Migrants

Ces habitants de Riace qui tendent les bras aux immigrés


30/11/2017

Dans le sud de l'Italie, en Calabre, les 2 000 habitants de Riace continuent d'accueillir à bras ouverts les migrants arrivés sur la côte. Une sorte de village-monde, animé par un maire visionnaire, où Calabrais et Etrangers venus de multiples pays se découvrent, partagent leurs connaissances, font revivre la commune hier en train de décliner.




riace.mp3 Riace.mp3  (6.61 Mo)

NDLR. Les auteurs de cet article, Alberte et Ilija Skoric, se sont arrêtés à Riace lors d'un voyage dans le sud de l'Italie. La commune de Calabre ne peut qu'intéresser Histoires Ordinaires, se sont-ils dit. Ils ont donc décidé de partager sur le site cette rencontre peu commune. Avis à tous les amis voyageurs...

Après avoir lu l’article de Jean-Jacques Rue dans Siné Mensuel, impossible de ne pas faire le détour par Riace. Dès l’arrivée, sur la place du village surplombant la vallée, nous sommes accueillis par un bel "arc de triomphe" aux couleurs de l’arc-en-ciel sur les piliers duquel des personnages de toutes origines sont représentés. Juste derrière, sur une terrasse surplombant un amphithéâtre à ciel ouvert, un groupe de migrants devise tranquillement à l’ombre près de quelques anciens qui eux prennent le soleil. 

Des fresques des ruelles aux ateliers de travail en binômes

C’est le tout début d’après-midi, l’ambiance est paisible et pleine de quiétude, un jeune couple africain avec un bébé se dirige vers un bâtiment. Nous partons à la découverte du village en empruntant ses nombreuses ruelles en pente raide. De loin en loin, des fresques murales ou des formes peintes découpées dans du bois illustrent l’accueil des migrants et/ou les difficiles étapes de leur périple pour rejoindre les côtes européennes. Nous découvrons des constructions et un immense jardin qui, nous l’apprendrons plus tard, est un lieu de travail et d’échange de pratiques ; il a également vocation à approvisionner chacun en légumes frais. 

Peu avant 15 h une agitation soudaine remplit les rues de personnes pressées, aux tenues chamarrées évoquant différents pays. Très rapidement, elles se dispersent pour rejoindre les différents ateliers qui s’ouvrent tous comme par magie. En effet, les migrants qui le souhaitent travaillent en binôme avec des Calabraises et des Calabrais mais également quelques autres Européens.

​Ils vont apprendre des métiers d’artisanat d’art ou bien pratiquer leur métier en compagnie d’un·e autochtone. Cela donne des scènes très belles de deux brodeuses penchées sur leur ouvrage, l’une est de Riace, l’autre d’Afghanistan. A l’atelier de céramique, deux femmes l’une Iranienne, l’autre Ethiopienne, échangent leur savoir-faire avec une calabraise.

A l’atelier bois, c’est un jeune Africain qui vante son nouveau savoir et sa production de silhouettes découpées dans le bois et peintes. Une Congolaise tisse sur un vieux métier et tient l’atelier boutique de réalisations en tissu. Plus loin, c’est un jeune Marseillais, formé à Murano, qui transmet ses techniques de filage de verre à un petit groupe de personnes ayant manifesté leur souhait de faire cet apprentissage. 

Avant de repartir, un livre dédicacé

Et cela continue d’atelier en atelier. Il émane de toutes ces têtes penchées sur l’ouvrage un sérieux, une sérénité ponctuelle, une solidarité, un bonheur d’être et de faire ensemble qui est douce aux visiteurs et qui doit l’être également pour ces personnes si malmenées par la vie et l’obligation d’avoir dû quitter leur pays. 

Malgré la barrière de la langue - mais grâce à quelques mots d’anglais et d’italien - nous échangeons un peu avec chacun, sur le travail en cours, sur le pays d’origine, sur leur parcours… Cette découverte de Riace, de ses habitants italiens et venus d’ailleurs, se trouve enrichie par la rencontre soudaine, près de la mairie, de l'homme au cœur de cette extraordinaire aventure : le maire de Riace lui-même, Domenico Lucano. 

Nous lui remettrons l’article de Jean-Jacques Rue que nous avions sur nous. De son côté, il nous offre et dédicace le livre publié en décembre 2016 par un enseignant de lycée subjugué, Antonio Rinaldis : "Riace il paese dell’accoglienza – un modello alternative di integrazione".   

Aujourd'hui nous reste le souvenir merveilleux d’une journée chaleureuse où la solidarité est en action, une preuve que c’est possible et réalisable et cela est beau et bon ! 

Alberte et Ilija Skoric
POUR EN SAVOIR PLUS



LA BANDE ANNONCE DU FILM "UN PAESE DI CALABRIA"
 





1.Posté par Bouju le 17/11/2017 11:59
c'est absolument superbe, émouvant et une dose d'espoir en l'homme quand il donne cours à sa générosité et à son besoin d'aimer et d'être aimé. Merci à vous de faire connaitre ce lieu.

Nouveau commentaire :



Le Webdocumentaire





Donner un coup de main

Tout un chacun peut participer à Histoires Ordinaires. Proposer bien sûr des sujets de reportage et des informations pour la rubrique "Vu, lu, entendu" mais il y a aussi des tâches nombreuses, variées, aussi utiles qu'accessibles. Vous pouvez en trouver ici une liste. Ensuite il suffit de prendre contact avec la rédaction. 


Le billet de la semaine

​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono