Europe

Ces Grecs solidaires contre les détresses


13/02/2014

Eux, ce sont trois profs de Thessalonique. Trois citoyens parmi les dizaines de milliers qui continuent de tisser de la solidarité à travers la Grèce. La Grèce où les détresses s'accumulent dans la quasi-indifférence d'une Europe qui s'est peu à peu lassée du feuilleton.




Ces Grecs solidaires contre les détresses

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podcast_ho___grecs_solidaires___28_04_2014_23_25.mp3 Podcast HO - Grecs solidaire  (8.94 Mo)


De g. à d. Giorgos Gritzas et Giorgos Aggelopoulos
De g. à d. Giorgos Gritzas et Giorgos Aggelopoulos
Il y avait là Giorgos Aggelopoulos, Giorgos Gritzas et Karolos Kavoulakos. Trois universitaires réunis le temps d'une soirée dans le quartier étudiant de Thessalonique. Trois intellectuels descendus de leurs amphis il y a un peu plus de deux ans pour aller colmater des brèches, grandes ouvertes, dans leur ville, leur quartier : la santé, le logement, l'alimentation…

Les deux Giorgos s'activent notamment au Comité des initiatives citoyennes de Thermi, dans la banlieue est. « En 2011, raconte Giorgos Aggelopoulos, un mouvement de protestation est né à Thermi à la suite de l'instauration d'une taxe foncière. Un comité de citoyens s'est créé. En décembre, 700 personnes sont descendues dans la rue. La défense des foyers ne pouvant plus payer leur logement s'est organisée mais, à partir de là, le comité a aussi élargi son horizon. »

Les gens de Thermi ont découvert les actions des multiples comités grecs. Du logement -  le prix de la taxe foncière, de l'électricité, de l'eau… - on est passé à l'alimentaire et à la santé. Après des visites à Athènes et à Thessalonique, un gros projet de centre de santé solidaire a germé. Il vient d'ouvrir ses portes. 

Ces Grecs solidaires contre les détresses

Giorgos Aggelopoulos : un centre de santé

« Des médecins et des dentistes bénévoles viennent assurer les soins, poursuit Giorgos Aggelopoulos ; le matériel a été donné par des professionnels retraités, nous avons pu trouver 25 000 euros pour restaurer le bâtiment accordé par la municipalité, nous accueillons tous les gens qui n'ont plus la sécurité sociale.  » La demande est énorme : près d'un tiers des Grecs ont perdu leur couverture sociale.

Giorgos Aggelopoulos n'était pas vraiment préparé à ça : il est anthropologue, spécialiste des Balkans. En revanche, le géographe Giorgos Gritzas a beaucoup étudié l'économie sociale et solidaire : il est dans son élément à Bios Coop, le supermarché coopératif qui vient lui aussi d'ouvrir à Thermi après son homologue de Thessalonique.

Ces Grecs solidaires contre les détresses

Giorgos Gritzas : un supermarché coopératif

Ouvert à tous, le supermarché Bios Coop est porté par trois cents adhérents qui ont apporté chacun 150 €  et s'engagent à acheter pour au moins 250 € de produits par mois. Ainsi affirment-ils leur solidarité avec les personnes ayant peu de ressources.  1 100 produits, tous d'origine grecque et venant principalement d'une coopérative, sont proposés à la vente, plus 400 autres achetés directement aux producteurs.

« Nous veillons à ce que les produits n'aient jamais été épinglés lors de contrôles sanitaires, qu'ils répondent aux normes environnementales et que leurs fabricants respectent les lois du travail », souligne Giorgos Gritzas, qui se montre aussi très attaché à la démocratie directe qui règne à Bios coop : « Nous appliquons bien sûr les règles habituelles des coop mais en ouvrant encore davantage : chaque semaine, nous tenons une réunion ouverte à tous les adhérents en les appelant à proposer des sujets à discuter »

Karolos Kavoulakos
Karolos Kavoulakos

Karolos Kavoulakos : une Université populaire

Avec ses collègues des Sciences Politiques, Karolos Kavoulakos apporte, lui, ses outils de réflexion aux militants et autres citoyens désireux de s'armer intellectuellement sur la profonde crise grecque. Créée l'an dernier, l'Université populaire de l'économie sociale et solidaire (UnivSSe) se veut « un lieu de rencontre entre universitaires et militants ». 

Cette rencontre se fait par internet ou par des réunions, le lundi soir, où l'on échange sur des initiatives, des expériences, où l'on réfléchit avec tout à tour des juristes, économistes, sociologues, politologues, géographes… « Nous voulons apporter un appui gratuit aux coopératives, un soutien théorique aux expérimentations en cours », insiste Karolos Kavoulakos. 

Trois visages d'une Grèce qui doit d'abord compter sur la solidarité de proximité pour vivre au quotidien.

Michel Rouger

REGARDS SUR LA GRÈCE SOLIDAIRE

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​A la noix

Le camembert vegan à base de noix de cajou débarque sur nos tables, annonce mon journal. Dit comme ça, à la louche, ce camembert est plus que louche. Une faute. De goût. Pire : contre l'esprit. Ce n'est pas une nouvelle mode, comme la poule qui passera bientôt au salon plutôt qu'à la casserole. C'est une tendance lourde. La tendance du faux. Le business de l'agro-chimie s'avance masqué. Il fait croire qu'une pâte de produit exotique HEC (à haute empreinte carbone) est meilleure pour la planète  qu'un fromage AOC en circuit court. Il fabricote, en touillant des molécules, du faux steak saignant, des faux œufs, des fausses langoustines. Et pirate, en transformant les cerveaux en pâte molle, notre patrimoine culturel immatériel. Le pays aux 1 200 fromages doit résister. Continuer à têter sereinement le lait bio de notre vache à la mamelle généreuse qui broute et rumine paisiblement sur nos vertes prairies. La vache, le plus vegan de nos amis les animaux. 

Michel Rouger

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