Palestine/Israël

André Durand, un photoreporter dans la seconde Intifada


08/11/2010



«Je ne me considère pas, dit-il,  comme un photographe de guerre ; simplement comme un photojournaliste qui essaie d'écrire la vie telle qu'il la voit. »  À l'automne 2000, commençait la seconde Intifada : André Durand était là et la vie qu'il a captée sur ces photos est terriblement humaine.

André Durand est né il y a 60 ans en Bretagne. À  23 ans, il quitte soudain son emploi dans une grande société. Le monde est alors secoué par les attentats et détournements d'avions des fedayin palestiniens : il part avec ses appareils photos témoigner de la lutte palestinienne auprès des combattants qui se trouvent au Liban et en Syrie. Au retour de ce premier reportage, l'autodidacte passionné partage son son métier d’employé avec celui de photographe et collabore avec de nombreux journaux. 

Après quelques années il lui faut choisir : il sera photojournaliste. Il entre comme pigiste au bureau de Rennes de  l’Agence France-Presse qu'il intègre pour de bon en 1984. Photographe polyvalent, il traite la politique, le sport, les faits divers. L’AFP lui confit son premier reportage de guerre en Irak en 1988 (guerre Iran/Irak). Il est muté à Montpellier en 1989. Les reportages internationaux s’enchaînent dont la Roumanie (chute de Ceausescu). Il obtient pour l’AFP le seul visa permanent pour l’ex-URSS et sera ainsi sur le terrain des premières manifestations de la Place Rouge (1989) et ce jusqu’à la chute de Gorbatchev et l’arrivée de Boris Eltsine (1991). 

 André Durand, un photoreporter dans la seconde Intifada

« Je pleurais toutes les larmes de mon corps »

Suivront Sarajevo où il est un des premiers à rentrer dans le camp de concentration d’Omarska et Manjaca, la Somalie en 1993 (Restore Hope), l’Algérie où il multiplie les allées et retours avant qu’on ne lui propose un poste de responsable photo pour Israël et les territoires Palestiniens. Il y restera près de cinq ans avant un retour à Paris et enfin une dernière mutation à Rennes. 

Ses photos ont été régulièrement publiées dans la presse quotidienne internationale, les magazines (Paris Match, l’Express, Newsweek, Stern...), des livres de prestige...  On les a vues aussi dans de nombreux festivals ainsi que sur les murs de la Bibliothèque Nationale de France.

"Ce jour-là, raconte André Durand, des colons israéliens ont voulu se venger d'un attentat dans lequel ils avaient perdu deux des leurs. Ils ont pris une voiture en chasse, sur la route d'Hébron, dans laquelle il y avait le bébé, la mère et deux membres de la famille. Ils ont défouraillé. Je suis arrivé. Le bébé de 3 mois avait été tué. 
 
J'ai tellement eu mal au coeur que je ne pouvais même pas faire de photos, je pleurais toutes les larmes de mon corps, c'est le père de la maman qui m'a réconforté. J'ai loupé la photo, mon flash n'est pas parti, mais j'ai récupéré la lumière des autres flashes, ce qui donne cet éclairage de la mère. 
 
Pour moi, ça a été terrible, terrible. Quand je suis rentré le soir à la maison, j'ai dit à ma femme: maintenant, c'est terminé, j'en ai marre. C'est ainsi que nous sommes rentrés en France après quatre ans et demi passés là-bas."
 
La photo a fait une double page dans Paris Match. 






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Un été français

Comment ça va à la maison ? Nous, on n'oubliera pas nos vacances en France ! La Coupe du Monde a provoqué une euphorie incroyable. Oubliée la France qui broie du noir, chipote, râle, proteste contre le foot-business et le reste Des gamins de banlieue devenus grands ont fait un miracle. Ils ont uni le pays. Tout d'un coup, des jeunes Noirs nés dans des quartiers décriés sont devenus Français. A Moscou, au nom de tout le pays et pour la fierté ainsi rendue, le président les a embrassés un à un, mouillant sa chemise en glissant à chacun un petit mot : « Dis à tes copains que je ressors le grand plan pour les banlieues », « Moi aussi, je vais jouer maintenant collectif », etc. On nous a dit que la France avait déjà vécue cette euphorie il y a vingt ans, en 1998. En juillet, elle était devenue soudain « black-blanc-beur » En septembre c'était fini. Pas grave, nous, on sera rentrés. C'était un grand moment.  

Michel Rouger

16/07/2018

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