Vie rurale

11/11/2020

Jérôme a la nature, l’autonomie et le lien social pour horizon

Reportage : Alberte Skoric


Au hameau de Tannée à Saint-Coulomb, en Bretagne, Jérôme Niort pratique une agriculture bio, humaine, villageoise. Des tas d'expériences l'ont amené jusque là : cet homme, "un brin créateur", jardine une écologie globale.


Par une belle journée de début septembre, pour rejoindre Jérôme, j’emprunte à pied la route traversant l’agréable hameau de Tannée à Saint-Coulomb, puis le chemin de terre qui mène au "Potager de Tannée". Même si le fond de l’air est un peu frais, le soleil brille, les arbres frémissent à peine, nous nous installons autour d’un guéridon de jardin avec vue sur les "cocottes loc’", le jardin, ses beaux légumes et en fond sonore les chants d’oiseaux.

Jérôme Niort est né à Thouars, dans les Deux-Sèvres, en 1973 « l’année du premier choc pétrolier » précise-t-il. Alors qu’il ne pensait jamais franchir la Loire, en 1996 l’amour l’a amené en Bretagne. Issu d’une lignée d’agricultrices et d’agriculteurs, côtés maternel et paternel, il a grandi dans un univers de légumes avec ses quatre frères et sœurs. 
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Jérôme a la nature, l’autonomie et le lien social pour horizon

Déjà, à 13 ans...

« Mon père s’est installé en 1977 sur 4 ha pour produire des légumes bio. Il y a 43 ans, c’était « original » de refuser les produits de synthèse... A 13 ans, je souhaitais déjà être maraîcher ».
Il démarre sa formation en alternance dans une Maison familiale rurale (MFR) puis, en passant par Angers, Nantes et Tours, poursuit  toute sa formation agricole jusqu’à l’obtention du BTS. 
« J’ai toujours fait ce que je voulais faire mais forcément l’alternance et les stages ouvrent d’autres univers ; on y côtoie d’autres copains, d’autres milieux... et un séjour au Sénégal m’a estomaqué » !

« En arrivant en Bretagne, j’ai dû m’adapter au climat :  ici il y a toujours du vent mais avec mon intérêt pour le jardinage, c’est mieux d’avoir un temps plus pluvieux et des températures moindres et puis, il y a les magnifiques sites bretons : Cancale, le Mont Saint Michel... »
Jérôme démarre son activité professionnelle dans une coopérative agricole légumière à Saint-Méloir-des-Ondes. Il y accompagne les agriculteurs dans la conduite de leur exploitation. A la fin des années 90, on parlait déjà beaucoup de réduction des intrants et les premières conversions bio étaient en marche… 

Du jardin aux panneaux solaires

A la naissance de leurs deux fils, le couple décide de se lancer dans l’achat d’une longère à Baguer-Pican afin d’y aménager des chambres d’hôtes "Le jardin de Coramille", contraction des prénoms des enfants. Ils l’agrémentent d’un jardin ouvert au public, où croissent 1 200 espèces de plantes ornementales.  Ultérieurement, Jérôme construit une extension en ossature bois pour compléter l’offre. 

La vie n’étant pas linéaire, le couple se sépare et Jérôme saute, « sans parachute, dans l’inconnu ». Un temps, il devient formateur en horticulture à Saint-Ilan près de Saint-Brieuc puis commercial en installation de panneaux photovoltaïques auprès des agriculteurs (2009). Le programme est subventionné par les pouvoirs publics mais il estime que la pose et la mise en œuvre manquent d’éthique. Il s’en va. Néanmoins, ce poste lui a donné envie d’explorer plus avant le domaine de la production énergétique propre en lien étroit avec l’environnement.

Jérôme a la nature, l’autonomie et le lien social pour horizon

Après un échec, savoir rebondir

« Un brin créateur », comme il le dit lui-même, Jérôme associe ossature bois et énergie propre pour créer un concept et une marque déposée "Cabane solaire" qu’il proposera en priorité aux agriculteurs de son réseau et aux particuliers de 2010 à 2013. Ces "cabanes » de 20 m² avec 3 kWc (kilowatt-crête*) offrent une meilleure intégration paysagère que les panneaux disposés sur le toit de belles longères. Mais l’Etat change les « règles du jeu » du financement et les difficultés financières l’obligent à arrêter son entreprise qui a fédéré un réseau de plus de 200 artisans adhérents de sa société et utilisant sa marque.

S’ensuit un passage à vide un peu difficile où il réaménage deux gîtes, créé un jardin partagé et occupe différents emplois en lien avec le monde agricole avant de revenir, fin 2017, à son premier métier de conseil aux agriculteurs mais cette fois pour l’agriculture biologique.

Du conseil aux paysans à la pratique

C’est au sein du Groupe Eureden qu’en tant que technicien conseil bio il accompagne les agriculteurs dans la phase délicate de conversion : « Changer de modèle n’est pas simple » souligne-t-il. Jérôme estime que les agriculteurs conventionnels sont à la fois responsables et victimes de ce système. Il faut travailler avec eux :
« C’est avoir un regard sur le futur, si l’on arrive à modérer l’usage d’intrants chimiques, on a un impact environnemental même si l’agriculteur n’est pas prêt à la conversion immédiate ».
Conseiller les agriculteurs est une chose, mais connaître et maîtriser concrètement les problématiques induites par la conversion biologique en est une autre. Alors, Jérôme décide de tester grandeur nature ses conseils et de mettre en œuvre ses idées et recommandations pour une agriculture biologique respectueuse des sols, de la nature et de l’environnement tout en visant l’autonomie énergétique et l’autonomie tout court. 

Le hameau de Tannée (Photo Maëlan Lasbleiz)
Le hameau de Tannée (Photo Maëlan Lasbleiz)

Un village solidaire

Cela l’amène dans un premier temps à acquérir à Saint-Coulomb, à proximité de l’anse Du Guesclin, la parcelle des "Petits Prés" dans laquelle il fait différents aménagements utiles et ludiques avant d’y installer, dans un environnement "quatre étoiles", ses alliés : quelques chèvres, moutons et poules qui ont pour mission d’entretenir le terrain, le fumer et d’interpeller les promeneurs curieux et émus.

Francis, ancien agriculteur à Tannée, se rend chaque jour aux "Petits Prés" rendre visite à ses nouveaux habitants et taper la causette régulièrement avec Jérôme. Quand Francis tombe malade, il souhaite que Jérôme puisse acquérir quelques-uns de ses terrains afin de créer le jardin qu’il souhaite, ce que facilitera sa filleule.

A Tannée, l’ambiance est bienveillante, l’esprit « village » et la solidarité y sont bien présents. Lors du confinement, une habitante créée spontanément un groupe WhatsApp permettant à tous les volontaires du hameau de rester en lien, de s’apporter quotidiennement aide et réconfort avec, en point d’orgue, une rencontre journalière - à distance dans les jardins - pour chanter.

Jérôme a la nature, l’autonomie et le lien social pour horizon

Œufs et légumes biologiques aux habitants du hameau

En bon jardinier, Jérôme a estimé que « le terreau de Tannée » était tout-à-fait adapté à la mise en œuvre de son projet de jardin bio de proximité et c’est ainsi qu’est né, dans le difficile contexte du printemps 2020, le "Potager de Tannée" et sa "Cocottes loc’" proposant chaque fin de semaine œufs et légumes biologiques aux habitants du hameau qui s’en régalent. 

En homme d’action, de convictions et aussi de réseau, Jérôme propose, outre ses productions, celles d’autres agriculteurs bio de la commune qui viennent compléter les savoureux paniers des Tannéins. Le jardin ayant besoin de soin quotidien, l’aîné de Jérôme, Corentin, privé par ce satané virus de son stage au Canada, a passé le confinement et l’été au jardin à bichonner les plantations. Une opportunité pour son père de mettre en application ses principes d’autonomie avec une « cabane solaire » mobile pour lui fournir l’électricité nécessaire à son campement. Il faut préciser que Jérôme et sa compagne vivent depuis plusieurs années dans une « Tiny house mobile ».

Une écologie globale

Des poules picorent en plein air, mangent les déchets du potager et nourrissent le sol de leurs déjections. Les allées enherbées favorisent l’infiltration des eaux de pluie, la rotation des cultures et un travail approprié entretiennent le sol. La haie (classée) apporte une ombre légère. Le puits voisin offre l’eau de boisson et nécessaire à la vie, la source existante sera prochainement retrouvée afin de bénéficier judicieusement à l’arrosage. La volonté de planter des arbres fruitiers fait déjà son chemin... 

Le « rêve-test multimodal » grandeur nature de préservation de l’environnement de Jérôme entre culture bio, circuit ultra court, lien social, mise en réseau, autonomie est déjà en orbite. A Tannée, grâce à Jérôme, l’autonomie et le bonheur sont dans le pré !

Alberte Skoric

* Un Wc (Watt-crête) représente la puissance fournie sous un ensoleillement standard de 1.000 W/m2 à 25°C.





1.Posté par langlois maurice le 12/11/2020 21:17
bonjour
comment contacter Jérome, je suis passé également a st ilan je vis a fougeres
maurice

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Jeudi soir 18 septembre 2010. Un clic et Marcelle, Simon, Francis,  Magali, Vincent... se retrouvent soudain sur le net, partageant passions et combats, idées et énergie. Ils, elles, ont 22 à 88 ans, sont retraité.e.s de La Poste, fermier écolo, éducateur, cheffe d'entreprise, étudiant. Leurs histoires, ordinaires et si peu banales, sont les premières d'une longue série : 478 exactement dix ans plus tard sur le webmagazine, les blogs, les livres, le webdoc. Des centaines de milliers de lecteurs sont passés, se sont arrêtés sur l'une ou l'autre, y ont puisé des moyens pour surmonter le désenchantement ambiant, leur sentiment d'impuissance, imaginer, créer déjà un monde un peu meilleur. Alors, bien sûr, on va continuer. Ces dix ans sont une étape. Un travail est engagé pour consolider économiquement le projet pour le transmettre dans les années prochaines à une génération plus jeune. Cette fois encore, les lectrices et lecteurs, devenus sociétaires, nous y aideront. Et contre les virus qui accablent les humains, Histoires Ordinaires va continuer avec tant d'autres à propager le meilleur des vaccins, l'engagement.

Michel Rouger
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