Le billet

10/07/2014

Jeu d'été



Chaque année, quand commence l'été, une sorte d'estivation, une envie de lâcher l'affaire, de faire simple, semble pénétrer le grand corps du service public. L'an dernier, le 17 juillet, on décida qu'une non-réponse de l'administration valait accord. Chuut... on dort, c'est bon... Cette année, on enrichit la relâche. On va raccourcir les formalités et le sujet lui-même va opérer le raccourcissement. Le 9 juillet a en effet été lancée une grande consultation populaire : chaque Française et Français est invité à rendre un petit service au grand service public, à l'aider à ne pas nous pourrir une journée, à ne pas égarer nos papiers, à ne pas réclamer dix copies de la naissance de l'ancêtre. Les estivants vont pouvoir ainsi ajouter leurs idées aux deux-cents mesures déjà décidées. Un jeu sympa pour les soirées d'été, promis à un bel avenir.
 
Michel Rouger




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Les commerces "non essentiels" vont rouvrir samedi, c'est l'essentiel. Qui donc d'ailleurs, dont le boulot est sûrement essentiel, a bien pu estimer que vendre un livre est moins essentiel que de vendre un whisky ? La question est d'autant plus grave qu'essentiel renvoie à essence et sans essence on n'avance plus, c'est la panne. L'essence humaine on veut dire, la conscience d'être. En quelque sorte, je vends donc je suis, quand je ne vends plus, je ne suis plus. Ou j'achète donc je suis. Ou... Etc. Toute cette histoire d'urgence sanitaire nous emmène décidément dans des questions vraiment essentielles. Par exemple, peut-on "être" sans être libre ? Non ? Alors il faut descendre dans la rue contre la nouvelle loi qui réduit un peu plus les libertés. Et résister au Black Friday. Comme au virus qui entrave aussi nos libertés, tue même parfois. Que de dilemmes en cette fin 2020 ! Voilà qui ferait une belle discussion, dans une franche amitié, autour d'un demi. Mais le bar reste fermé. Pas essentiel, qu'ils disent.

Michel Rouger
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