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Les Jardins de Keribet enterrent la crise


09/02/2012

La vie des citoyens qui s'engagent n'est pas un long fleuve tranquille ! L'entreprise d'insertion Les Jardins de Keribet, dans les Côtes d'Armor, dont Histoires Ordinaires a suivi les premiers pas, a ainsi essuyé une crise difficile à vivre. Bénévoles, professionnels et adhérents viennent de l'enterrer lors d'une matinée ensoleillée.




Ce « parcours du combattant », l’équipe des six administrateurs pionniers réunis autour de Yves le Mer, le premier président, l’évoquait déjà il y a un peu plus d’un an. Nous les avions interviewés, à l’issue de l’AG de lancement, pour le premier épisode du feuilleton publié par Histoires Ordinaires. Avec Martine Kerlaouezo, l’initiatrice du projet, ils avaient hâte de passer aux choses concrètes ; de sortir « de la rédaction de dossiers et de la course aux autorisations ».
 
Désormais ils allaient pouvoir se consacrer au montage des quatre serres et à la mise en état d’exploitation d’une partie du terrain mis à disposition par la mairie, puis au lancement des cultures. Tout l’hiver et le printemps, le feuilleton vidéo des Jardins de Keribet a rendu compte de l’important travail réalisé. Il montre l’enthousiasme collectif qui anime les administrateurs, les deux permanents, les deux salariées en contrat d’insertion, enfin les adhérents clients du jardin sans lesquels le projet s’effondrerait.
 

Martine Kerlaouezo et 3 membres du bureau
Martine Kerlaouezo et 3 membres du bureau

Pas assez d'argent pour tenir

Lors d’une réunion de travail fin mars (épisode 4 du feuilleton) nous avions remarqué la mine préoccupée du président et ressenti des tensions avec la permanente. C’était le signe de l’inquiétude croissante qu’éprouvaient les dirigeants bénévoles de l’entreprise face à des difficultés de gestion qu’ils voyaient venir. Militants sociaux d'abord, ils étaient peu préparés à la direction d'entreprise.

Les Jardins de Keribet n’échappaient pas aux tensions économiques que connaissent toutes les entreprises en phase de création. C'est particulièrement vrai quand elles sont peu dotées en fonds propres et exercent une activité ayant un cycle long de retour sur investissement. Les entreprises agricoles manquent ainsi d'argent pour tenir.
 
La tension est à son comble en juin. L’aide au poste de l'État, qui aurait dû être versée en avril, n’arrivera qu’en juillet. La trésorerie est presque à sec. Et puis il y a toujours cette énergie perdue dans des démarches sans fin auprès d’administrations qui ont du mal à intégrer les spécificités de gestions des entreprises d’insertion. Ainsi la Mutualité sociale agricole (MSA) n’a-t-elle toujours pas appliqué les exonérations de charges sociales. 

 Les Jardins de Keribet enterrent la crise

Des dirigeants bénévoles, sous pression, démissionnent

Heureusement les récoltes sont bonnes et les clients fidèles. Mais cela n’apaise pas l’inquiétude du président et du trésorier. Dans ce contexte économique alarmant, les malentendus, qui font le lit des conflits dans le monde associatif, se cristalisent. Cela tourne autour de ce que doit être ou non une « posture d’entrepreneur » ; de la prise de risque ; de la communication publique qu'il convient d'avoir sur les difficultés administratives et financières, de la communication au sein du CA, et aussi de l'articulation entre les dirigeants bénévoles et professionnels.

Le malaise est renforcé par les difficultés à obtenir à temps les données comptables et discuter sur des chiffres précis. Le logiciel et la procédure comptables proposés par le centre de gestion auquel adhère l’association sont – de l’avis des bénévoles et des professionnels – complexes à mettre en œuvre. Et les permanents ont peu de temps pour la gestion, consacrant tout leur temps à la conduite de l’exploitation et du projet éducatif et social.
 
En juin, la vice présidente démissionne. En juillet, le président et le trésorier souhaitent à leur tour mettre fin à leur mandat. Le départ de ces membres qui, depuis le début du projet, on fait preuve d’un remarquable et efficace engagement crée un choc chez les adhérents, même ceux qui ne partageaient pas leur analyse de la situation.
 

Sonia, salariée du jardin
Sonia, salariée du jardin

La force du tissu associatif

Mais cette crise, qui aurait pu mettre à bas le projet, a montré la solidité du mouvement associatif qui le porte. Lionel Rat, vice président qui a pris le manche en cours de vol le souligne : « On s’en est sorti grâce au tissus associatif, à la force des adhérents. » « Lors de l’assemblée générale 61 adhésions ont été renouvelées », renchérit Moera Guillou, la secrétaire du CA. Le conseil d’administration s’est ressoudé et vient d’être renforcé. Le maire de Pordic a joué un rôle décisif dans la réassurance du projet et a exprimé toute sa confiance lors de l’AG.
 
Au plan social le bilan est positif. Quand on interroge Sonia et Marie Pierre, les deux premières salariées en insertion, on perçoit que leur mobilisation professionnelle est intacte.
 
Au plan économique la situation paraît maîtrisée. Les chiffres présentés en AG révèlent, au bout de la première année, un déficit d’exploitation assez important, mais explicable et surtout correspondant au business plan initial. Les problèmes de trésoreries sont encore devant : la subvention du Feader (Europe et Région) n'arrivera qu'en avril 2012 alors qu'elle était attendue en novembre 2011. Heureusement, l'association a pu bénéficier d'un prêt du fonds Bretagne Développement Initiative. Les administrateurs y voient la preuve de la confiance que l'on peut leur faire.

Adhésion au "réseau cocagne"

Lancer un projet d’entreprise d’insertion et d’économie sociale de l’ampleur des Jardins de Keribet, sur des bases associatives bénévoles et locales, sans l’appui technique et économique d’une grosse structure, est un vrai pari. Aujourd'hui, Il est en passe d’être réussi. Martine Kerlaouezo, qui a travaillé dans un « jardin de Cocagne » a convaincu le conseil d’administration d’affilier l’association au réseau Cocagne, et ainsi de bénéficier du savoir-faire mutualisé et de la solidarité d’un mouvement structuré et reconnu. Un autre moyen de renforcer les chances de réussite du projet
 
 
Alain Jaunault

Pour aller plus loin
Les Jardins de Cocagne cultivent la solidarité
Des garages solidaires

 

Retrouvez les sept épisodes du feuilleton des jardins de Keribet sur le blog qu'Histoires Ordinaires lui a consacré

Les Jardins de Keribet
 






1.Posté par Alberte le 05/02/2012 19:42
En lisant cet article j'ai eu l'impression de revivre notre propre histoire avec "Les Pousses d'Avenir" jardin de Cocagne que nous soutenons depuis fin 2008. N'y aurait-il pas un truc à faire entre ces jardins de Keribet bretons et notre jardin chablaisiens ???

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Le billet de la semaine

​On y croit

« Nous avons besoin de repenser un grand projet social », a dit le Président. Ce n'est pas une blague lancée au téléphone à l'ami Hanouna. Ni un nouveau coup de com'. C'est du sérieux. C'était dimanche soir, aux vœux. « Demandez-vous chaque matin ce que vous pouvez faire pour le pays », a dit aussi notre Kennedy à nous. Et voilà que dès potron-minet chaque Français pense au grand projet social. S'en va lutter contre la stigmatisation des chômeurs et des migrants, les attaques contre les HLM ou l'audio-visuel public. S'en va lutter contre les projets du gouvernement. Pense justice, liberté, égalité, fraternité, écologie pour tous. La bataille des valeurs entre la droite et la gauche, à l'obsolescence programmée, est de nouveau en marche. Des députés marcheurs redeviennent d'ailleurs socialistes. On y croit, Président. C'est promis. Le citoyen français sera ainsi en 2018 : sitôt levé, sitôt debout.

Michel Rouger

04/01/2018

Nono