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14/12/2022

Elles sont trois et font pousser leur emploi avec Grelinette et Ferguson

Texte et photos : Tugdual Ruellan


Ça ne s’invente pas un nom pareil ! Grelinette, comme cet outil de jardinage prôné en agriculture biologique, et Ferguson, du nom d’une marque bien connue de tracteur. Le nom de leur petite entreprise maraîchère, créée à Hennebont il y a un an, claque comme un clin d’œil au temps qui passe. Entre bio et conventionnel, entre sueur et pétrole… Typhaine, Margaux et Stéphanie font pousser leur emploi grâce à l’association Optim’ism. Déjà, petits pois, haricots verts et autres carottes fraîches ravissent les voisins et les résidents de l’ehpad voisin.


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Typhaine, Margaux et Stéphanie ont créé Grelinette et Ferguson, ferme maraîchère biologique à Hennebont, avec le soutien d'Optim'ism.
Typhaine, Margaux et Stéphanie ont créé Grelinette et Ferguson, ferme maraîchère biologique à Hennebont, avec le soutien d'Optim'ism.
Ils étaient six au départ, choisis par l’association Optim’ism parmi trente-cinq candidats, quatre filles et deux garçons. Au final, seules restent Typhaine, Margaux et Stéphanie, bien décidées à faire fructifier cette terre mise à leur disposition. Comme un cadeau dans leur reconversion professionnelle. Les critères portaient sur la motivation, les compétences, les expériences passées, l’engagement sur l’avenir et aussi, sur l’envie de partager un projet collectif et le désir de proposer des animations aux résidents de l’ehpad voisin. Elles avaient tout cela au fond d’elles.

Chaque jeudi, la vente des produits est proposée au public.
Chaque jeudi, la vente des produits est proposée au public.

Un « tapis rouge » pour s’installer

C’est la deuxième édition de son projet "Fais pousser ton emploi" que lance l’association lorientaise :
« L’idée est de s’initier au maraîchage, confient les maraîchères, pour ensuite, lancer sa propre activité ou se réorienter. Ou poursuivre la vie de l’entreprise à son compte. C’est comme une passerelle vers l’installation et l’autonomie avec cette possibilité de vivre une aventure à plusieurs. L’association nous accompagne financièrement et techniquement. Un tapis rouge devant nous… »
 C’est une prairie fertile de trois hectares, située à Saint-Gilles, un quartier d’Hennebont, et tout est à y rêver. Elle est propriété de l’association Perrine Samson, fondation religieuse de la Congrégation des filles de Jésus, qui gère, dans le Morbihan, deux ehpad, la Maison Sainte-Famille de Plumelin, avec 106 résidents, et la Maison Sainte-Marie d’Hennebont avec 68 résidents.
« Notre association a établi un agenda 21, dont le but est de « planifier et d'organiser les enjeux et objectifs en matière de développement durable pour le XXIe siècle, » confie Christelle Nicolazo, directrice de l’ehpad et directrice adjointe de l’association. Nous avions alors reçu le soutien de Jean-Claude Pierre , fondateur d’Eaux et rivières, et de Bruno Pereira du cabinet Colibri. Plusieurs projets ont ainsi émergé dont l’installation d’un agriculteur bio. Nous souhaitions aussi proposer aux résidents une cuisine la plus possible issue de circuits courts et de producteurs locaux. »
Contact est alors pris avec le Groupement agricole bio du Morbihan, informé des différents projets conduits par Optim’ism. Le projet tombe à point nommé et l’association donne son accord pour l’installation de Grelinette et Ferguson. La connexion est immédiate, l’ehpad met ses terres à disposition du projet. Le 15 novembre 2021, les trois maraîchères se lancent avec ce désir commun de travailler la terre et trouver un sens nouveau à leurs métiers.

Typhaine Le Prévost.
Typhaine Le Prévost.

Prêtes à travailler la terre ensemble

Typhaine Le Prévost, 31 ans, originaire d’Auray, travaille pendant dix ans comme aide médico-psychologique, entre Vannes et Lorient, accompagnant des personnes en situation de handicap, avant de tout quitter pour voyager. De retour en Bretagne, après quatre années à l’étranger, elle passe un BPREA, brevet professionnel responsable d'exploitation agricole, en maraîchage bio au CFPPA de Pontivy :
« J’ai alors découvert le projet d’Optim’ism et j’ai candidaté. Ce qui m’a plu d’emblée, c’était ce lien avec l’ehpad qui me permettait de relier mes deux domaines de compétences, le social et le maraîchage. La manière dont nous étions accompagnées me convenait, j’avais encore besoin de pratiquer avant de me lancer seule. Et puis, il y avait la sécurité d’un revenu. Tout faisait sens et tout s'est magiquement bien coordonné avec la fin de mon diplôme, l'envie de m'installer et la découverte de ce projet. »

Margaux Calvez.
Margaux Calvez.
Voilà deux ans que Stéphanie Lecomte, 45 ans, est au chômage. Originaire de Paris, elle travaille plusieurs années comme scripte de cinéma et participe au tournage de plusieurs films. Puis elle quitte la capitale pour travailler dans le Var, s’orientant davantage dans la réalisation de courts-métrages et d’ateliers vidéo avec des enfants : 
« Mon réseau s’amenuisait et j’avais de moins en moins de travail. Heureusement, j’ai commencé à jardiner et j’aimais ça ! J’avais envie d’un métier plus stable que le statut d’intermittent et je suis arrivée en Bretagne, en recherche d’emploi. Quoi faire d’autre ? J’ai été accueillie au chantier d’insertion à la ferme de Riantec, gérée par Optim’ism et j’ai découvert que j’étais heureuse quand j’avais les mains dans la terre ! »
Margaux Calvez, 29 ans, a grandi en Loire-Atlantique, côté sud-Loire à Saint-Julien-de-Concelles. Titulaire d’un master en sociologie, elle a découvert le maraîchage par hasard :
« Une heureuse découverte, au cours d’une saison après mes études, par hasard ! Curieusement, je me suis sentie à ma place. La vie m’a menée à Lorient et j’ai découvert Optim’ism. J’ai alors été accueillie au chantier d’insertion à la ferme de Riantec où j’ai rencontré Stéphanie. Mon projet était alors de m’installer en agricole. Puis, j’ai postulé pour le projet d’Hennebont et c’était parti. »
 
Le soutien sans faille d’Optim’ism

Optim’ism a tout prévu et ne lâche pas les jeunes créatrices d’entreprise. Un encadrant technique les aide à viabiliser la parcelle, monter les serres, faire un forage pour l’irrigation, préparer les premiers semis… Pendant deux ans, elles sont salariées de l’association sur la base, d’abord de 28 heures par semaine, puis de 35 heures. L’association a acheté les trois serres, nécessaires au démarrage, un système de forage et d’irrigation ainsi qu’un mobile-home comme bureau. Elle met aussi à disposition un budget de 70.000 € pour faire face aux besoins matériels et achat d’équipement. La fondation Transdev, qui s’engage en faveur de la création d’emploi et de la transition écologique, contribue, elle aussi, au projet à hauteur de 15 000 €. D’autres partenaires participent au financement des actions d’Optim’ism dont le Fonds social européen, le conseil régional, le conseil départemental, la Direccte, le réseau Cocagne et plusieurs partenaires privés.
 
Les premiers mois vont les mettre à dure épreuve. Il y a le sol à préparer, la culture sous serre à apprivoiser et cette sécheresse qui va sévir durant tout l’été, avec un système d’irrigation qui ne donne pas satisfaction.
« Il fallait tout concevoir. Les premiers mois, nous avons beaucoup discuté entre nous, défini une organisation et une planification de cultures sur une parcelle de 4 000 m². Nous avons choisi nos graines dans un catalogue professionnel et appris à travailler ensemble. En février, les serres étaient installées, couvrant une surface de 800 m² et nous avons commencé les plantations. »

Prochaine étape : faire de la ferme un espace de rencontre, d'échanges et de convivialité.
Prochaine étape : faire de la ferme un espace de rencontre, d'échanges et de convivialité.

Un tracteur comme un rêve d’enfant

Renan Le Vu, encadrant technique, a été maraîcher dans la région durant dix-sept ans, fondateur de la première amap du territoire. Il connaît le métier et conseille vite aux jeunes maraîchères de s’équiper. Sylvain, au départ avec elles, se souvient de ce petit tracteur rouge qui, enfant, le faisait rêver. Renan va sillonner la campagne et dégoter le même, en vrai, grâce à un copain d’Inzinzac-Lochrist, ancien mécanicien chez Massey-Ferguson. Le tracteur de 1967, entièrement rénové, aux couleurs rouge pétant, arrive à Hennebont pour soulager les maraîchères… juste équipées de leurs grelinettes !
 
Le 21 avril, les premières tomates sont plantées et le résultat est à la hauteur de toutes les attentes. Le système d’irrigation est installé mais déception, l’eau qui remonte est saturée de sable. Il faut alors pomper l’eau dans un étang voisin, la transporter dans une cuve et arroser au tuyau ! Fin mai, les premiers légumes, fèves, salades puis petits pois, haricots verts, carottes, pommes de terre sont récoltés… Viennent ensuite les courges, les aubergines, les potimarrons… Une attaque de pucerons est combattue grâce aux coccinelles. L’Ehpad Sainte-Marie, qui sert chaque jour 150 repas, est leur premier client. Le service restauration, aux petits soins des résidents, ne laisse pas passer l’occasion. Dans la maison de retraite, on savoure ce délicieux souvenir d’antan d’écosser les petits pois et équeuter les haricots verts tout frais cueillis. Début août, les riverains se pressent à la ferme qui propose une vente directe de ses produits.

Devenir lieu de transmission et de convivialité

L’expérimentation va durer deux ans. A terme, les trois maraichères auront la possibilité de prendre la suite ou de choisir une autre orientation. Dans tous les cas, l’association poursuivra son accompagnement.
« Nous allons créer des liens avec l’école voisine, l’équipe de la cuisine centrale d’Hennebont et proposer des animations aux résidents de l’ehpad. Peut-être aussi, créer un lieu de spectacles et de rencontres culturelles. Nous continuons à nous former et sommes titulaires maintenant toutes les trois d’un BPREA. Les voyants sont au vert mais il faut attendre l’année prochaine pour savoir si le projet est viable économiquement. Ce qui est certain, c’est que nous sommes heureuses et confortées dans notre choix. 
Ce qui nous anime, c’est d’abord le respect du sol et du vivant. Nous voulons faire de la ferme un lieu de transmission, de rencontre et de convivialité. Offrir un légume sain, de la terre à l’assiette. Ce projet nous fait un bien fou. On apprécie de voir le soleil se lever, de récolter nos premiers légumes et de voir les gens autour de nous, heureux de ce que nous leur offrons. Nous partageons ce même goût de la terre. C’est vraiment une belle aventure humaine. »

Tugdual Ruellan.

Contact

Grelinette et Ferguson
25, rue du Bouëtiez, à Hennebont
Tél. 06 64 39 48 58
grelinetteetferguson@gmail.com
Grelinette & Ferguson | Hennebont | Facebook
marché hebdomadaire jeudi après-midi
 

Elles sont trois et font pousser leur emploi avec Grelinette et Ferguson

Pour aller plus loin…

L’association Optim’Ism  travaille, historiquement, à l’insertion par le maraîchage biologique depuis une vingtaine d’années dans le pays de Lorient. Au fil du temps, ses missions se sont affinées : toujours dans le cadre de sa mission d’insertion au travail, elle touche à la préservation des terres agricoles, à favoriser l’installation des maraîchers dans le territoire. Elle a aussi créé un service de livraison à vélo. Optim’ism construit et teste la transition écologique par la transformation de l’économie vers un modèle plus résilient et plus inclusif. L’entreprise solidaire a développé plusieurs activités génératrices d’emploi, avec le souhait d’entreprendre durablement. Elle expérimente aussi de nouveaux modèles, comme l’implantation d’une micro-ferme  dans le quartier de Bois du Château à Lorient pour accompagner l’installation de jeunes maraîchers, ou encore la participation à la reconquête des friches agricoles de Moëlan-sur-Mer, dans un projet visant à créer de l’emploi et nourrir le territoire en légumes bio. Elle a également vocation à transmettre et sensibiliser sur les questions agricoles, alimentaires et la préservation de l’environnement.
www.optim-ism.fr



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