Demain

10/02/2011

Pierre Rabhi, défricheur de l’agroécologie


C’est une herbe folle qui pousse dans la pierraille ardéchoise. La mauvaise conscience de l’agro-industrie. Deux yeux pétillants, une peau cuivrée par le soleil, Pierre Rabhi pionnier de l’agroécologie vit depuis une cinquantaine d’années dans un hameau perdu de l’Ardèche. Au pied des Cévennes.


Un précurseur et la mauvaise conscience de l'agro-industrie.
Un précurseur et la mauvaise conscience de l'agro-industrie.
Sa maison, on la découvre au détour d’un méchant raidillon dans l’odeur entêtante du buis et des bruyères. Le chant des cigales. Dans un bois voisin vit un ermite. Beaucoup plus loin en contrebas, l’eau cascade dans les gorges du Chassezac. 

Lui, le fils du désert, le travailleur algérien immigré, c’est ici qu’il a choisi de poser ses valises au début des années 1950. « Je suis arrivé dans un pays en liquidation. Des hameaux entiers désertés par les paysans et leurs familles. Tout était à vendre. » Un crève-cœur. « La ville et l’usine, je n’en pouvais plus », ajoute-t-il aussitôt. « Le soir, je lisais tout ce que je trouvais.» Déjà la soif de comprendre. De s’abreuver à une autre source. 

Pierre Rabhi, défricheur de l’agroécologie
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Tel un figuier sur la terre aride

Parti sur un coup de tête pour fuir la ville, il découvre la dureté du monde paysan. Les jours incertains, une terre aride. Angoisse de ne pas savoir de quoi demain sera fait. Il tient bon. Comme ces figuiers qui s’accrochent dans les gorges de l’Ardèche et libèrent en septembre des fruits gorgés de soleil. Intuition d’être sur la bonne voie.

Ouvrier agricole, Pierre Rabhi se forme dans une Maison familiale rurale. S’interroge très tôt sur les conséquences de l’usage des pesticides pour les hommes et pour la terre. Les travaux de la biologiste Rachel Carson avec son livre "Le printemps silencieux", vont servir de déclic. Son enquête publiée en 1962 est aujourd’hui considérée comme l’une des pierres fondatrices du mouvement écologiste. Elle y démontre pour la première fois les effets dévastateurs du DDT pour les oiseaux et les écosystèmes. Et va contribuer à l’interdiction du DDT aux Etats-Unis. 

«Son travail rétablit la chaîne de la vie»

Pierre Rabhi accueille avec simplicité. Revient sur son parcours. «Pendant très longtemps, ma ferme a occupé toutes mes pensées. Je me demandais quelles conséquences aurait notre mode de vie sur nos enfants. Arriver à vivre de notre production n’a pas été si simple.» Car il aurait pu choisir la simplicité comme l’y invitaient les banquiers du Crédit Agricole. Le poussant à choisir une exploitation dans la vallée du Rhône. Il rit. «Je ne leur demandais pas assez d’argent.» L’être déjà plutôt que l’avoir. 

« Cet homme a fécondé des terres poussiéreuses avec sa sueur, par un travail qui rétablit la chaîne de la vie que nous interrompons continuellement », dit de lui Yehudi Menuhin dans la préface Parole de terre, une initiation africaine.

À trop vouloir faire cracher la terre, on l’a épuisée, estime Pierre Rabhi. « Regardez la pollution des nappes phréatiques, les effets sur la santé des paysans des multiples produits phytosanitaires longtemps utilisés sans aucune précaution. Quand on compare les deux façons de cultiver la terre, c’est tout cet ensemble qu’il faut prendre en compte. »

«Pourquoi vouloir entasser?»

Paysan c’est sûr, agronome autodidacte aussi. Mais ce n’est sans doute pas l’essentiel. Pierre Rabhi, à travers la terre, nous interroge sur notre manière d’être. Nous invite à découvrir « une frugalité heureuse. Aujourd’hui, j’ai tout ce qu’il me faut. Pourquoi vouloir entasser?», glisse-t-il sur le pas de sa porte.

Sans faire de bruit, ses idées germent. Trouvent parfois un écho inattendu. Comme il y a quelques jours, au siège de Groupama à Paris, lors d’un colloque organisé par l’association TerrEthique. Son dernier livre "Vers la sobriété heureuse", a même été sélectionné par cette association fondée par Patrice Lepage et Luc Guyau, ancien président de la FNSEA. Une greffe intattendue.

Patrice MOYON.

À Lire: "Paroles de terre, une initiation africaine" (préface de Yehudi Menuhin), éditions Albin Michel; "Du Sahara aux Cévennes" éditions Albin Michel; "Vers la sobriété heureuse",  éditions Acte Sud.

Le blog de Pierre Rabhiwww.pierrerabhi.org




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​Essentiel


Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
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26/11/2020

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