Vie rurale

Chez Solange, la tendresse n'a jamais quitté l'affiche


22/05/2018



Chez Solange, la tendresse n'a jamais quitté l'affiche
Hédé, 2 200 habitants en Bretagne. Son château, son canal, ses menhirs, son église. Et Solange. Dans son bar cabaret, ici, rue du Four, Solange a offert, durant des décennies, breuvage, humour et tendresse aux artistes, journalistes, passagers et citoyens du pays. Elle est toujours prompte à ouvrir sa porte. Entrez...
 


2018_05_24_chez_solange_la_tendresse_n__a_jamais_quitte_l__affiche.mp3 2018 05 24 Chez Solange la tendresse n'a jamais quitté l'affiche.mp3  (8.53 Mo)


« Ils disaient : "La petite-là, elle tiendra pas !" »

Solange, sa cigarette de star, son accent qui roule sur les chemins de campagne, le bar, les verres et les bouteilles toujours là. Solange n'a pas changé. Elle a 76 ans maintenant. Et toujours 20 ans. 

« Tu sais d'où elle est la Solange ? », demandaient en avril 1962 les gens de Hédé en voyant débarquer la jeune inconnue . « Je ne sors pas de l'ENA, je sors de Saint-Juvat ! », blague-t-elle à nouveau.  Saint-Juvat, à une demi-heure de là, dans les Côtes-du-Nord devenues Côtes d'Armor. Elle ajoute : « Ils disaient : "La petite-là, elle tiendra pas ! » Elle  a tenu.

La fille d'agriculteurs, sortie de l'école à 12 ans, avait un destin joyeux à agripper. Parfois, autour de Saint-Juvat, on entendait sa voix au loin. « Ma liberté, c'était de chanter dans les champs. » Et il ne fallut pas longtemps pour quelle aille servir dans les cafés et restaurants, danser sur les parquets de la région, applaudir les vedettes de l'accordéon passant par là, les André Verchuren, Yvette Horner, André Blot...

Et soudain Bernard Libault, le danseur, et Michel Estier, le comédien...

La p'tite Solange a donc pris hardiment sa place parmi les bistrots de Hédé. Et soudain, en 1974, elle  a pu donner à son sens de l'accueil toute sa mesure. « La communauté Emmaüs est arrivée. Les compagnons étaient inconnus pour la population, pas pour moi. Une nouvelle clientèle. J'ai découvert des garçons qui avaient besoin d'amitié, je les ai toujours respectés. J'ai toujours été là pour eux. Et eux donnaient des coups de main. J'ai rencontré l'Abbé Pierre. J'ai fait plein de communautés en France. » 

En septembre de la même année, une autre rencontre va  carrément changer sa vie. Deux jeunes hommes arrivent devant "Chez Solange", poussent la porte et s'installent. « J'étais dans la salle, derrière. L'un a dit : "Ça serait bien comme cabaret". » Avec Bernard Libault, le danseur, et Michel Estier, le comédien, commence une grand histoire.

Dans le reportage d'archives ci-dessous, réalisé par FR3 Bretagne en 1976, on retrouvera les deux hommes et les premiers pas du ballet-théâtre Libault-Estier qui a marqué l'histoire de la culture locale et bretonne. Solange, elle, en est devenue une figure. "Chez Solange" était plus qu'un cabaret. Un nid de créativité et de rencontres. Quinze ans durant. « Que du bonheur », dit Solange dont les blagues se noient souvent dans l'émotion.

Une beauté tragique

« J'étais très attachée à eux, ils étaient très attachés à moi », poursuit-elle joliment. C'était plein de petites choses, plein de petites attentions, c'était très beau. » Quand, en peu de temps, cette beauté est devenue tragique. « Bernard Libault est tombé malade ; le sida, on connaissait mal ; les médecins ne savaient pas, ça a été très vite. Je suis allé le voir à l'hôpital Claude Bernard à Paris. Un grand couloir. De grands rideaux. C'était terrible. Michel Estier est mort trois ans plus tard. »

Mais ils sont toujours là. Le bar "Chez Solange" n'a plus de clients mais s'y côtoient toujours en images et en mots Bernard Libault, Michel Estier, Pierre Debauche, Patrick Dupont, Odette Simonneau... une multitude de visages et de souvenirs. "Chez Solange" est un lieu de mémoire, de culture.

Solange le rouvre de temps à autre : pour les 30 ans, les 40 ans de l'arrivée du ballet-théâtre, en fait à chaque bonne occasion. Et elle raconte, intarissable, les grands et petits faits qu'elle a partagés aussi avec de nombreux journalistes, notamment les Jean-Yves Erhel, Guy Daniel et autres reporters de Ouest-France.

Et puis, sur sa tablette, sur sa page Facebook, « ils sont toujours là », les anciens élèves de Libault-Estier : « Ils avaient 16-18 ans, j'étais un peu leur maman, beaucoup ont réussi. » Régulièrement, Solange monte à Paris les retrouver.
 

Deux passions catholiques : la rencontre et la chasse

« On n'a pas travaillé pour rien », résume-t-elle. Non et d'épisodes en épisodes, sous des formes renouvelées, l'aventure culturelle initiée il y a 44 ans par le tandem Libault-Estier se poursuit aujourd'hui avec le Théâtre de Poche  animé par la compagnie Le joli collectif.

...Pendant que la pétulante Solange, elle, anime la Maison de retraite. Veuve depuis trois ans de Clément, qui était marchand de bois, elle passe trois ou quatre heures par semaine avec les anciens. « Je connais 86 % des gens. Je vais pour eux et aussi pour moi. On parle de leur famille, de tas de choses, on rigole,  j'ai de beaux sourires, j'adore y aller. » Entre des tas de noms, comme elle a aimé, par exemple, partager des moments avec M. et Mme Lavoquet : « Ils étaient toujours radieux, c'était merveilleux ! »

Solange la tendresse, aux trois enfants et sept petits-enfants, aime aussi partir à travers la campagne voir d'autres papys et mamies : "Je vais avec un gâteau, ça fait plaisir c'est tout. »  Avec tout ça, on peut espérer que la très croyante Solange, longtemps bénévole au Secours Catholique, chargée toujours de la clé de l'église, a déjà sa place réservée au Paradis.

...Même si elle n'a que récemment rangé son fusil. « Ce qui me manque depuis un an, c'est la chasse, je me suis arrêtée en 2013 à cause de mes pattes. J'ai commencé à chasser en 1975. J'aimais bien aller au pigeon sur le canal. Je n'ai jamais chassé le chevreuil : c'est trop beau ! » Mais comment pouvait-elle causer jusqu'à pas d'heure avec les artistes et partir à la chasse à l'aube ?  « Un jour, j'ai été trop fatiguée. Les gardes-chasses ont trouvé Solange endormie sous des barbelés : ils riaient comme des clés à molette ! »

Texte : Michel Rouger   -   Photos : Clovis Gicquel
 
L'ARRIVÉE DE BERNARD LIBAULT, LE DANSEUR, ET MICHEL ESTIER, LE COMEDIEN, À HÉDÉ







 




Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 7 Mai 2015 - 10:03 Faire CultureS à Saint Péran



Le Webdocumentaire





Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y a aussi des tâches nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Vous pouvez en trouver ici une liste. Ensuite il suffit de prendre contact avec la rédaction. 


Le billet de la semaine

Dingue

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas ! », a pesté mardi Emmanuel Macron dans une vidéo diffusée par l'Elysée le montrant en réunion de travail. Comment c'est qu'il cause, maintenant, not'Jupiter ? La vidéo ne dit pas tout. « On ne mettra pas un radis de plus, aurait-il ajouté, on a déjà lâché un pognon de dingue aux riches pour des clous, pas question de pisser encore dans un violon... » Etc. Etc. Que retenir surtout de cette scène  ? On ne sait pas par quel magie le Président va améliorer le sort des pauvres sans dépenser plus alors que 30 à 50 % des aides ne sont pas utilisées par ceux qui y ont droit. Mais le message est ailleurs. Voyez comme le Président est simple, il parle mal, il ne peut pas être le "président des riches". Le bas peuple y sera-t-il sensible ? Pas sûr. La com' est un truc de dingue. Et qui coûte un peu trop de pognon. 

Michel Rouger

15/06/2018

Nono