Connexion paysanne tisse le lien entre la ville et la campagne


17/01/2020

Barbara Monbureau, 52 ans, a créé Connexion paysanne dans le pays de Redon : une initiative collective pour renouer avec les valeurs paysannes, une nourriture saine et accessible. Vingt-deux producteurs ont rejoint le réseau et une quarantaine de paniers sont vendus chaque semaine. On peut aussi passer un moment au bar associatif à Saint-Nicolas-de-Redon, participer à un échange, un concert ou une table-ronde, et prochainement, visiter des fermes.




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C’est jeudi. Comme chaque semaine, depuis maintenant quelques mois, on se presse devant le local de Connexion paysanne à Saint-Nicolas-de-Redon, pour venir chercher le panier commandé par internet. Légumes et fruits de toutes sortes, viande de volaille, de porc ou de bœuf, miel, pain, pâtes, cidre, bière, fromages, œufs et autres denrées… Tous ne sont pas « bio » mais n’en sont pas moins bons pour autant. Les producteurs, clame Barbara Monbureau, coordinatrice de l’association, s’attachent à défendre d’autres valeurs que le label bio qui ne prend pas forcément en compte des aspects comme le bien-être du paysan et de l’animal, la taille de la ferme, le partage des terres et des ressources, l’utilisation d’énergies non fossiles ou encore, la sauvegarde de races anciennes ou l’utilisation de semences paysannes :
« Ce qui relie les producteurs, confie-t-elle, c’est qu’ils sont tous locaux, vivent et travaillent à une trentaine de minutes ou moins de Redon. Nous nous connaissons tous, la transparence est obligatoire. Nous organiserons aussi des visites de fermes pour que les clients puissent voir de leurs propres yeux comment ça se passe. Nous soutenons une économie locale et solidaire et nous reconnaissons dans l'agriculture paysanne.»

Le pays de Redon, un terroir foisonnant d’initiatives

C’est Barbara qui a eu l’idée d’établir cette « connexion » entre producteurs et consommateurs, vite devenue partagée et collective. Architecte paysagiste de formation, elle a quitté Rennes pour partir travailler dans de grandes villes, Paris, Berlin, Marseille :
« Vu de Rennes, je n’avais pas une grande connaissance du pays de Redon ! C’était sans doute le dernier endroit où j’aurais imaginé vivre un jour ! »
Puis, hasard des mutations, Barbara et son conjoint reviennent en Bretagne pour atterrir à… Redon ! Tout est allé très vite ensuite. Elle découvre un terroir foisonnant d’initiatives qui la séduit :
« Il y avait ici des gens passionnés, un territoire qui se préoccupe de son devenir agricole, une prise de conscience du changement nécessaire dans les modes de production et d’alimentation, une agriculture paysanne développée, des habitants sensibles et prêts à s’investir. Mais rien ne réunissait producteurs et consommateurs au quotidien. »
Alors, s’inspirant d’initiatives existantes, elle imagine le projet Connexion paysanne.

Un lien entre la ville et la campagne

« L’idée, explique-t-elle, est de proposer une mise en lien directe entre le producteur et le consommateur, entre aussi la ville et la campagne. Je propose de construire des liens à la fois de nécessité, par la nourriture, issue de l’agriculture paysanne, mais aussi de plaisir, par la rencontre et la convivialité. »
La fête de la vache nantaise, organisée en 2014 lui en donne l’idée (lire ICI). Elle y croise producteurs et consommateurs prêts à s’investir dans son projet. Un collectif est créé en 2017. La vente de produits locaux est proposée à partir d’un site internet. À partir de juin 2019, les premiers consommateurs passent leur commande et viennent retirer leurs produits au Cinémanivel à Redon qui a mis un espace à disposition.  

Enfin notre « chez nous » !

Dès la création de l’association, les membres convaincus du projet se mettent en recherche d’un local. Ils le dénichent en septembre dernier au 48 ter de l’avenue Jean-Burel à Saint-Nicolas-de-Redon grâce à Frantz Daniaud qui lance aussi son activité de récupération de matériaux de construction et qui propose une location partagée. Le grand hangar est vide et il faut l’aménager. Alors, on relève les manches, on crée un espace chaleureux, fait de bois et de paille, on monte le bar associatif.
« Nous avons enfin notre chez nous, se réjouit Barbara. Nous proposerons une dégustation de produits mais aussi des débats et des échanges autour de sujets agricoles, de santé, de consommation, des présentations de fermes et de producteurs paysans… »

Près de quarante paniers vendus chaque semaine

Aujourd’hui, vingt-deux producteurs sont inscrits et proposent une gamme variée de produits. Pour la plupart, il s’agit de professionnels installés récemment et l’initiative tombe à point nommé pour les aider à commercialiser leur production. Mais il y a aussi des plus anciens que la dynamique intéresse. Ils choisissent d’être membres actifs ou simplement, membres déposants, leur taux de commission variant selon ces deux statuts. Les plus anciens sont moins intéressés ayant déjà mis en place leur propre dynamique de commercialisation. Quoi qu’il en soit, beaucoup sont partie prenante et apportent leur éclairage pour conseiller la jeune équipe. Les consommateurs viennent chercher leurs produits chaque jeudi, de 17h30 à 20h. La commande s’effectue sur internet, du jeudi à 17h au mardi soir avant 23h. Les consommateurs récupèrent leur panier, paient leur commande et passent, s’ils le souhaitent, un moment au bar, découvrant l’envers du décor. 
« Une quarantaine de paniers sont vendus ainsi chaque semaine, confie Barbara. Nous affichons des prix accessibles à tous, tout en cherchant à rémunérer correctement les paysans. Aussi, la commission doit-elle rester basse. »

Un projet de restaurant à l’étude

Le collectif est constitué d’une cinquantaine de personnes aux compétences multiples et complémentaires et de douze co-présidents qui se partagent la gouvernance. Six commissions ont été créées avec deux référents pour chacune, un producteur et un consommateur : produits, communication, trésorerie, vie du groupe, bar et animations, travaux. Au programme des réflexions, l’élaboration d’un modèle économique durable. Pour l’instant, l’association pilote le projet et verse un petit revenu à Barbara, devenue coordinatrice. Une faible commission est demandée aux producteurs qui est ensuite reversée à l’association. Deux collectivités territoriales apportent leur contribution : Redon agglomération (1 000 €) et le conseil départemental d'Ille-et-Vilaine (10 000 €). Le collectif se donne un an de plus pour relever ce défi et voler de ses propres ailes, sans l’apport de subventions. En parallèle, un projet de restaurant est en construction, porté par Coraline Hervo, 35 ans, en reconversion professionnelle.
« Nous souhaitons proposer à la dégustation directe les produits proposés à notre catalogue, en valorisant la préparation, l’alliance des mets et la gastronomie. Toujours en privilégiant le produit et la transmission du goût pour une cuisine simple à portée de tous. »
 
Texte et photo : Tugdual Ruellan
site : www.connexionpaysanne.fr

VIDEO réalisée par Cactus ICI