08/11/2010

Le vieil ami des Malgaches


À près de 80 ans, Michel David, l'ancien artisan du bâtiment, continue de filer à Fianarantsoa (Madagascar) pour aider la population à se construire un avenir. Un vrai investissement solidaire : chaque année, il vient avec quelque 70 000 euros et un tas de matériels.


Le vieil ami des Malgaches
Ancien patron d'une entreprise de maçonnerie, basée à Mordelles près de Rennes, Michel David sait donner du sens à sa retraite. Deux fois par an, il met cap au sud pour changer d'hémisphère, et retrouver ses amis de Madagascar qui l'attendent comme le messie. Cet homme au grand cœur de 79 ans ne débarque jamais les mains vides. Tous les ans, il parvient à collecter une somme rondelette - environ 70 000 euros! - sans compter divers produits et matériels qui vont du lait en poudre au tour à métaux. 

Cela fait treize ans que Michel David s'est vu confier les rênes de l'association "Les amis de Fianarantsoa". En novembre 2010, il retournera encore sur place peaufiner les derniers projets : construire un foyer pour les enfants des rues et sept puits d'eau potable. Il va aussi annoncer une bonne nouvelle. Profitant de la fusion de deux hôpitaux voisins, un médecin de Loudéac se dit prêt à expédier un premier lot de 30 lits médicalisés et des appareils de radiologie.

Au culot

« Au fil des ans, j'ai su tisser des liens autour de moi avec des tas de gens qui apportent des fonds ou du matériel. Il y a des particuliers mais aussi des artisans et des industriels. » Michel David sait y aller au culot. L'un de ses plus beaux exploits remonte à sa première année de présidence. Par l'intermédiaire d'un ami garagiste, il a obtenu un rendez-vous avec le patron de l'usine Citroën de Rennes. «C'était en 1997. J'ai obtenu un fourgon C15 neuf.» 

 Lors de ses premiers voyages sur l'île, l'ancien maçon a pu évaluer l'ampleur des besoins. «Un jour, j'ai vu des femmes qui attendaient leur tour près d'un bâtiment pour accoucher. Certaines donnaient la vie sur les marches. Les autres étaient renvoyées chez elles aussitôt après la naissance de leur enfant.» Voilà comment une maternité a vu le jour à Fianarantsoa, financée par les dons venus de Bretagne.

Coup de foudre

Ancien militant de la Jeunesse Agricole Chrétienne (JAC), pépinière de nombreux dirigeants en Bretagne, Michel David fait partie de ces hommes qui ont appris à s'engager. Elu vice-président national de la Confédération des artisans du bâtiment (Capeb), il a participé à la mise en place d'une couverture sociale pour les salariés. Son ouverture sur Madagascar, l'un des pays les plus pauvres de la planète, passe par un prêtre originaire d'Ille-et-Vilaine. 

 «L'abbé Louis Deshommes a été vicaire à Mordelles. C'était un homme courageux et généreux, se souvient Michel David. Alors âgé de 40 ans, il a demandé à partir à Madagascar comme missionnaire. Il fut accueilli par la communauté des Jésuites de Fianarantsoa.» Après le départ du prêtre, les ponts n'ont jamais été rompus avec Mordelles. Désireux de recevoir de l'aide de ses anciens paroissiens, l'abbé Deshommes créa une association de solidarité. 
 
«Il venait nous voir de temps en temps pour remplir sa trésorerie. On lui envoyait des vêtements.» L'année de son départ en retraite, Michel David rendit visite au prêtre. «Avec mon épouse, on s'était offert un voyage à La Réunion. On a fait un petit détour pour aller le voir. Il s'occupait de tout dans plusieurs paroisses, y compris de la santé, de l'éducation, de l'entretien des routes et de barrages.»

 Le choc avec la misère malgache a eu l'impact d'un coup de foudre. Il acceptait de reprendre le flambeau, trois ans avant le décès de l'abbé Deshommes. Quand il débarque à Tananarive, la capitale, Michel David prend la route dans la camionnette envoyée par les Jésuites pour rallier Fianarantsoa, à 420 km au sud. Le voyage n'est pas de tout repos. Mieux vaut éviter de rouler la nuit, car il y a toujours des attaques de bandits dans les villages. Arrivé sur place, il loge chez Mélanie, une jeune femme qui a ouvert son hôtel-restaurant après avoir suivi une formation à Mordelles.

En 2010, 17 tonnes de poudre de lait

A chaque voyage, Michel David remplit une valise de médicaments et une autre de bonbons pour les enfants. Il n'oublie jamais d'emporter des voan-dolana (fruits du chemin), les petits cadeaux qui font partie de la coutume malgache. Les douaniers savent se servir eux-mêmes. En 2003, ils lui ont confisqué un couteau suisse et la trousse à outils de poche... 

Face à la corruption, Michel David s'appuie sur un solide réseau constitué par les Jésuites et d'autres religieux. Tous les projets de l'association transitent par les congrégations, qui réceptionnent les fonds et le matériel. A chacun de ses retours, Michel David fait le point sur les actions dans une lettre aux adhérents. «Je suis rentré très triste» leur écrit-il en août 2010. Référence à la situation chaotique que connaît l'île sur le plan politique. A quoi s'ajoutent les aléas climatiques. 
 
«Cette année, pas une goutte d'eau n'est tombée dans le sud de l'île, d'où absence totale de cultures et de récolte.» Mais Michel David et ses amis n'ont jamais été aussi efficaces. «2010, c'est une année record !» Parmi les exploits, on relève la collecte de 17 tonnes de poudre de lait. 

  Alain THOMAS




1.Posté par LE CARRERES Magali le 15/11/2010 00:13
La bonté et la tenacité n'ont pas d'âge, comme le démontre MIchel DAVID !
Un grand bravo !

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Le billet de la semaine

​Bolloré en Indochine


Frappé en ce moment par la fuite de journalistes craignant de subir à leur tour, avec l’intrusion du Groupe Bolloré, la dérive droitière de Cnews, le journal L’Express va pouvoir au moins, dans un premier temps, conter les belles histoires du dit Groupe. La dernière se passe au Cambodge. Par amour du caoutchouc, le groupe  français accapare en 2008 des terres ancestrales de l’ethnie Bunong et y plante des hévéas. En 2015, des paysans se rebellent. Suivent divers épisodes. Le dernier a eu lieu le 2 juillet devant le tribunal de Nanterre et a été marqué par une belle victoire du droit français : celui de Bolloré contre les paysans cambodgiens incapables, ces indigènes, de fournir des droits de propriétés en bonne et due forme. Pour prix de leur toupet, ils devront payer en outre une indemnité de procédure au planteur français. L’avocat des Bunongs a aussitôt fait appel. Suspense. Le prochain épisode de Bolloré en Indochine sera à suivre, dans L’Express bien sûr. 

Michel Rouger
20210708_bollore_en_indochine.mp3 20210708 Bolloré en Indochine.mp3  (1.17 Mo)


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