Vu, lu, entendu...

05/02/2012

Isabelle Eberhardt, la réfractaire



Isabelle Eberhardt, la réfractaire
«Elle était ce qui m’attire le plus au monde : une réfractaire. Trouver quelqu’un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, de toute inféodation, de tout cliché et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout que l’oiseau dans l’espace, quel régal ! Je l’aimais pour ce qu’elle était et pour ce qu’elle n’était pas. J’aimais ce prodigieux tempérament d’artiste, et aussi tout ce qui en elle faisait tressauter les notaires, les caporaux, les mandarins de tout poils. » C'est ainsi que le général Lyautey décrit Isabelle Eberhardt. 

Après une enfance dans un milieu qui l'étouffe et qui favorisera son mysticisme, son attachement à l'islam, sa solitude et sa soif de liberté, elle quitte à 20 ans Genève où elle est née pour Bône en Algérie. Elle y écrit Yasmina et, deux ans plus tard, part pour Tunis puis le Sahara.

C'est le début d'un attachement à une région, à ses hommes et ses femmes, à une culture. Elle prend le nom de Mahmoud Saadi et vit en nomade, souvent habillée en homme, entrant ainsi dans tous les lieux où les femmes ne sont pas admises. Journaliste à la Dépêche algérienne et à l'Akhbar, elle écrit : « Moi, à qui le paisible bonheur dans une ville d’Europe ne suffira jamais, j’ai conçu le projet hardi, pour moi réalisable, de m’établir au désert et d’y chercher à la fois la paix et les aventures, choses conciliables avec mon étrange nature. »

Le désert la fascine et elle adopte la vie errante des bédouins. « Nomade j'étais, quand toute petite je rêvais en regardant les routes, nomade je resterais toute ma vie, amoureuse des horizons changeants, des lointains encore inexplorés. » Ses écrits, nouvelles, articles, romans, récits de voyage et correspondance rompent avec la vision orientaliste de l'époque.

Sa vie s'interrompt dramatiquement à 27 ans lors des inondations d'Aïn-Sefra, le 25 octobre 1904.

L'oeuvre d'Isabelle Eberhardt

« Il n’y a qu’une chose qui puisse m’aider à passer les quelques années de vie terrestre qui me sont destinées : c’est le travail littéraire, cette vie factice qui a son charme et qui a cet énorme avantage de laisser presque entièrement le champ libre à notre volonté. » Isabelle Eberhardt a beaucoup écrit avec sobriété, concision et précision à partir de qu'elle a vu et vécu :

Amours nomades (Petite Collection Folio). Vingt nouvelles qui décrivent le désespoir de la passion amoureuse devant les interdits du clan et la fragilité humaine.
Écrits intimes ou Lettres aux trois hommes les plus aimés (lettres et journaux) (Payot 2001, réédité en 2003) «Conserve ces quelques lettres où je réussis parfois à mettre un peu de mon âme...» 
Yasmina et autres nouvelles algériennes. Nouvelles de la période 1902-1904, (Liana Levi 2002) Écrites entre 1900 et 1904, ces nouvelles  sont une initiation passionnée au monde arabe et au désert.
Rakhil (La Boite à documents 1990) Rakhil est le premier roman où sont évoqués les thèmes qui jalonnent son oeuvre : la mise en parallèle de l'Occident et de l'Orient, la condition de la femme musulmane, la question religieuse.
Notes de route (Actes Sud 1998)
Notes et souvenirs (Boite à documents 1997)
Dans l'ombre chaude de l'Islam (Actes sud 1996) De l'Islam, elle donne une vision paisible, celle du sage méditant sur Dieu dans le désert.
Lettres et journaliers (Actes sud 1989)
Écrits sur le sable  (2 tomes, Grasset 1998)
Journaliers (Editions Joëlle Losfeld 2002) Cahiers intimes et journal de bord d'une amoureuse et d'une mystique pendant les années d'éveil de sa vocation singulière, ils révèlent comment se vivait en femme, une aventurière habillée en homme. 
Au Pays des sables, nouvelles inspirées par un séjour au Sahara en 1902 (Editions Joëlle Losfeld 2002)
Sud Oranais (Editions Joëlle Losfeld 2003) Journal de route du dernier séjour d'Isabelle Eberhardt dans cette région troublée du Sahara algérien, son manuscrit a été retrouvé après plusieurs jours de fouilles dans la boue de l'inondation d'Aïn Sefra où elle a perdu la vie.


« L'Islam d'une scandaleuse »

Catherine Stoll-Simon est journaliste, artiste plasticienne et poète.
Dans son livre publié 2007 en « Si Mahmoud ou la renaissance d'Isabelle Eberhardt » (Zellige), l'auteur suit Isabelle Eberhardt qui, tournant le dos à la « civilisation » et au « désenchantement du monde occidental » part à la quête de l'absolu. Ainsi, « l'insoumise meurt à son ancienne vie et renaît sous le nom de Si Mahmoud Saadi ».
Pas de « choc des cultures » pour cette aventurière mais une transformation intérieure, intégrant Orient et Occident pour devenir Autre. 







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Le billet de la semaine

​C’est la guerre

Tocsin. Mobilisation générale. "Nous sommes en guerre", a martelé six fois lundi soir le Président Chef des Armées. Tous aux abris ! Et bien entendu : on ne va pas, par désinvolture, filer la saloperie aux plus fragiles au risque qu’ils en meurent et d’aggraver la charge de travail des personnels soignants. Car l’ennemi pilonne durement nos services de santé inconsidérément fragilisés. Un peu comme nos bornés de généraux de 1914 avaient lancé des soldats en rouge/bleu horizon sous la mitraille allemande, nos gouvernants affaiblissent depuis des décennies nos hôpitaux. Avant que surgisse cette guerre, les héros célébrés aujourd’hui ont réclamé en vain des effectifs, des lits, des moyens suffisants. Ils se battaient depuis le 18 mars 2019, un an, impuissants comme nous tous devant la pandémie financière, dite parfois grippe américaine et en France CAC-40, qui n’est d’ailleurs pas pour rien dans celle du Covid-19. Mais regardons l’horizon. "Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause", a lancé lundi le chef de l’État. Après tout, après juin 40, il y eut mars 44, le programme du Conseil national de la Résistance, les Jours Heureux, la sécurité sociale pour tous, la solidarité collective. Ok, Général. En marche.

Michel Rouger
 

17/03/2020

Nono












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