Europe

Les frères Tiza aiment avancer masqués


20/11/2017

Avec le solstice d'hiver et les festivités de Noël, les Caretos sont de retour à Varge, petit village de 200 habitants dans le Trás-os-Montes, au nord du Portugal. Si la "Fête des garçons" résiste aux assauts de la modernité, c'est grâce à des hommes comme les frères Tiza. Sous leur modestie, Fernando et Antonio, 63 ans et 66 ans aujourd'hui, cachent une passion en métal pour la très ancienne tradition.




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La rencontre a été simple, comme toujours au Portugal. D'autant plus que l'idée est venue de Georges Dussaud. Les Portugais adorent le photographe humaniste français. Il capte si sensiblement l'âme profonde du pays que les habitants de Bragança, notamment, ont créé un centre photographique à son nom pour ne rien perdre du miroir qui leur offre. Alors quand Georges a téléphoné à Antonio, celui n'a pas tardé à arriver. Et Antonio nous a emmenés à Varge voir Fernando.

Fernando Tiza est l'un des quelque quarante fabricants de masques de la région de part et d'autre de la frontière hispano-portugaise. Bragança et ses environs en rassemblent une petite vingtaine à eux seuls, c'est dire si les mascaradas y restent vivaces. Fernando nous a entraînés dans son vieil atelier encombré, habité, animé par ces visages de métal qu'il a martelé, percé, peint d'un rouge vif : « La couleur des charrettes à bœuf », précise Antonio.  

Le manuel et l'intellectuel

Pendant que Fernando enfonce sa perceuse dans un masque en devenir, Antonio commente. « Les masques, dit-il,  représentent des êtres supérieurs. Depuis les temps les plus anciens, ils permettent de dire des choses en toute liberté. C'est peut-être religieux, on célébrait ainsi le renouveau de la nature lors du solstice d'hiver, mais ce n'est pas chrétien : par la suite, la religion chrétienne a greffé dessus la naissance de Jésus. »  

Peu à peu, on devine qu'Antonio en connaît beaucoup. L'homme qui distille tranquillement ses commentaires est un expert masqué. Chez les frères Tiza, Fernando est le manuel, le façonnier, le travailleur : pendant vingt ans, il a fabriqué ses masques en marge de son travail à l'usine de pots d'échappement Faurecia ; aujourd'hui il continue entre les ramassages de ses châtaignes et ses diverses activités de retraité. Antonio, lui, est l'intellectuel, il n'a cessé d'étudier la tradition des masques.  

Fernando
Fernando

Théâtre de rue et critique sociale

Antonio Pinelo Tiza, professeur de lycée dans la vie, a réalisé une thèse devenue un livre de quelque 350 pages, "Mascaradas e Pauliteiros" où il pose un double regard d'ethnographe et d'éducateur. Il est aussi président de l'Académie ibérica da mascara.  Présente au Portugal et en Espagne, au Brésil aussi, l'académie rassemble une cinquantaine d'érudits qui l'ont créée en 2007 pour défendre cette tradition millénaire. « Il y a une quinzaine d'années, elle avait tendance à disparaître... », note Antonio. 

« Tous les ans, poursuit-il, les jeunes garçons sélectionnent divers évènements, ils écrivent, mémorisent, racontent sous leurs masques. Sous la forme de théâtre de rue, cela reste de la critique sociale. » Antonio Tiza a conservé ces écrits « depuis quarante ans ». Quarante ans d'histoires au quotidien. Même s'il s'agit d'un rite de passage, même si les jeunes garçons célibataires utilisent aussi - parfois surtout - leur camouflage pour tenter d'émoustiller les jeunes filles du coin, il y a là une forme vivante de démocratie locale.

Antonio
Antonio

Une tradition revenue avec la démocratie

La millénaire tradition a donc parfois été interrompue. Notamment durant les quelque 50 ans de dictature subie par les Portugais avant que la Révolution des Œillets vienne les libérer au printemps 1974. « La PIDE (la police d'État) n'aimait pas ne pas savoir ce qui se passait dans les villages ; il faut dire aussi que les jeunes étaient envoyés en Afrique faire la guerre,  ce n'était pas une période pour faire la fête...  Dès 1974, j'ai mis le masque ! »

Depuis, la passion des deux frères n'a jamais faibli. Du solstice au nouvel an, de la rue à l'église, les deux retraités vont être de nouveau aux premières loges des mascarades, Fernando l'œil sur ses masques, Antonio l'oreille attentive à la richesse, à l'ivresse parfois, des mots. En tout état de cause, on devrait rester loin des Saturnales et Dionysiaques qui, au solstice d'hiver, égayaient les rues de Bragança aux temps romains. 

Michel Rouger
Photos Marie-Anne Divet

 
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​So frenglish, n'est-il pas ?

My God ! Pas de Digital Tech Conference, pour moi, ce 30 novembre à Rennes. J'ai zappé Book your pass ! Le Pass XL pour le cocktail VIP, bof. C'est surtout que je loupe les battles d'une trentaine de speakers sur les sujets les plus hype du numérique : côté DigitalFood, l'arrivée de la food robolution et plus encore côté DigitalLove cette question stimulante : "Est-ce que les innovations du type sex dolls et sex robots sont réellement le futur du sexe ?"  Avec la coordinatrice du SexTechLab, premier hackaton sextech organisé à Paris l'an dernier. Moi qui me rêvais un peu in, me voilà out, exclu, sans avenir, à la porte du nouveau monde américain, condamné à parler, m'habiller, manger, penser français comme d'autres hier breton, berbère ou wolof. Condamné, pour oublier, à écouter  un disque inusable de Boris Vian. 

Michel Rouger

29/11/2018

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