Travail

TEZEA ("Territoire zéro chômeur") grandit

L'entreprise de Pipriac / Saint-Ganton en Ille-et-Vilaine lance une campagne de financement participatif pour se développer.


30/11/2017

Voilà presque un an que l’initiative Territoire zéro chômeur de longue durée a été lancée sur les communes de Pipriac et de Saint-Ganton en Ille-et-Vilaine, avec le soutien d’ATD Quart-Monde. Déjà cinquante emplois ont été créés au sein de TEZEA, entreprise à but d’emploi et non lucrative. Pour tenir ses engagements et renforcer ses fonds propres, l’entreprise lance une campagne de financement participatif sur HelloAsso pour récolter la somme de 50 000 euros.





Lancée en septembre 2017, l'épicerie ambulante La P'tite camionnette, est l'une des activités créée par TEZEA.
Lancée en septembre 2017, l'épicerie ambulante La P'tite camionnette, est l'une des activités créée par TEZEA.
C’est Noëlla et Anthony qui aujourd’hui assurent la tournée de la P’tite camionnette. Le jour vient à peine de se lever qu’ils sont déjà au dépôt, prêts à démarrer. Direction le bourg. Quelques commandes de produits frais ont été passées la veille. Cinq commerçants jouent le jeu et récupèrent la marchandise non vendue en fin de tournée. Noëlla n’oublie pas de prendre quelques croissants tout frais pour les collègues qu’ils vont croiser.

Et c’est parti. Le Renault fourgonnette, tout équipé de rayonnages, bat la campagne, de village en village dans les communes engagées dans l’expérimentation "Territoires zéro chômeur de longue durée". L’emplacement a déjà été repéré et les clients ont mémorisé le coup de klaxon. « Le stock de produits d’épicerie évolue en fonction des besoins, confie Noëlla. On s’adapte et les gens sont super contents de nous voir. Pour certains, c’est la seule visite de la semaine qu’ils reçoivent ! » 

TEZEA ("Territoire zéro chômeur") grandit

Une foule d’activités non concurrentielles

La nouvelle activité d’épicerie ambulante La P’tite camionnette a été lancée en septembre dernier et le démarrage est jugé plutôt encourageant : « C’est plus du service que du commerce et la vente ne couvre pas encore le coût du déplacement, lance, confiant, Denis Prost, coordinateur du projet. Mais qu’importe ! On raisonne sur la globalité du projet et c’est un fantastique vecteur de communication pour nous faire connaître sur le territoire… Montrer aussi que l’on est utile. » En janvier dernier, l’équipe s’est fixé l’objectif ambitieux de recruter en un an quatre-vingt-cinq salariés, chômeurs de longue durée.

Comme Noëlla, ce sont déjà cinquante personnes qui ont retrouvé l’espoir d’un travail et d’une reconnaissance professionnelle : « J’ai eu six enfants et n’ai pas eu le temps de me qualifier, confie l’épicière enthousiaste. Alors, pensez… arrivée à 50 ans, c’était plutôt galère ! » La belle découverte faite sur le territoire est que le travail ne manque pas.

L’équipe est ainsi parvenue à organiser une foule d’activités différentes : lavage de voitures, désherbage pour la commune, nettoyage de la signalisation, sécurité aux abords des écoles… Une blanchisserie pour une chambre d’hôtes a aussi vu le jour, un atelier couture, une activité de création d’objets, comme des paniers pour chiens, à partir de bois et de tissus récupérés… « Que des activités nouvelles, non concurrentielles, précise Denis Prost. Voilà trois ans que nous travaillons sur ce projet, temps indispensable de maturation dont nous récoltons aujourd’hui les fruits. »

L’initiative devient un levier économique

TEZEA, entreprise de l’économie sociale et solidaire, dite à but d’emploi et non lucrative, a été créée pour l’occasion. « C’est notre entreprise à tous et nous en sommes fiers », atteste Noëlla. Au fil des mois, les craintes et suspicions se sont effacées. Plus étonnant encore : ce sont les entreprises du secteur qui contactent aujourd’hui TEZEA pour suggérer la création de nouvelles activités comme cette grande surface qui imagine l’installation d’une station de lavage de voitures sur son parking ou ce magasin de bricolage qui propose de lancer un service de livraison de commandes en petits volumes. « Elle n’est plus seulement perçue comme une structure proposant du travail à des personnes au chômage de longue durée, précise Denis Prost. Elle devient un levier de développement économique pour le territoire, une occasion d’expérimenter de nouvelles activités tout en devenant partenaires. »

On se moque des qualifications et des diplômes !

Pas de discrimination ni de sélection de CV. La motivation et l’engagement suffisent pour intégrer l’entreprise TEZEA. Une part des salariés a quelques soucis de santé, des limitations physiques, voire une reconnaissance de travailleur handicapé… Mais ici, c’est le travail qui s’adapte à chacun. Au départ, l’équipe s’est attachée à repérer les compétences et les savoir-faire acquis par l’expérience de vie. Et aussi les envies et le désir d’apprendre de chaque salarié. On se moque des qualifications et des diplômes ! Ensuite, on cherche l’activité qui convient. On tente, on ose et on tente encore autre chose si ça ne convient pas… « On a tous le droit à l’erreur ! estime Denis Prost. Ainsi, les salariés sont tous très impliqués et engagés. Ils ont compris que c’était un défi commun à porter. »

« TEZEA, c’est notre entreprise à tous et nous en sommes fiers », atteste Noëlla, l'une des 50 salariés déjà embauchés depuis janvier.
« TEZEA, c’est notre entreprise à tous et nous en sommes fiers », atteste Noëlla, l'une des 50 salariés déjà embauchés depuis janvier.

Un financement participatif pour trouver 50 000 €

Le modèle économique de l’expérimentation "Territoire zéro chômeur de longue durée" repose sur un transfert du coût du chômage vers les entreprises à but d’emploi et non lucratives : « Toutes les activités, non concurrentielles, que nous développons permettent de dégager une partie du salaire, explique Guillaume Bonneau, codirecteur avec Serge Marric de TEZEA. Elles doivent créer l’équilibre avec la contribution "développement de l’emploi" versée par le fonds national. » Il faut rappeler que l’Etat reste le premier artisan de l’initiative en ayant voté le cadre législatif et en ayant accepté de verser cette contribution. Il a été rejoint par le conseil départemental d’Ille-et-Vilaine au regard de l’économie réalisée sur le versement du RSA et des minima sociaux.
 
Le montant de cette contribution est ainsi passé à 20 000 euros par équivalent temps plein. Mais le coût d’un emploi est d’environ 28 000 euros et les fonds propres de l’entreprise doivent bénéficier d’un nouveau coup de pouce pour que les engagements soient tenus : « L’effort de lancement a été important, poursuit Guillaume Bonneau, surtout que nous ne recrutons pas en fonction de nos besoins d’activité mais en fonction des besoins des salariés qui étaient tous privés d’emploi depuis au moins un an. Il nous a fallu investir pour initier toutes les activités. Pour financer l’effort des deux premières années, nous lançons donc en décembre et janvier une campagne de financement participatif sur HelloAsso qui doit nous permettre de renforcer nos fonds propres. Il nous faut récolter la somme de 50.000 €... » « C’est  à nouveau ambitieux, admet Denis Prost, mais nous comptons sur le soutien de toutes celles et de tous ceux qui pensent que ce projet représente un formidable espoir dans le combat contre le chômage. »

Texte et photos : Tugdual Ruellan.
POUR APPORTER VOTRE CONTRIBUTION
Rendez-vous sur Helloasso
Voir aussi le blog www.tezea.fr


RETROUVEZ LES ARTICLES D'HISTOIRES ORDINAIRES :
19 janvier 2017 : 80 chômeurs bretons trouvent leur emploi - ICI
17 février 2016 : "Zéro chômeur de longue durée" - c'est voté - ICI
10 décembre 2015 : "Zéro chômeur de longue durée", les députés unanimes - ICI
16 octobre 2015 : La "grève du chômage" à Pipriac et Mauléon - ICI
5 octobre 2015 : Ils proposent des lieux sans chômeurs de longue durée ! ICI





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Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono