Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
08/03/2022

Fanche se fâche et Camille dégoupille

Texte et photos : Jean-Luc Poussier


Ne vous fiez pas à ses airs de paisible retraitée de l’éducation nationale et à son éclatant sourire, Fanche Rubion ne lâche rien dès qu’on aborde la question de l’écologie. « Je pense qu’il y a urgence et qu’on a plus le temps de tergiverser. »


"Lutter c’est manifester, occuper, saboter, zader, désobéir"
"Lutter c’est manifester, occuper, saboter, zader, désobéir"
20220310_fanche_se_fache_et_camille_degoupille.mp3 20220310 Fanche se fâche et Camille dégoupille.mp3  (7.14 Mo)

Au mois de juin 2021, puis en décembre, elle a publié deux carnets de voyage d’un nouveau genre. Le premier, intitulé "Stop OGM et pesticides", entend alerter sur le danger de ces organismes génétiquement modifiés ; le second, "Le capitalisme ou le vivant ?" nous place devant un choix de vie. « On voit bien que ce sont les plus fragiles qui souffrent le plus. Le capitalisme est un modèle à changer. » Cette remise en cause radicale n’est pas nouvelle et elle n’est pas la seule à faire ce constat. Ce qui l’est c’est la manière de le faire et le but recherché. En créant son petit personnage, un nuage prénommé Camille, madame l’institutrice déroule sa pelote en trois actes.

Premièrement, s’interposer : « Il faut dire non a tout ce qui détruit notre planète. Il faut lutter pour défendre le vivant. Et lutter c’est manifester, occuper, saboter, zader, désobéir. »

Deuxième acte, construire des alternatives : «  Il ne faut pas rester dans le négatif ou l’opposition mais proposer des alternatives que sont les jardins partagés, les coopératives qui s’investissent dans l’énergie renouvelable. » Les initiatives foisonnent dans ses carnets.

Troisième voie, changer de regard : « C’est le plus difficile. Il nous faut penser autrement notre relation au vivant. Dans notre histoire et dans notre culture, c’est l’humain qui domine tout, qui est au dessus des contingences, qui asservit notre environnement. C’est ce qu’il nous faut changer en profondeur, apprendre à vivre dans le respect de tout ce qui est vivant. »

"Ce que j’aime c’est militer et ... dessiner"
"Ce que j’aime c’est militer et ... dessiner"

Des carnets de voyage pour aller plus loin

Ses carnets de voyage se veulent une mine de renseignements tous vérifiés et revérifiés, sources citées. Cette prise de conscience est le fruit d’un engagement constant tout au long d’une vie professionnelle bien remplie. Institutrice dans les écoles primaires successivement à Rennes dans le quartier de Maurepas, Val d’Izé en milieu rural mais également à Redon en fin de carrière, Fanche Rubion a également été maîtresse formatrice en arts plastiques, conseillère pédagogique et enseignante pendant trois ans à la prison des hommes de Rennes. « Si on résume, dit-elle, ce que j’aime c’est militer et ... dessiner ! »

Arrivée à l’âge de la retraite, à 60 ans, elle aurait pu se la couler douce mais ce n’est pas son genre. A la suite d’un stage en écopsychologie sur "Le travail qui relie", chacun était amené à présenter un projet. Comme elle ne manque pas d’audace, le sien était de dessiner un nouveau récit pour le monde. Pas moins.
« J’ai d’abord pensé à un livre, mais un livre de plus, ça s’oublie vite et ça ne changera pas grand chose. J’ai pensé que la formule carnets de voyage que j’ai expérimenté tout au long de mes voyages était un bon moyen de susciter des envies, de faire réfléchir. Je mets l’écologie en pratique dans ma vie de tous les jours mais chacun dans son coin ne suffit pas. On en changera les choses que si tout le monde s’y met. »

"Il ne faut pas mollir"
"Il ne faut pas mollir"

Militante avant tout

Elle montre l’exemple en faisant partie des faucheurs volontaires.  Elle s’est engagée dans une association bretonne qui lutte contre les fermes usines mais elle veut avant tout susciter la réflexion, donner des idées, ouvrir des portes. Dès que son idée de carnets a commencé à mûrir, elle qui n’est pas familière des réseaux sociaux se lance en ouvrant un compte sur Instagram. « J’étais arrivée à une centaine d’adhérents mais çà a vite plafonné. Ce n’est pas comme ça que j’allais changer le monde. » L’idée des carnets de voyage revient en force mais d’une autre manière avec l’édition papier de ses carnets. Elle soumet le projet aux éditeurs qui font la moue. Reste l’auto-édition et le début d’un parcours du combattant.

Soutenue et aidée par une de ses sœurs, ancienne secrétaire de rédaction, et un beau frère graphiste, elle travaille à la maquette de son premier carnet, cherche a créer un petit personnage sympathique qui puisse porter ses messages. Ce sera un petit nuage parce que c’est léger, que ça se voit de partout avec un prénom non genré, donc Camille.
« Pour le slogan, j’ai bien réfléchi et dégoupiller, même si c’est guerrier, ça correspond à ce qu’il faut faire. Il ne faut pas mollir, il faut être ardent dans notre lutte, audacieux. Si on demande gentiment on aura rien. Au contraire, il faut prendre a bras le corps ce qui bloque pour lever les obstacles. »

Objectif : un carnet par trimestre

Elle investit 1 500 euros pour sortir les 1 200 premiers exemplaires de chaque, fait appel au Service d’aide par le travail (ESAT) de Loudéac pour la couverture cartonnée.  Pour la sortie du premier carnet, elle organise une expo à la Biocoop de Belz où elle habitait, fait le tour des librairies pour placer ses carnets qu’elle vend 5 €, diffuse par le biais de la boutique Coop Breizh de Lorient : « Ce n’est pas facile, admet-elle. Parfois je suis un peu découragée quand ça ne se vend pas ... et regonflée quand j’ai quelques commandes par internet. »

Elle a dû aussi créer son blog, camilledegoupille.fr, ouvrir une boutique en ligne, un compte Paypal. Pas franchement sa tasse de thé mais elle apprend et progresse. Le numéro 3 qui sort le 11 mars (*) est consacré à l’humain et au vivant. Il critique la séparation entre l'espèce humaine et la "Nature". Il aborde les liens entre les humains et leurs milieux de vie, leurs attaches dans une histoire commune face à une même force destructrice : l'exploitation par le capitalisme.
« Il me faut encore épurer mes carnets, mettre moins de textes et renvoyer sur des liens pour que les lecteurs s’informent. A terme, je voudrais pouvoir en sortir un par trimestre parce que les sujets et les idées ne manquent pas : les transports et l’énergie, les migrations climatiques, la souveraineté alimentaire , la désobéissance. »
Ce dernier thème lui tient à cœur car, explique-t-elle, il faut désobéir en conscience lorsque l’on pense que ce qu’on nous demande est illégitime. C’est un moyen de créer un rapport de force. Mais elle sait aussi qu’il lui faut trouver un diffuseur si elle veut vendre ses carnets plus facilement et atteindre un public plus large.

Jean-Luc Poussier

(*) Sortie du troisième carnet de voyage vendredi 11 mars :
« Se brancher à la terre »

Voilà la brève description de contenu figurant sur la 4ème de couverture :

Ce carnet témoigne d’initiatives, menées ici et là, qui inventent une nouvelle conception de la nature. Aujourd’hui en effet, nous détruisons nos milieux de vie, alors même que des intérêts communs et des liens vitaux nous unissent à eux. Et si on cessait de s’approprier le vivant et d’en faire une marchandise ? Si on rejetait le capitalisme pour inventer un modèle économique réjouissant et compatible avec la vie sur Terre ?



Nouveau commentaire :

Citoyenneté / Libertés | Justice / Inégalités | Travail | Vie rurale | Quartiers | Condition des femmes | Différences | Planète | Alternatives | Éducation