21/04/2021

Après avoir participé à la révolution, Mélissa reconstruit Beyrouth

Reportage : Ines Gil, à Beyrouth


Il y a dix-huit mois, en octobre 2019, Mélissa participait à la thawra, la révolution libanaise. Aujourd'hui, elle reconstruit Beyrouth, frappée par les explosions du 4 août, comme volontaire au sein de l’association Offrejoie.


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Le financement de ce reportage est assuré par les dons parvenus à Histoires Ordinaires à la mémoire de Gérard Huillery qui a toujours été très attaché au site.

« Encore 10 sacs à monter ! » lance Mélissa à travers la cage d’escalier. Elle chope un sac rempli de sable, se tourne vers son voisin et le lui tend. Ses longs cheveux châtains sont attachés en arrière. Ils mettent en avant son visage rouge feu : « je travaille comme ça depuis plus de deux heures », souffle-t-elle. Gants à la main pour éviter les blessures, elle porte un bleu de travail avec l’inscription Offrejoie : « Je viens plusieurs fois par semaine comme volontaire pour l’ONG. »

Malgré la fatigue, elle continue. Les gestes sont mécaniques : « C’est souvent des sacs assez lourds à monter, ou des petits blocs de béton, il y a encore du boulot pour tout reconstruire dans le quartier ! »  Le 4 août dernier, le quartier de la Karantina est un des district les plus détruits par l’explosion de Beyrouth. Au lendemain de la catastrophe, Offrejoie mobilise des volontaires pour balayer les rues et constater les dégâts. Le travail de l’ONG est essentiel :
« La Karantina est un quartier pauvre, les habitants vivent dans des conditions modestes. Cela fait chaud au cœur de voir que notre travail est utile. Grâce à nous, ils ont un toit sur la tête. » 

Après avoir participé à la révolution, Mélissa reconstruit Beyrouth

Élevée avec des valeurs d’entraide

Il est midi. Mélissa s’assoit au café du coin pour une pause, avec une dizaine d’autres volontaires : « Beaucoup de jeunes Libanais sont engagés dans l’association. » Comme Mélissa, qui entre en seconde année de licence pour devenir journaliste, les volontaires sont des étudiants qui combinent les cours en ligne avec leur engagement associatif. « Il y a aussi beaucoup d’étrangers, surtout des Français ! » ajoute-t-elle. 

Originaire de Naccache, une petite localité côtière située au nord de Beyrouth, Mélissa est engagée à Offrejoie depuis deux mois :
« Quand j’ai vu l’appel à volontaires sur les réseaux sociaux, j’ai sauté sur l’occasion. J'ai été élevée avec des valeurs d’entraide. C’était important pour moi. »
Depuis, elle fait partie d’une communauté engagée :
« Offrejoie, c’est un monde à part. J’ai pu faire des rencontres exceptionnelles, mais le plus important pour moi est de reconstruire Beyrouth après l’explosion. » 

Après avoir participé à la révolution, Mélissa reconstruit Beyrouth

Des milliers de jeunes, balai à la main

Le 4 août, le soir de l’explosion, Mélissa n’était pas dans la capitale libanaise : « Je passais la journée à Tripoli, dans le nord du Liban. »  En début de soirée, quelques minutes après la catastrophe, les réseaux sociaux s’affolent. Elle tente de joindre ses proches, mais certains ne répondent pas : « Je suis revenue vers Beyrouth. C’était le chaos total. »

 Jusqu’à aujourd’hui, elle se sent coupable : « Certains de mes amis sont traumatisés par ce qu’ils ont vu. Moi, depuis Tripoli, je n’ai rien senti. Je ne peux pas les comprendre. »  Le soir-même, elle dort peu : « Deux jours après l’explosion, j’ai repris des forces et je suis descendue dans les rues de Beyrouth. »  Dans la capitale, des milliers de jeunes se réunissent, balai à la main, casque sur la tête, pour assister les victimes : « J'ai surtout aidé un ami, dont la maison a été détruite à Mar Mikhael, un quartier situé à proximité du port. »

Après avoir participé à la révolution, Mélissa reconstruit Beyrouth

Changer le Liban à son échelle

C’est le weekend. Les volontaires d’Offrejoie se rendent dans les quartiers de Jabal Mohsen et Bob al-Tabbaneh, dans les faubourgs de Tripoli, pour distribuer des cartons alimentaires aux plus pauvres. Mélissa saisit une caisse remplit de vivres : « Avec la crise financière qui frappe le Liban, certains n’ont plus les moyens de se nourrir. »  Elle passe le colis de plusieurs kilos à son voisin :
« Il est difficile de changer les choses au Liban. Le système est bloqué, lance-t-elle avec dépit,  mais je fais ce que je peux. Je tente de bousculer les choses à mon échelle. » 
En octobre 2019, alors que le Liban était en ébullition politique, Mélissa tentait déjà de changer le système : « Quand la thawra (la révolution libanaise) a éclaté, je suis descendue dans les rues avec des amis. »  La jeune libanaise protestait contre la corruption de la classe politique et pour un engagement accru de l’Etat auprès des citoyens :
« J’aimerais un jour voir un Liban sans explosion, où on se sentirait en sécurité, où tout le monde aurait de quoi manger. Un Liban plus juste. » 
« A cause de la situation actuelle, je pense tous les jours à partir du pays », admet-elle en baissant les yeux, « mais il est difficile de quitter ma famille. » Mélissa saisit une nouvelle caisse de nourriture, et ajoute : « En attendant, je fais de mon mieux pour construire un meilleur Liban. »

Ines Gil



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Palestine


Notre "guerre" contre le virus et notre couvre-feu apparaissent ô combien ridicules aujourd’hui devant le deuil, la colère et la peur qui envahissent de nouveau la Palestine. A Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem mais aussi cette fois dans les villes israéliennes. De guerre lasse comme l’on dit, l’opinion mondiale avait fini par se détourner du drame des Palestiniens. Les démocraties européennes fermaient les yeux sur une colonisation toujours plus agressive, un apartheid sans complexe, la dérive dans les deux camps de pouvoirs corrompus, l’enracinement d’une extrême droite israélienne jeune et provocatrice. L’Europe ne devrait pourtant jamais oublier que la confrontation qui continue sans fin d’ensanglanter la Palestine est née surtout de son propre passé antisémite et colonial.

Michel Rouger
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12/05/2021

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