Vu, Lu, Entendu...

28/01/2020

À la découverte de Marion Gervais, caméra témoin de parcours hors norme


À voir ou revoir, « Louis dans la vie » de Marion Gervais, sorti l’an passé. Originaire de Saint-Suliac, la documentariste se définit comme autodidacte et dit que ce sont les voyages, les expériences, les rencontres et sa quête de liberté qui l’ont construite.


marion_gervais.mp3 Marion Gervais.mp3  (2.57 Mo)

Les citations  sont extraites de deux rencontres de Marion Gervais avec Télérama, le 5 juillet 2017 et le 4 juillet 2019, à la sortie de « Louis dans la vie ».

« L’ambition sociale et une vie dans les clous me sont apparues très jeune comme vaine. Faire ce que je voulais et inventer ma vie, c’était tout ce que je cherchais. » Marion Gervais part sur les traces de Jack Kerouac, aux USA, passe du temps auprès de gens de la rue, roms, amérindiens, inuits… Pendant quinze ans, entre deux voyages, elle est directrice de « casting sauvage » ; elle cherche les personnages des films dans la rue, SDF, transsexuels, roms. Avant de se lancer elle-même, elle choisit les ateliers Varan pour leur principe de formation : « Le cinéma direct, tel qu’il est enseigné à Varan est pour moi synonyme d’un cinéma qui ne triche pas, qui va au cœur des choses. »
 
Louis l’indomptable, le sauvage
 
Marion Gervais a rencontré Louis à Saint-Malo, avec « La belle vie », son documentaire précédent, « l’indomptable, le sauvage, celui qui fait des trucs de dingue » « qui n’utilise pas de filtre avec la vie ». De Louis, elle dit qu’elle le comprend « pour être passée par là où il est aujourd’hui. Je le connais, je le comprends, je ressens ce qu’il vit. Il a compris que, moi aussi, j’ai vécu en dehors des clous et que, si je suis aujourd’hui un peu plus dans les clous, ce sont mes clous à moi. Je lui ai dit « ce film, tu vas t’appuyer dessus !  Car mes films se situent du côté de ce qui grandit, de cette capacité qu’on a tous à transformer notre vie ». Louis fête ses 18 ans, l’entrée dans l’âge adulte et le monde du travail, comme apprenti en CAP peinture. Premier amour, premier appart, premier job, premier argent propre…. L’amorce d’une vie rangée, après les coups durs, la violence, les déviances… Mais ça cogne dans sa tête. Il étouffe. Ces maisons vides dont il peint les murs pour un salaire de misère, c’est pas pour lui ! Il rêve de tailler la route au volant de son camion, partir loin. Sans bien savoir où, il se fait tatouer une boussole sur le torse. Mais le Nord, c’est où, c’est où le Sud ? » Pendant un an, sa caméra suit Louis, qui avance dans la vie comme un funambule aux gestes brusques, sous le regard de sa mère, de son amoureuse, de sa tutrice…. Et de Marion elle-même, qui ont peur pour lui.
 
En quête de ces êtres qui cheminent à la recherche d’eux-mêmes
 
Marion Gervais filme les rites de passage, cette façon de passer d’une rive à l’autre ; elle creuse le terrain fragile, fébrile, de ces êtres qui cheminent à la recherche d’eux-mêmes et qui peinent à trouver leur place. « Ce sont des êtres qui ont la vie qui déborde de partout. Presque trop vivants pour les possibilités de ce monde. » « Louis touche à quelque chose d’universel, qui est de l’ordre de l’humain dans cette société, cette brutalité du monde où l’on doit courber l’échine. Il y a cette question, en toile de fond. Que faisons-nous de nos existences ? Ça veut dire quoi, choisir sa vie ? » En 2014, Marion Gervais a réalisé un premier documentaire, « AnaÏs s’en va-t’-en guerre ». Les premières images du film donnent le la… première rencontre entre la réalisatrice et cette jeune femme déterminée, AnaÏs. AnaÏs a 24 ans. Elle vit seule dans une petite maison au milieu d’un champ en Bretagne. Rien ne l’arrête, ni l’administration, ni les professeurs, ni le tracteur en panne, ni les caprices du temps. Elle est portée par son rêve de toujours, celui de devenir agricultrice et de faire pousser des plantes aromatiques et médicinales. Sous l’œil bienveillant du chef cuisinier, Olivier Roellinger, elle avance. Le film est sorti en 2014, soutenu par les télévisions locales de Bretagne, coproductrices du documentaire, et il s’est fait avec très peu de moyens.
 
Laisser la belle vie l’emporter sur les souffrances
 
Puis, en 2016, elle réalise « La belle vie ». Quatre garçons, 13 ans. La vie est rude quand on a 13 ans, mais c’est la vie ensemble, celle qui sauve de tout. Sur un pauvre skate park, au milieu de nulle part, loin des adultes, ils prennent conscience qu’ils peuvent être les rois de leur univers. Ils s’y ennuient, rient, se blessent, font tout et ne font rien, autour d’un barbecue allumé avec du déodorant, partagent leurs peurs, leurs batailles, leurs rêves comme celui de partir à Barcelone, l’Eldorado des skateurs. Marion Gervais s’attache à filmer les balbutiements de cette nouvelle vie, pour ces jeunes, accompagnés de leur skate, symbole de leur soif de liberté, de vent, d’ivresse. Elle filme avec attention et discrétion ce passage initiatique, cette amitié, cette solidarité, cette capacité à laisser la belle vie l’emporter sur les souffrances. Elle filme les garçons qu’elle connaît depuis leur enfance, car ils vivent dans son village, dans ce passage unique, aussi bref, qu’intense, avec son élan vital extraordinaire.
 
 
Soizic Le Hénaff




Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique
1 2 3 4 5 » ... 11


Le Webdocumentaire





Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y a aussi des tâches nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Vous pouvez en trouver ici une liste. Ensuite il suffit de prendre contact avec la rédaction. 


Le billet de la semaine

​Fou du Puy

En cet an de grâce 2020, le Président de la République Française a donc offert au vicomte vendéen Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon le privilège d’ouvrir la saison culturelle estivale avec ses troupes médiévales et archaïques en lieu et place des poètes, musiciens, comédiens et autres saltimbanques d’aujourd’hui empêchés. De tout le pays fusent les protestations, bruissent les questions. Pourquoi le vicomte ? Pourquoi cet affront au grand voisin vendéen, le radical Clemenceau, dont le chef de la "guerre" anti-virus dit pourtant aussi s’inspirer ? Le Président communiquant joue avec tous, son Premier ministre, ses députés, ses opposants mais surtout, il est fou du Puy du Fou. Le jeune bourgeois picard adoubé à Paris par un président socialiste mais déplorant l’absence de la "figure du roi ", avait lancé en 2016, visitant le vicomte : "Je ne suis pas socialiste", "je suis Puyfolais". Plus que de Clemenceau, Puyfolais 1er va donc peut-être s’inspirer de Cathelineau ou Charette pour rassembler ses troupes de Marcheurs aujourd’hui quelque peu en désordre.

Michel Rouger

28/05/2020

Nono












Partenaires