Palestine/Israël

16/05/2011

Talila, une militante juive face aux militaires


Talila Kosh est juive. Avec l'organisation New Profile, elle lutte contre la militarisation des esprits qui se manifeste partout, dès le plus jeune âge, dans la société israélienne.


Talila, une militante juive face aux militaires
Elle est menue, paraît fragile. Talila Kosh est pourtant une combattante et son adversaire est de taille. Au sein de l'organisation pacifiste New Profile, elle ne cesse de s'affronter à la guerre psychologique que mène Tsahal, la puissante armée israélienne, pour formater les esprits dès le plus jeune âge. 

«L’armée est un corps très influent sur la société civile, souligne Talila Kosh qui travaille au « Kibboutzim Institute of Education » à Tel Aviv et forme notamment de futurs enseignants. Les officiers à la retraite occupent des postes importants. Ils dirigent parfois des écoles et impriment une logique militaire chez les élèves. L'armée peut entrer en classe pour des interventions, enseigner l'importance de donner sa vie pour la patrie, l'importance du devoir...»
 
Tout simplement, les militaires vantent aussi «les emplois que peut offrir l'armée.»  Et celle-ci est le levier numéro 1 de la promotion sociale. D'une manière ou d'une autre, «elle organise la sélection pour l’entrée dans la vie professionnelle :  les plus brillants entrent dans l’aviation ou les services secrets. L'affectation est en effet un passeport pour des postes importants dans les entreprises.»

L'éducation à la guerre est partout

Il y a l'école mais pas seulement, poursuit Talila. En fait, l'éducation à la guerre est partout.  Elle se glisse dans des «conférences organisées sous couvert de soirées culturelles».  Dans la publicité : une mère dont le fils est au Liban retrouve le sommeil grâce au médicament X. Dans les rues avec le nom de soldats morts en opérations. 
 
L'endoctrinement fonctionne bien. Talila elle-même s'est retrouvée parfaitement formatée. Jusqu'au jour où elle sortie du pays. C'est en venant vivre à Rennes durant sept ans qu'elle a pu prendre du recul. Elle a rencontré des militant (e)s et  s'est posée beaucoup de questions. À son retour en Israël, elle entrait dans l'organisation "New Profile".
Extrait d'une exposition de New Profile
Extrait d'une exposition de New Profile

Promouvoir le refus du service militaire

L'association New Profile a été créée il y a onze ans par des femmes luttant contre la militarisation. Leurs principales actions ? Animer des groupes de réflexion sur le service militaire pour tenter de casser l'automatisme d'aller à l'armée. Des jeunes franchissent le pas et New Profile les accompagne. Il faut du courage :   ça se paie par «vingt à trente jours de prison avec des droits communs »; en cas de récidive, vous pouvez être réformés pour problèmes psychologiques et ça vous poursuivra toute la vie.
 
Petit à petit, le travail des militantes de New Profile se fait sentir chez les jeunes. Ils sont plus nombreux à refuser le service militaire et ils ne sont plus vus comme des pestiférés. Ils refusent par conviction; également, bien sûr, par peur d'être tué. La perception d'une inégalité joue aussi : 45 % des jeunes ne font pas l'armée, les arabes israéliens mais aussi les ultraorthodoxes qui ne sont pas à un paradoxe près.

La peur est ancrée dans l'inconscient collectif et le gouvernement en joue

Les autorités n'apprécient pas du tout New Profile. Il y a deux ans, des militantes ont été interpellées par la police et leurs ordinateurs fouillées pour «incitation à éviter le service militaire.» Elles ont subi un an d'enquête avant d'être blanchies. La tâche des militantes est d'autant plus difficile que les esprits n'ont cessé de se durcir. La police peut facilement réprimer les manifestations : « Un sondage a montré que plus de 50 % des gens veulent les interdire.»
 
Pour Talila, le durcissement des esprits a une explication principale :  «À cause de l'Histoire, à cause de l'holocauste, le peuple juif a toujours le sentiment d'une menace et le gouvernement en joue, il  maintient la peur, il parle par exemple de la bombe atomique de l’Iran;  la menace est ancrée, travaillée, entretenue dans l’inconscient collectif et la chape de plomb s'alourdit. »

Talila, une militante juive face aux militaires

Des femmes juives et palestiniennes ensemble, clandestinement, à la mer

C’est donc difficile d’inciter les jeunes à penser autrement que : « Les arabes vont nous jeter à la mer, ils vont tout reprendre; on colle l’image de l’arabe terroriste, on déshumanise les Palestiniens :  c’est ce qu’on met dans la tête même des tout petits.On assiste à un véritable lavage de cerveau sous une apparence de démocratie. »

Pour Talila et ses amies, il n'est pas étonnant que le découragement, parfois, pointe. Elles sont devenues moins nombreuses ces dernières années. Talila continue malgré tout et d'autres avec elle. Ainsi le  23 juillet 2010.  elle est partie avec une douzaine de femmes juives et une douzaine de femmes palestiniennes pour une journée à la mer où elles ont bravé les interdits, maintenant contre vents et marées le fil ténu de la paix.
 
Michel Rouger
 
Le site (en anglais) de New Profile
Une présentation de New Profile sur le site de « Ressources pour la paix  » Irenees



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Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
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26/11/2020

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