Vu, lu, entendu... Inter-générations

France, jeunesse sacrifiée ?


11/06/2014

Plus que dans d'autres pays de l'Europe du Nord, les jeunes Français subissent un déclassement générationnel. C'est la thèse que défendent Louis CHAUVEL et Martin SCHRÖDER sociologues Luxembourgeois et Allemand, chiffres à l'appui. Leur analyse est cependant contestée par d'autres économistes.




Nous le constatons tous les jours, l'entrée dans la vie active et la promotion professionnelle pour les jeunes - diplômés ou non- est de plus difficile dans notre pays. Entre la génération 68 qui, toutes catégories professionnelles confondues, a investi le marché du travail et renforcé son pouvoir d'achat et les trentenaires, l'écart semble se creuser.  L'idée que les générations à venir, bien que mieux formées, subiront un déclassement professionnel et social est de plus en plus partagée. Mais ces impressions, tirées de l'expérience,  sont-elles vérifiées par les chercheurs ? 



Décryptage

Dans une tribune de la rubrique Décryptage - Le Monde du 10 Juin - Louis CHAUVEL et Martin SCHRÖDER montrent, chiffres à l'appui, que "les inégalités entre générations dans notre pays sont les plus fortes et les plus ravageuses en Europe". Ils dénoncent une France qui sacrifie sa jeunesse.

Ils relèvent "que, depuis 84, en France, par rapport aux sexagénaires, le niveau de vie des trentenaires à perdu 17 %. En 1980 les sexagénaires étaient une génération sacrifiée qui avait 20 ans lors de la crise des années 30. Et leurs trentenaires une génération dorée, née vers 1950."

Pour les deux auteurs cette situation caractérise les pays du sud de l'Europe. "A l'opposé, les pays anglo saxon et les pays nordiques ne connaissent pas de telles inégalités... Même en Allemagne, insistent-ils, dont les micro-jobs précaires et les nano-salaires sont dénoncés, la réalité est meilleure que celle des jeunes Français".

Et de conclure : " les pays nordiques et anglo saxon, spécifiques par leurs régimes socio démocrates d'un coté, économiquement néo libéraux de l'autre ont trouvé de meilleurs équilibres..."

Dans un autre article la rédaction du Monde ouvre le débat.

La conclusion est-elle inexacte parce que idéologiquement biaisée ? C'est une des controverses - exposées dans un autre article par la rédaction du Monde -  ouvertes par des chercheurs Français : Ollivier Galland du CNRS, Henry Sterdiniak et Guillaume Allègre tous deux de l'OFCE, ou encore Hyppolite d'Albis.

Pour cet économiste, professeur à Paris 1, "Mr Chauvel a plaqué le modèle de la lutte des classes sur la question de l'âge".
De son coté Ollivier Galland tire la conclusion d'une étude de l'INSEE sur les niveaux de vie par âge : "que de la fin des années 80 aux années 2000, la croissance a permis à chaque génération de disposer d'un niveau de vie supérieur." 

Et il faut aussi prendre en compte les solidarités inter génération qui corrigent les tendances inégalitaires.  Mais ne faut-il alors convoquer la réflexion sur les inégalités inter-classes.


Le débat reste ouvert et pour sortir de nos impressions rien ne vaut une confrontation scientifique argumentée. Alors à lire sur le site du journal Le Monde le Décryptage   . C'est en accès payant, mais il faut consentir à payer pour conserver un bon niveau d'information et de débat.


Alain JAUNAULT







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Vendredi 25 Janvier 2013 - 16:28 Expo : « La générosité des générations »

 


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Le billet de la semaine

Les vieux

Papy Michel (Drucker), 76 ans, publie 286 pages "pour rester jeune" tout en attaquant de nouveau le "jeunisme ambiant". N'y a-t-il pas là une sorte d'antilogie, pourrait chuinter notre académicien chenu Valéry Giscard, 92 ans ? Vouloir rester jeune quand on est vieux, n'est-ce pas du jeunisme ? En fait, Papy s'accroche, vieille histoire. Brassens lui a pourtant dit que le temps ne fait rien à l'affaire : quand on est, on est. Et surtout pas être et avoir été. Au demeurant, on peut être vieux et dans le vent : face à la dictature de l'instant, ne fait-on pas aujourd'hui l'éloge de la lenteur, l'atout majeur des vieux ? Donc, rester gaillard mais lent, engagé mais lent. Marcher lentement ralentit le temps. Pourquoi courir, pédaler, sauter, pour  « mourir jeune », le pire ? Non, plutôt être vieux. Mourir très vieux. Au final, même, « les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour... », comme chantait Brel mort trop jeune il y a 40 ans ce mois-ci. Déjà. Comme le temps passe.

Michel Rouger

16/10/2018

Nono