Moyen-Orient

20/12/2018

Leur maison est un havre de paix pour artistes réfugiés


Aux dernières vacances de la Toussaint, Alham, Gurban et Najah parachevaient leurs dernières créations chez leurs hôtes, Daniel et Marie-Noëlle Noël, à Saint-Briac. Ceux-ci les ont accueillis, hébergés, nourris pour un séjour solidaire en terre bretonne. Les artistes sont repartis sur Paris en emportant leurs œuvres à disposition désormais des acquéreurs : des dessins par exemple de Najah sur la tragédie syrienne que l'artiste lui-même commente ci-dessous dans de bouleversantes vidéos.


De gauche à droite Najah Albukaï, Daniel Noël, Meredov Gurbandgeldi, Marie-Noëlle Noël et Alham Jarban
De gauche à droite Najah Albukaï, Daniel Noël, Meredov Gurbandgeldi, Marie-Noëlle Noël et Alham Jarban

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Les trois artistes sont des réfugiés. Ils ont obtenu le droit d’asile en France et bénéficient de l’aide de  "L’Atelier des artistes en exil", (AA-E), une association parisienne qui soutient cette catégorie de migrant-e-s dont on parle peu.

En quittant la Bretagne, ils ont emporté leurs œuvres, proposées aux potentiels acquéreurs. Alham la jeune yéménite, délaissant les pinceaux, a réalisé un saisissant portrait de femme en assemblant de petits fragments de plastique colorés.

Gurban qui maitrise parfaitement les techniques de peinture à l’huile développe une approche poétique d’un monde qui renvoie aux couleurs et codes de son Turkménistan natal.

Najah le syrien est un dessinateur et peintre aguerri qui a subi les affres du régime de Bachar el Hassad. Arrêté et emprisonné à deux reprises, son coup de crayon retrouvé avec sa libération se veut un témoignage des tortures qu’ont subi ses compatriotes emprisonnés comme lui dans le sinistre centre des renseignements militaires 227 à Damas.

La présence fin octobre de ces trois artistes marque la fin d’un cycle d ‘hébergement que Daniel et son épouse ont offert à quatorze peintres ou plasticien-ne-s venus par petits groupes en résidence, à partir du mois de juin, dans une maison dont le couple est propriétaire. Ce dernier a pu bénéficier de l’aide financière participative d’amis, tout en veillant à garder l’initiative et à préserver une indépendance décisionnelle.

Un réseau de sympathisants actifs existe aujourd’hui qui pourrait choisir de s’investir collectivement à l’avenir, pour prolonger cette forme d’hospitalité originale dont les effets bénéfiques sont unanimement reconnus par les exilé-e-s eux-mêmes.

Reportage, texte et image, de Bertrand Le Brun

POUR EN SAVOIR PLUS 
Contact : noel-daniel@wanadoo.fr

L'Atelier des artistes en exil, structure unique en France, a pour mission d’identifier des artistes en exil de toutes origines, toutes disciplines confondues, de les accompagner au regard de leur situation et de leurs besoins administratifs et artistiques, de leur offrir des espaces de travail et de les mettre en relation avec des professionnels afin de leur donner les moyens d’éprouver leur pratique et de se restructurer. 102 rue des poissonniers, 75018 Paris. Site et contact.


Leur maison est un havre de paix pour artistes réfugiés

Centre 227 : incarcéré pour « affaiblissement de la nation »

Sollicité par ses hôtes, Najah Albukaï a donné, au cours d’une conférence publique à Saint-Briac, un éclairage historique et politique des quarante années de dictature Hassad aggravées par les dix années de guerre qu’a subi le peuple syrien. Il a expliqué les raisons de ses trois exils successifs : la guerre, la violence du régime, la torture, mais aussi les difficultés économiques croissantes.

Emprisonné à deux reprises au centre 227 des renseignements militaires à Damas, il y était astreint à porter les cadavres des nombreux morts quotidiens. Les corps décharnés et souvent meurtris ne portaient qu’un numéro collé par adhésif aux fronts des dépouilles. Cette comptabilité macabre lui permit de recenser plus de trois-cents victimes. Il n’a dû sa libération qu’à la corruption d’officiers de l’armée et aux démarches de sa femme : « C ‘est dans un salon de coiffure fréquenté par des femmes d’officiers que se négociait par leur intermédiaire, et moyennant finances, la libération de prisonniers. »

Le 16 juillet 2015, il gagne le Liban avec son épouse et sa fille. Aujourd’hui Najah et sa famille vivent en France. Accueillis dans un premier temps à Fontenay-le-Comte, ils se sont établis en région parisienne où vit son frère médecin. Najah a recommencé à peindre pour tenter d’exorciser ce qu’il a vu et subi dans les geôles de Bachar el Assad.
conference_najah_albukai.mp3 Conférence Najah Albukaï.mp3  (21.82 Mo)


« J’espère ne pas esthétiser l’horreur »


La chaise allemande : une torture SS importée


Des prisonniers « fantômisés » déconnectés du réel



Deux visages qui nous interpellent

La composition de la jeune Yéménite Alham Jarban procède d’une technique pointilliste de collage de petit bouts de plastique très colorés. Le visage ainsi réalisé cristallise un regard intérieur qui peut exprimer à la fois la souffrance et la nostalgie d’un pays et d’une communauté dont elle est aujourd’hui séparée. Le choix des verts et bleus y contribue. Le vermillon des lèvres charnues en souligne le contraste.  Difficile d’échapper à l’interpellation qu’exprime cette œuvre. A Paris depuis la rentrée, Alham bénéficie aujourd’hui d’un statut qui lui permet de suivre comme étudiante le cursus des Beaux-Arts. 
 

On connaît le Turkménistan pour son président dictateur dont la couleur fétiche est le blanc au point de l’imposer aux automobilistes. Meredov Gurbangeldia est à l’opposé un peintre de la couleur.  Le portrait qu’il à réalisé à Saint-Briac est celui d’une jeune femme aux traits asiatiques qui émerge d’une juxtaposition de traces d’objets ou de visages à peine esquissés.  Trois paires d’yeux nous interrogent sans insistance, cachés dans l’espace de la toile, à l’image de cet artiste très discret qu’on imagine mal en ennemi du peuple turkmène.




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​Essentiel


Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
vocal_001_14.mp3 Vocal 001.mp3  (563.39 Ko)


26/11/2020

Nono



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