05/12/2013

Maurice tient parole sur son passé carcéral


Maurice a passé dix ans en prison. De cette expérience carcérale, il a tiré un livre « Prison, des rats et des hommes ». L’ex-détenu témoigne pour accomplir un devoir moral. Une manière aussi de sceller sa réinsertion.


« J'étais comme un gibier blessé »
« J'étais comme un gibier blessé »
« Pour clore avec le passé carcéral, j’ai éprouvé le besoin de témoigner »*. Sur ces mots, Maurice ouvre son histoire : « Prison, des rats et des hommes ». Un récit écrit sous un nom d’emprunt. À 42 ans, l’ex-détenu entend prouver « la sincérité de son engagement » vers la réinsertion.
 
Alors, il a pris la parole. Pour se raconter, lui, « l’enfant maudit »*, dont le père s’est suicidé à la naissance. Pour dire le racisme ordinaire, expliquer les premières conneries et, enfin, les braquages qui le conduiront en prison. Pour dix ans.
 
Installé dans un petit café face à la gare de Lyon, à Paris, Maurice est tiré à quatre épingles, une montre à gousset glissée dans une poche de son costume noir. Il a posé un exemplaire de son livre sur le bord de la table et parle avec volubilité. Il parle avec les mains, et son regard reste muet.

Maurice tient parole sur son passé carcéral

Pour tenir, prendre la prison comme un jeu

Maurice décrit ses années d’incarcération comme on raconterait ses souvenirs de voyage. Un récit truffé d’anecdotes, tantôt teintées d’agressivité, tantôt cocasses, comme cette cellule de la Santé transformée en piscine un jour de canicule. À l’entendre, la prison ressemblerait à la colonie de vacances. « J’ai décidé de la prendre comme un jeu. Je me suis conditionné. » Pour tenir.
 
Malgré tout, il avoue quelques « coups de blues », surtout au moment des fêtes. On reste humain. « Je pleurais quand je recevais le colis de Noël. Parfois, des surveillants avaient les mots et me disaient : “Allez, tu vas bientôt sortir. Viens fumer un joint…“ Tous les détenus pleuraient. Ceux qui disent qu’ils ne pleurent pas, qu’ils sont des  "bonhommes", c’est faux. Si tu ne pleures plus, c’est que tu n’as plus de sentiments, plus de compassion. »
 
Pendant dix ans, il est trimbalé de maisons d’arrêt en centrales, d’Epinal à Fresnes en passant par l’Île de Ré. Car on l’accuse régulièrement de préparer des évasions. Des « affabulations »,  jette-t-il.

Un « mouton » devenu un « loup »

Il faut dire que Maurice n’est pas un détenu facile. Il provoque les gardiens : « Ils vous poussent à la haine. En refusant d’ouvrir une porte ou de donner des cigarettes. J’appelle ça de la torture psychologique. Une cigarette, un café, aller à la douche, c’est un lingot d’or quand on est enfermé. Vous voyez ce que je veux dire ? », insiste-t-il sans cesse, comme s’il craignait d’être méjugé. « Mais j’ai aussi connu de très bons surveillants », tient-il à préciser. 
 
La prison engendre des rapports de force. « J’étais un mouton quand j’étais petit. Dès que je suis entré en prison, je suis devenu un loup. Quand on arrive, les détenus essayent de vous dépouiller », justifie-t-il, penché vers son interlocuteur, envahissant. Il faut bien se défendre.

« Si tu ne pleures plus, c'est que tu n'as plus de compassion »
« Si tu ne pleures plus, c'est que tu n'as plus de compassion »

La liberté sans but

Dernière étape à la centrale de Clairvaux. Et puis en 2005, la libération. Une dernière porte qui claque et il se retrouve dehors, avec 700 euros en poche. Sans travail, sans logement. Que faire de cette liberté sans but ? Il flambe tout son " fric". Alors, Il se demande : « Est-ce que je retourne au charbon ? » Comprenez, reprendre les braquages. Il fraude pour aller dans le sud de la France. Un contrôleur le débarque à Lyon. 
 
C’est le début de l’errance. « J’étais sale, maigre. J’étais comme un gibier blessé. Pour manger, j’entrais dans les magasins et je volais du saucisson, du fromage… Que des petites choses. » Jusqu’à ce qu’il tombe par hasard – par chance – sur une association d’aide à la réinsertion. Nadine Michelle, « la boss », lui achète de quoi se laver, des vêtements et l’installe à l’hôtel. Elle l’aide à trouver un emploi dans le bâtiment. Grâce à « un CV trafiqué, avec le travail que j’avais fait en prison, mais sans mentionner la maison d’arrêt. » Quelque temps plus tard, dans le métro, il rencontre sa future femme.

« J'attire les clients avec un hameçon »
« J'attire les clients avec un hameçon »

« Franchement, Maurice, tu nous bluffes »

L’idée du livre commence à germer. Nadine Michelle l’aide à l’écrire. Reste à le publier. Heureusement, la prison lui a appris la débrouille. Alors, seul, il crée sa propre maison d’édition pour assurer son indépendance. Il trouve les fonds pour imprimer son livre. « Un organisme de crédit a financé mon projet. On ne pourra pas dire que j’ai fait des choses sales pour le réaliser. » 
 
Maurice balise son parcours de résolutions auxquelles se cramponner. Pour s’investir pleinement dans son aventure éditoriale, il arrête de travailler sur les chantiers. Le pari est risqué. « Aujourd’hui, les associations me disent : “ Franchement, Maurice, tu nous bluffes “ », assure-t-il, éclatant de fierté.
 
Son livre, il le vend principalement à la criée. Sur quelques marchés, mais surtout devant un café, le 1900. Un emplacement qu’il a obtenu au culot auprès du cafetier. Pour attirer les clients, il « pratique le système de la pêche, indique-t-il d’un air malin. Avec un hameçon. Quand les gens s’arrêtent et touchent le livre, j’explique que c’est ma vie. Et tout doucement, ils prennent confiance. Je leur demande de me donner ensuite leurs impressions. »

« Mettre son ''petit ange'' à l'abri du besoin »
« Mettre son ''petit ange'' à l'abri du besoin »

Honorer sa dette morale

Maurice s’est fixé un objectif précis : en vendre 25 000 exemplaires. Déterminé à régler sa dette judiciaire – les indemnités qu’il doit verser aux victimes de ses braquages – et à mettre de l’argent sur le compte de sa fille, son « petit ange », pour s’assurer « que le jour où j’irai au “ boulevard des allongés“ elle ait un toit. »
 
Il ne peut posséder de compte en banque, « sinon tous les huissiers de justice me le bloquent. Quand j’ai besoin d’argent, je suis obligé de passer par l’intermédiaire de madame. Alors, je suis un peu honteux. »
 
Maurice donne aussi des mini-conférences pour les associations qui l’ont accompagné. « Gratuitement », déclare-t-il en pesant le mot. « J’annule mes rendez-vous spécialement pour elles », afin de « rendre ce que j’ai reçu ». Comme pour honorer une dette morale. 
 
Il s’est assigné un nouveau projet, à partir du 31 janvier 2014. « Je voudrais ouvrir une association de réinsertion. Trois boîtes d’intérim sont prêtes à passer un contrat avec moi. Cela me tient à cœur, car il y a des détenus qui veulent se réinsérer, mais ils n’ont pas les bonnes informations pour arriver sur ce chemin-là. »

Emilie Lay

 POUR ALLER PLUS LOIN : 
 
*Prison, des rats et des hommes, de Maurice Marchal, 12 euros, Éditions Frering. Pour se le procurer, contacter le 06 09 46 96 54.
 
Le Mouvement d’action sociale  a accompagné Maurice dans sa réinsertion. L’association a mis en place des programmes, dits de droit commun dans les maisons d’arrêt de la région lyonnaise, pour faciliter la recherche de logement à l’intérieur de la détention. 
 
Le Guide du prisonnier, réalisé par l’Observatoire international des prisons, se destine aux personnes incarcérées, à leurs proches et à tout citoyen s'interrogeant sur les droits du prisonnier. 
Le guide du prisonnier, OIP/ éditions La Découverte, 2012, 34 euros.
 
Le dernier rapport annuel sur les conditions de détention en France, dressé par l’Observatoire international des prisons

Le site Carcéropolis, animé par des citoyens bénévoles et soutenu par les associations engagées sur la question de la prison.





1.Posté par Mélinda Schilge le 27/08/2020 19:23
L'histoire d'une vie difficile, de décisions contestables, d'un caractère bien trempé.

L'auteur nous livre un témoignage sans ambages, sur les circonstances qui mènent au dérapage et sur le personnel de prison, ainsi que sur les conditions de détentions.

Un petit livre que l'on lit d'une traite !

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Le billet de la semaine

​Bolloré en Indochine


Frappé en ce moment par la fuite de journalistes craignant de subir à leur tour, avec l’intrusion du Groupe Bolloré, la dérive droitière de Cnews, le journal L’Express va pouvoir au moins, dans un premier temps, conter les belles histoires du dit Groupe. La dernière se passe au Cambodge. Par amour du caoutchouc, le groupe  français accapare en 2008 des terres ancestrales de l’ethnie Bunong et y plante des hévéas. En 2015, des paysans se rebellent. Suivent divers épisodes. Le dernier a eu lieu le 2 juillet devant le tribunal de Nanterre et a été marqué par une belle victoire du droit français : celui de Bolloré contre les paysans cambodgiens incapables, ces indigènes, de fournir des droits de propriétés en bonne et due forme. Pour prix de leur toupet, ils devront payer en outre une indemnité de procédure au planteur français. L’avocat des Bunongs a aussitôt fait appel. Suspense. Le prochain épisode de Bolloré en Indochine sera à suivre, dans L’Express bien sûr. 

Michel Rouger
20210708_bollore_en_indochine.mp3 20210708 Bolloré en Indochine.mp3  (1.17 Mo)


08/07/2021

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