élus, pour un quart d’usagers et un autre quart de représentants des services de l’Etat. Un véritable « Parlement de l’eau » dans lequel doit primer le dialogue et la concertation démocratique. En 2006, Michel Demolder, devenu représentant du Syndicat mixte de gestion de l’eau potable en Ille-et-Vilaine, est élu président du collectif et devient porte-parole des riverains à la Cle au collège des usagers. Deux ans plus tard, alors qu’il est élu adjoint au maire de Pont-Péan, bien décidé à s’emparer de la politique de l’eau sur le territoire, il prend la présidence du syndicat aval de la Seiche.
L’Association des maires de France le sollicite alors pour devenir représentant à la Commission locale de l’eau, cette fois, dans le collège des élus. Michel sera élu président de la Cle en 2010, réélu en 2014 puis en 2020. Il devient aussi président de la collectivité Eau du bassin rennais, organisation rassemblant 82 communes, et intègre le conseil d’administration de l’Association nationale des élus des bassins (ANEB).
L’Association des maires de France le sollicite alors pour devenir représentant à la Commission locale de l’eau, cette fois, dans le collège des élus. Michel sera élu président de la Cle en 2010, réélu en 2014 puis en 2020. Il devient aussi président de la collectivité Eau du bassin rennais, organisation rassemblant 82 communes, et intègre le conseil d’administration de l’Association nationale des élus des bassins (ANEB).
La concertation pour rédiger collectivement une politique de l’eau
Michel Demolder va alors se consacrer, corps et âme, à la politique de l’eau du bassin versant de la Vilaine, dans lequel s’écoule le tiers des eaux bretonnes, couvrant 508 communes soit une population de 1 250 000 habitants répartis sur six départements. La principale difficulté est de parvenir collectivement à rédiger le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage), document de planification qui s’impose au schéma de cohérence territoriale ainsi qu’au plan local d'urbanisme communal ou intercommunal.
Un important travail s’enclenche. D’abord un diagnostic qui révèle que seulement 7 % des masses d’eau du bassin sont en bon état. Or, la directive-cadre européenne de 2000 sur l‘eau avait fixé un bon état des masses d’eau à 100 % pour 2015, voire 2021 ou 2027 (rivières, lacs, eaux souterraines et côtières) !
Un important travail s’enclenche. D’abord un diagnostic qui révèle que seulement 7 % des masses d’eau du bassin sont en bon état. Or, la directive-cadre européenne de 2000 sur l‘eau avait fixé un bon état des masses d’eau à 100 % pour 2015, voire 2021 ou 2027 (rivières, lacs, eaux souterraines et côtières) !
« Le diagnostic révélait sur le bassin une qualité de la ressource en eau fortement dégradée avec la présence importante de pesticides et d’azote, d’origine agricole à 90 %. Il révélait aussi une morphologie des cours d’eau, modifiée par les remembrements successifs depuis les années 1950, la destruction des haies et des talus, qui avait provoqué le lessivage des sols et la dégradation de la biodiversité. C’était la conséquence d’une politique productiviste et d'une vision purement économique des Trente glorieuses. »
En totale transparence avec l’assentiment des instances professionnelles
Sous la présidence de Michel Demolder, les participants de la Cle parviennent à définir une stratégie qui est soumise à la consultation des personnes publiques associées, communes et collectivités compétentes. Les remarques sont enregistrées et soumises au vote.
Un nouveau document est alors élaboré tenant compte des remarques et améliorations et proposé à nouveau au vote. Finalement, un arrêté inter préfectoral est alors pris avant la mise en œuvre des différentes mesures.
« Notre volonté, dès le départ, était de rendre publiques nos réflexions et nos préconisations. Le document actualisé a été soumis au public, une enquête a été mise en ligne en 2023. 3500 personnes y ont participé. Des ateliers de co-construction ont été organisés rassemblant quelque 300 personnes. Plus de 3700 personnes ont ensuite contribué à l’enquête publique. »
Un nouveau document est alors élaboré tenant compte des remarques et améliorations et proposé à nouveau au vote. Finalement, un arrêté inter préfectoral est alors pris avant la mise en œuvre des différentes mesures.
L’interdiction des pesticides fait grincer des dents
Négocié pendant trois ans avec l’ensemble des partenaires, le projet est soumis au vote : 39 voix pour, 18 abstentions, aucune voix contre ! Pourtant la colère gronde chez certains agriculteurs. Plusieurs articles du document font grincer des dents. Il y a notamment la règle 9 qui incite à la protection des zones humides avec une interdiction de drainage et une interdiction de créer des réserves d’eau pour l’irrigation dans des zones humides. Il y a surtout la règle 1 qui prévoit entre autres, « l'interdiction ciblée de l'usage d'herbicides sur les cultures de maïs, uniquement dans les parcelles à fort risque situées près des captages d'eau prioritaires. »
Début décembre 2024, deux jours avant la réunion de la Commission locale de l’eau prévue à Bain-de-Bretagne, quelque quatre-vingts agriculteurs des FDSEA et JA d'Ille-et-Vilaine, du Morbihan et de Loire-Atlantique manifestent devant la sous-préfecture de Redon pour contester le projet de révision du Sage Vilaine, estimant les mesures « extrêmement contraignantes pour l’agriculture et sa pérennité » Ce jour-là, les Confédérations paysannes d’Ille-et-Vilaine et du Morbihan, soutiennent les décisions de la Cle, invitant « les élus et l’administration à ne pas céder aux pressions de la FDSEA ». (Ouest-France du 3 décembre 2024).
De leur côté, collectifs et associations citoyennes et environnementales demandent des mesures plus radicales. Le 22 février 2025, la manifestation citoyenne pour une eau sans pesticides réunit à Redon quelque 2 000 participants selon les estimations publiées par les organisateurs et la presse locale.
« L'objectif énoncé visait à protéger la ressource en eau potable, car une grande partie des analyses avait révélé des traces de micropolluants et de métabolites de pesticides difficiles à filtrer. »
Début décembre 2024, deux jours avant la réunion de la Commission locale de l’eau prévue à Bain-de-Bretagne, quelque quatre-vingts agriculteurs des FDSEA et JA d'Ille-et-Vilaine, du Morbihan et de Loire-Atlantique manifestent devant la sous-préfecture de Redon pour contester le projet de révision du Sage Vilaine, estimant les mesures « extrêmement contraignantes pour l’agriculture et sa pérennité » Ce jour-là, les Confédérations paysannes d’Ille-et-Vilaine et du Morbihan, soutiennent les décisions de la Cle, invitant « les élus et l’administration à ne pas céder aux pressions de la FDSEA ». (Ouest-France du 3 décembre 2024).
De leur côté, collectifs et associations citoyennes et environnementales demandent des mesures plus radicales. Le 22 février 2025, la manifestation citoyenne pour une eau sans pesticides réunit à Redon quelque 2 000 participants selon les estimations publiées par les organisateurs et la presse locale.
« Ce que je ne comprenais pas, c’est que tous les travaux de la Cle avaient été conduits en concertation avec les représentants des chambres d’agriculture, les représentants syndicaux et professionnels, éléments constitutifs de la commission ! Les agriculteurs mécontents voulaient que j’aille les rencontrer et leur expliquer ! J’étais devenu leur cible. »
« C’est un outil démocratique qui est attaqué ! »
Le ton ne cesse de monter. Le 11 décembre 2025, une Cle doit se tenir à Châteaubourg. Le public est autorisé à y participer. Le préfet Franck Robine vient juste de prendre ses fonctions. Entre 500 et 700 agriculteurs, accompagnés de plus de 200 à 300 tracteurs venus à l'appel de syndicats (FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Coordination rurale) ont convergé vers Châteaubourg, bloqué les accès à la salle où devait avoir lieu le vote. En face, autant de manifestants mais sans tracteurs ! Malgré la centaine de gendarmes sollicités pour le maintien de l’ordre, Michel Demolder est contraint d’annuler la réunion. Les convois de tracteurs poursuivent alors leur route jusqu’à la préfecture de Rennes pour maintenir leur pression sur le préfet.
En janvier 2026, une nouvelle manifestation citoyenne de l’eau réunit à Rennes 3500 personnes venues défendre la qualité de l'eau potable et s'opposer au blocage de la réglementation sur les pesticides en Bretagne. En février, la colère est toujours là et Michel Demolder doit à nouveau annuler la réunion de la Cle.
En janvier 2026, une nouvelle manifestation citoyenne de l’eau réunit à Rennes 3500 personnes venues défendre la qualité de l'eau potable et s'opposer au blocage de la réglementation sur les pesticides en Bretagne. En février, la colère est toujours là et Michel Demolder doit à nouveau annuler la réunion de la Cle.
« J’ai alors sollicité le Premier ministre. Mais, empêtré dans la crise de la dermatose nodulaire contagieuse des bovins, non seulement il ne m’a pas répondu mais il a profité de l’évolution de la loi de l’urgence agricole pour modifier la composition des Cle, donner plus de pouvoir aux préfets et mettre sous tutelle du ministère de l’Agriculture les agences de l’eau ! J’étais déconcerté. C’est un outil démocratique qui était attaqué ! »
Un nouveau texte soumis au vote le 24 septembre
Avec ces tensions montantes, Michel Demolder maintient le lien avec les préfets, les associations sans rien renier des engagements pris collectivement. En mars 2026, contre toute attente, l’Etat intervient pour suspendre et bloquer la révision du Sage Vilaine. Les préfets de Bretagne et des Pays de la Loire, estiment que « le texte n'est pas assez mûr ». Ils exigent « la reprise des négociations avec le monde agricole ».
La Cle a donc travaillé sur un nouveau texte prévoyant une restriction progressive voire une interdiction locale de l'usage de certains produits phytosanitaires. Cette interdiction est couplée à des aides financières et des dispositifs d'accompagnement pour inciter les exploitants agricoles à modifier leurs pratiques sans subir de pertes sèches. Comme cela était prévu dans le fonctionnement institutionnel, Michel Demolder a mis fin à ses fonctions de président le 2 juillet dernier. La balle est désormais dans le camp d’Emmanuelle Dubée, nouvelle préfète de Bretagne et d’Ille-et-Vilaine qui a pris la suite de Franck Robine le 18 juin 2026, parti rejoindre Bruno Retailleau pour diriger sa campagne.
Le vote définitif du Sage Vilaine aura lieu le 24 septembre avec la désignation d’un nouveau président ou présidente pour la Cle. La majorité des deux tiers est nécessaire pour que passe le texte.
« Ces règles avaient pourtant été travaillées longuement avec les chambres d’agriculture en accord avec les représentants locaux de la FNSEA, syndicat majoritaire. Je pense qu’il y a eu des pressions au niveau national, du syndicat et du gouvernement, craignant sans doute que l’initiative bretonne ne se reproduise dans d’autres régions... J’y voyais là en tout cas le signe d’une reprise en main par l’Etat de la démocratie locale de l’eau alors que sur les territoires, on peut intelligemment trouver ensemble des compromis. »
La Cle a donc travaillé sur un nouveau texte prévoyant une restriction progressive voire une interdiction locale de l'usage de certains produits phytosanitaires. Cette interdiction est couplée à des aides financières et des dispositifs d'accompagnement pour inciter les exploitants agricoles à modifier leurs pratiques sans subir de pertes sèches. Comme cela était prévu dans le fonctionnement institutionnel, Michel Demolder a mis fin à ses fonctions de président le 2 juillet dernier. La balle est désormais dans le camp d’Emmanuelle Dubée, nouvelle préfète de Bretagne et d’Ille-et-Vilaine qui a pris la suite de Franck Robine le 18 juin 2026, parti rejoindre Bruno Retailleau pour diriger sa campagne.
Le vote définitif du Sage Vilaine aura lieu le 24 septembre avec la désignation d’un nouveau président ou présidente pour la Cle. La majorité des deux tiers est nécessaire pour que passe le texte.
« Si oui, un arrêté inter préfectoral sera signé pour la mise en œuvre du projet. Si non, il faudra rebâtir une stratégie et ça coûtera un million d’euros que l’Etat devra financer ! La Cle est un vrai lieu de concertation et de co-construction. La reprise en main de cette instance par l’Etat va à l’inverse de ce que souhaitent les citoyens. Elle crée des crispations au lieu de construire des compromis. La question de l’eau est pourtant un enjeu qui concerne aujourd’hui l’ensemble des citoyens. »
| Les grandes dates de son parcours 1959 : naissance de Michel Demolder. Son père, belge d’origine, travaille à la Poste et la famille doit régulièrement déménager. Michel a cinq frères et sœurs adoptés, originaires de différents pays, dont un sourd. 1979 : voilà quatre ans que la famille s’est installée en Bretagne. C’est là que Michel choisit de s’ancrer. 1982 : après des études d’instituteur à Rennes, devenu insoumis militaire puis objecteur de conscience, il intègre les Compagnons bâtisseurs comme « volontaire à long terme » pour un service civil de deux ans. Il devient à cette époque membre du parti communiste. 1984 : après un stage de couvreur à l’Afpa et un an comme artisan, il rejoint le centre technique de l’ouïe et de la parole de Fougères (aujourd’hui centre Paul Cézanne) avant d’intégrer le Centre jeunes et métiers où il rencontre sa femme. 1986 : il passe un diplôme d’animateur à l’IRTS de Rennes et est recruté à l’UFCV, Association nationale de jeunesse et d’éducation populaire. Passionné par la formation pour adultes, il accompagne les enfants et adultes sourds et agit pour leur insertion sociale et professionnelle au sein de l’Urapeda. 1990 : l’association régionale, puis nationale, lui propose d’intervenir comme formateur auprès des sourds. Il crée alors le premier atelier pédagogique personnalisé dédié aux sourds. Il ne quittera plus l’association (devenue aujourd’hui Envol) jusqu’à sa retraite en 2019, devenant responsable du service de formation en langue des signes et des services d’interprétation. En 2008, il est élu à Pont-Péan (près de Rennes) et devient adjoint à l’urbanisme auprès du maire Jean-Luc Gaudin. En 2020, après deux mandats, il est élu maire, une fonction qu’il exercera jusqu’en 2025. |
POUR ALLER PLUS LOIN…
- Créée en mars 1997, la Cle, Commission locale de l’eau, a entre autres pour mission de rédiger le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage), document de planification qui s’impose au Scot (schéma de cohérence territoriale), au PLU et au PLUI, plan local d'urbanisme communal ou intercommunal. Il doit être en phase et cohérent avec le Sage Bretagne mais peut aménager certaines règles propres au territoire. Les règles établies sont imposables aux tiers et à l’administration, y compris au préfet qui n’avait pas jusqu’alors, le droit de modifier la philosophie générale décrétée par les membres de la Cle.
- La Cle rassemble 72 membres répartis sur l’ensemble du bassin de la Vilaine dont 39 élus.
- La Cle est portée par Eaux et Vilaine, établissement public territorial de bassin chargé de mettre en œuvre et de coordonner la politique de l'eau et des milieux aquatiques du bassin de la Vilaine. La structure bénéficie de financements provenant des collectivités et est animée par une équipe de professionnels.
- Le Sage Vilaine est élaboré par la Commission Locale de l’Eau (CLE) pour fixer les objectifs et les orientations des usages de l’eau par les différents acteurs du territoire. Il vise à concilier la satisfaction et le développement de ces usages et la protection des milieux aquatiques. Le Sage, institué par la loi sur l’eau de 1992, est un instrument essentiel de la mise en œuvre de la Directive cadre européenne sur l’eau (DCE) » SAGE Vilaine - Site officiel d'Eaux & Vilaine
- Le premier Schéma d’aménagement et de gestion des eaux Vilaine est voté en 2003. C’est alors le premier de France à voir le jour. Il s’agit d’un « document de planification visant la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, en quantité comme en qualité. » Un deuxième Sage est voté en 2015, le troisième devait être voté en septembre 2025.



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