Le billet

À l'enseigne coloniale


15/11/2012




Vous suivez la résistance des millions de kiranas, les petits boutiquiers indiens, confrontés à l'inexorable avancée des chariots de Walmart, Tesco, Carrefour, Auchan et autres ouest compagnies ? Il le faut. Question de modernité. La triste modernité de l'hypermarché. Les enseignes ventrues de nos périphéries conquièrent toujours le monde, s'adossant aux bidonvilles pour contenter la minorité aisée, chassant les commerces de rues, déchirant le tissu social dont la petite échoppe indienne est le symbole... pendant que nous tentons ici, drôlement, laborieusement, de recoudre ce tissu par des « panniers paysans », des « circuits courts ». Ganesh, dis à tes envahisseurs que la prospérité ne se mesure pas aux kilomètres de gondoles. Gandhi, reviens-nous et pars jeûner dans la galerie coloniale : ton message éclipsera toutes les réclames.

Michel Rouger
 





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Le billet de la semaine

​A table

Lundi, c'était 360 tonnes d'escalopes de poulets gorgés d'eau. Avant l'été, 780 tonnes de faux steaks hachés enrichis d'amygdales, cœurs, cartilage, soja, amidon... Les extras proposés depuis un an aux cinq millions de bénéficiaires en France de l'aide alimentaire estomaquent. Le service européen qui paye ces cochonneries, le Fonds d'aide aux plus démunis, n'a cure des fraudeurs comme des pauvres. L'organisme FranceAgriMer qui fournit les associations manque de moyens de contrôle. Ainsi, l'industriel polonais peut aussi importer ses carcasses de viande du Brésil sans que personne ne mette son grain de sel. Les maîtres queux de Bruxelles sont-ils prêts à planter leurs fourchettes dans ce fricot– sain, disent les autorités – pour afficher leur confiance dans le CETA et le Mercosur, ces juteux accords de libre-échange ? Qui font si bien voyager bœufs et poulets sur l'Atlantique qu'on en perd la trace ? Mieux vaut opter pour le circuit court, le local.  Et ça vaut aussi pour l'assiette des pauvres.

Michel Rouger

12/09/2019

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