Palestine/Israël

16/05/2011

Shireen, telle une « lumière pour les autres Arabes »


Shireen est arabe israélienne. Née dans le village de la paix de Neve Shalom, elle se bat contre la négation de l'histoire des siens, les Palestiniens d'Israël, une négation qui entretient les haines.


Shireen s'est faufilée dans les ruelles de la vieille ville de Jérusalem avant d'atteindre la bâtisse où elle travaille. C'est un centre d'information sur la santé. Elle a beaucoup à faire ici pour les siens : les Arabes Israéliens , en d'autres termes les Palestiniens d'Israël, soumis chaque jour un peu plus à la pression colonisatrice des autorités juives.

Shireen, telle une « lumière pour les autres Arabes »

Enfant de l'espoir victime de la politique

Shireen Najjar, 30 ans, est une enfant de l'espoir.  Elle est née en 1980 à Neve Shalom,  le village « oasis de  paix » créé à mi chemin entre Tel Aviv et Jérusalem par des citoyens israéliens des deux bords, juifs et palestiniens.  Shireen a été la première enfant arabe de cette entreprise toujours vivante mais restée unique.

« L'École de la Paix », bilingue, où elle a grandi au milieu de neuf élèves, s'est vite heurtée à un mur invisible. « Dans les années 90, l'école s'est ouverte à des enfants extérieurs au village, explique-t-elle, ils venaient de Jérusalem et des villes environnantes mais il a toujours été difficiles de recruter des enfants juifs : sur les trente élèves d'aujourd'hui, les trois-quarts sont arabes. »
 
Enfant de l'espoir victime de la politique, Shireen a choisi un combat prioritaire : l'histoire et la dignité des siens, sans laquelle rien ne peut se reconstruire. « À l'École de la Paix, nous travaillions beaucoup sur l'histoire des Palestiniens. C'est important : les gens n'entendent que l'autre version. Même aujourd'hui, je le vois dans mon travaiil, des Palestiniens ont honte.»

Shireen, telle une « lumière pour les autres Arabes »

« Les Arabes sont considérés comme moins que rien »

« En Israël, poursuit Shireen, on a fini par oublier qu'il y a des Arabes, quand je dis que je suis Arabe, les gens sont surpris : "Mais tu ne ressembles pas à une Arabe ! Tu as l'air occidentale." À l'université, les Arabes sont considérés comme moins que rien ; partout, on ne parle que de "nos soldats"; récemment, j'ai eu une rencontre d'équipe dans une colonie très chaude, ça a été très difficile pour moi.»

La vieille ville, ici, est la principale scène de la tragédie israélo-palestinienne. «Jérusalem, c'est un mini-Israël. À Jérusalem Est,  tous les jours de nouvelles maisons se construisent, les Palestiniens sont évacués peu à peu. Ils ne peuvent pas  faire de travaux, on ne leur accorde pas de nouveaux permis. Ils sont obligés de mendier, pour tout. Les autorités brandissent toujours la menace de la carte d'identité. Tout le monde a accès aux médicaments à Jérusalem Ouest, pas à Jérusalem Est . Au travail, quand un chef part, s'il est juif il a un cadeau, s'il est arabe non.»

Shireen, telle une « lumière pour les autres Arabes »

Au moins « Apprendre à dire non »

Beaucoup d'Arabes israéliens se sentent donc «emprisonnés par le système : pour beaucoup, la seule chose c'est de regarder Al Jazeera et de pleurer.» Shireen, elle, peut aussi se décourager mais elle remonte à chaque fois la pente. De 2007 à 2009, elle a passé trois années enrichissantes à Jaffa. 

C'est dur, Jaffa : « J'ai pleuré en imaginant la grande orangeraie d'autrefois, maintenant, il y a un centre de lutte contre la drogue...» Mais elle participait à un travail en commun Juifs et Arabes : « On avait l'ilmpression d'être une lumière pour les autres Arabes, une ouverture.» Malheureusement, la réalisation d'une fresque sur un mur a mal tourné avec le directeur et Shireen a dû partir. 

Shireen n'est « pas du tout optimiste pour l'avenir», mais elle continue le combat, encore et toujours. «Par convictions, avec le soutien des parents :  la chose importante, c'est la foi personnelle, l'énergie, l'action, rester positive, avoir beaucoup d'amour et de patience.»  Avec son travail au centre d'information sur la santé, elle a la sécurité financière, « se sent intégrée» et elle met ces atouts là au service des autres et de son rêve : elle reste médiatrice à l'École de la Paix. Tout en appliquant une règle  au quotidien : « Apprendre à dire non.»

Michel Rouger
 
Le site de Neve Shalom
Sur Neve Shalom, voir aussi le webdocumentaire de France 5 Une oasis sur la colline



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​Essentiel


Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
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26/11/2020

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