Amériques

L'agronome croit toujours en Haïti


16/12/2010

Dictatures, cyclones, séismes, surpopulation, choléra: Haïti en voit de toutes les couleurs. Pourtant, elle ne manque ni d'amis ni de bienfaiteurs et certains, tel Michel Brochet, continuent de s'accrocher.




Saintil Clossy, le technicien qui pilote les travaux
Saintil Clossy, le technicien qui pilote les travaux
Originaire du Loiret, Michel Brochet est agronome. Il a débarqué sur l'île pour la première fois en 1967, à l'époque de François Duvalier et de sa sinistre milice des tontons macoutes. "Les églises étaient le seul espace pour la liberté d'expression". Michel Brochet vient d'obtenir son diplôme et il choisit Haïti, dont il ne sait rien, pour effectuer son service national. 
 
Sur place, il découvre le rôle joué par les prêtres français, bretons pour la plupart, les premiers à mener des actions de développement. "Ils étaient souvent fils d'agriculteurs. En tant que curés de paroisse, ils se sont impliqués dans la formation de jeunes Haïtiens. Très actifs, ils ont fait du bon travail, soutenus financièrement par un réseau d'associations bretonnes." 
 
Le courant passe si bien avec les prêtres de Saint-Jacques que Michel Brochet décide de retourner sur l'île en 1974, cette fois comme coopérant détaché par le ministère des affaires étrangères pour le projet Laborde. Jeune marié, il emmène sa femme dans l'aventure, bien décidée elle aussi à s'impliquer dans les actions de développement. 
 
Sur place, le couple intègre l'équipe du père Robert Ryo. Un sacré bonhomme que ce missionnaire breton, imprégné des idées progressistes des encycliques papales au point de quitter l'enseignement du français dans un lycée pour l'inconfort d'une paroisse rurale. A peine installé, un cyclone dévaste la plaine et plonge les paroissiens dans la misère. C'est le moment de passer de la théorie à la pratique. Ainsi naît la première communauté de base haïtienne, en lien avec le premier centre de formation d'animateurs.

Un modèle qui avait si bien marché en Bretagne

Michel Brochet est affecté avec son épouse à Petite Rivière de Nippes au centre de Madian, à l'époque où il n'y avait pas encore de route. "L'objectif était de recruter de jeunes paysans pour en faire des animateurs polyvalents." Les religieux avaient importé le modèle de la Jeunesse Agricole Chrétienne qui avait si bien marché en Bretagne en formant les élites du monde rural. Les Bretons ne sont pas tous des religieux. Il y a aussi des infirmières, telle la Rennaise Jeannine Guillouet, qui monte le dispensaire de Madian. 
 
 Rempli d'enthousiasme, le couple recherche le contact sur le terrain. "On enseignait dans les champs. Il y avait un réel échange avec les paysans. Nous nous sommes nous-mêmes remis en cause. En étudiant leurs pratiques, on s'est aperçu qu'ils avaient de bonnes raisons de faire ce qu'ils faisaient. Par exemple, les cultures associées appartiennent aux fondements de l'écologie." Mais Michel Brochet bute sur les limites de la tâche. "Une partie des jeunes sélectionnés comme animateurs de paroisse ont gardé la formation pour eux. Faire du jardin scolaire, ce n'était pas leur truc."

L'agronome croit toujours en Haïti

Un millier de citernes pousse sur le plateau

Entre le père Ryo qui met en oeuvre une pastorale de l'espoir et le ministère des affaires étrangères, le couple sait trouver sa place. "Il y avait, d'une part, une animation pastorale, de l'autre une démarche de recherche - développement. Les prêtres nous ont apporté le lien avec la population, tandis que nous avancions avec les chercheurs de l'Inra Guadeloupe, l'Agro de Paris Grignon, et le CNRS". 
 
En 1978, la route du sud est construite. Le centre de Madian - Solignac devient alors une antenne de la faculté de médecine et de l'école vétérinaire de Port-au-Prince. Dans une zone bourrée d'écosystèmes, les chercheurs sont à la fête. "En quelques dizaine de kilomètres, on passe du désert à la luxuriance. Le manque d'eau, c'était la priorité pour améliorer le niveau de vie des paysans." 
 
Grâce à une cagnotte en provenance d'une paroisse du Loiret, Michel Brochet pilote un programme de petite hydraulique de montagne. Un financement européen prend le relais. A l'arrivée, un millier de citernes familales pousse sur le plateau de Rochelois. C'est le point de départ à des champs de cultures maraîchères. Pour Michel Brochet, un séjour de dix ans s'achève à l'ambassade de France, en tant que conseiller en développement rural.

Un programme pilote de reboisement

Le contact n'a jamais été rompu. A l'âge de la retraite, le couple est recruté par l'ONG "SOS Enfants sans frontières", alors qu'un nouveau cyclone vient de frapper l'île. En 2005, l'agronome se voit confier le programme "L'arbre et l'enfant, ensemble reboisons Haïti". En trois ans, 10 000 arbres fruitiers greffés entrent en production sur la commune de Gros Morne. Parallèlement, des petits ouvrages de retenue d'eau, seuils et bassins sont aménagés en fond de ravines pour limiter l'érosion. Le commune devient une zone pilote pour le maraîchage. 
 
Début 2010, arrive le terrible séisme. Plus que jamais, Haïti paraît interdit de décollage économique. Pire, le pays doit importer plus de 70% de ses besoins alimentaires. De quoi décourager les techniciens les plus obstinés. Mais pas les bénévoles de "SOS Enfants sans frontières" qui croient encore aux miracles. "Il reste assez de gens d'exception pour sortir Haïti de l'ornière, malgré la forte émigration aux Etats-Unis, au Canada et en Europe", assure Michel Brochet. 
 
 Alain THOMAS.





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