Solidaires

28/05/2020

Avec des petites mains de la solidarité

Reportage : Alberte Skoric


Formée par des Tahitiennes à la confection d'objets en tissus, Danièle Simon a eu l'idée un jour, de retour en France, d'en fabriquer gratuitement pour apporter du confort à des personnes victimes, comme elle, d'un cancer. Elle a créé une association qui rassemble aujourd'hui dix couturières et une quarantaine de tricoteuses. Qui, bien sûr, ont aussi fabriqué des masques ces dernières semaines.


Avec des petites mains de la solidarité
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Danièle Simon nous accueille chaleureusement dans son grand et lumineux "séjour-atelier", à Bruz, près de Rennes, où abondent les étoffes et fils colorés, les travaux en cours et les caisses d’articles prêts à être offerts aux malades petits et grands.

Dans sa vie d’avant, Danièle était militaire dans l’armée de terre, plus précisément "chancelier" (1). Elle a épousé un militaire et eu deux enfants. Après plusieurs affectations, la famille part s’installer pour deux ans à Tahiti. Danièle sera en disponibilité, elle aura du temps libre mais elle ne peut pas rester sans rien faire, ce n’est pas du tout son tempérament.

« Comme une prémonition », l’apprentissage auprès des mamas tahitiennes

Elle quitte donc la métropole avec une provision de patrons Burda, pensant mettre à profit cette période pour se mettre sérieusement à la couture. Comme elle s’intéresse à l’artisanat, elle rencontre à Tahiti des femmes qui tressent des chapeaux, fabriquent des bijoux ou réalisent beaucoup d'objets en tissu. Les « mamas » l’accueillent, accompagnant son apprentissage de bavardages et d'échanges.

Elle commence à se faire des robes. « Sous ces latitudes, pas de manches, pas de doublures, c’est facile à réaliser », s’exclame-t-elle en riant. Pendant ces deux années, Danièle crée et partage de multiples et formidables expériences avec ces femmes jusqu’à accueillir avec elles le roi des îles Tonga. De retour en métropole, Danièle reprend un poste dans l’armée et coud durant ses loisirs.

Avec des petites mains de la solidarité

Des petites attentions qui font du bien

A 47 ans, elle est touchée par un double cancer des seins. Durant trois longues années, elle vit la peur, l’angoisse, la chirurgie, la chimiothérapie, la fatigue abyssale. Trois ans de lutte acharnée, accompagnée de ses proches, pour vaincre la maladie et pouvoir renaître à la vie tout en gardant l’empreinte de cette douloureuse expérience. Le soutien indéfectible de son mari, l’amour de ses proches, les attentions multiples : un mot, un sms, une visite… sont autant d’attentions qui lui ont fait du bien.
 « A l’annonce du cancer, vous ne voyez plus personne, vous êtes complètement pris par vos rendez-vous, vos traitements, vous ne savez pas ce qui vous arrive, vous avez une peur épouvantable, c’est horrible ! » 
Quand la fatigue s’est faite moins prégnante, elle se dit :
« Il faut que j’arrive à faire quelque chose qui me plaise, qui me détende, qui ne génère pas de fatigue supplémentaire et si je peux aider quelqu’un ce sera bien !  Je savais combien il est douloureux de perdre ses cheveux, alors au début j’ai tricoté des bonnets que j’offrais aux patientes du Centre Eugène Marquis qui a immédiatement accepté ma proposition et m’a ouvert ses portes. » 

Vous n’êtes pas seul.e, nous pensons à vous !

Deux amies tricoteuses la rejoignent, le nombre de bonnets fabriqués s’accroit. L’association « Petits cadeaux bonheur » est créée en 2015 ; sa raison d’être : confectionner des articles indispensables au bien-être des patients et leur offrir gratuitement.
« Nous voulons que le cadeau véhicule le message : nous pensons à vous, nous sommes là, vous n’êtes pas seul.e. »
Un jour de printemps avec un soleil rayonnant, Danièle réalise que les bonnets sont trop chauds pour la saison à venir, il faut imaginer des coiffes plus légères. Commence alors la confection de couvre-chefs nombreux et variés aux couleurs vives dans des étoffes souples et douces.

Peu après, les bénévoles tiennent un stand au centre Eugène Marquis. C’est un moment de rencontre et d’écoute d’où les patientes repartent avec le modèle de coiffe qu’elles ont choisi parmi le stock fourni.

Avec des petites mains de la solidarité

Une multitudes articles

De cette écoute, Danièle et ses amies retirent les idées « d’accessoires » beaux et pratiques qu’elles vont imaginer et créer. C’est ainsi qu’aujourd’hui « Petits cadeaux bonheur » propose bonnets en bambou bio, de nombreux modèles de coiffes et chapeaux, chaussons, doudous, nounours pour les enfants en traitement, pochettes à chimio, caches poches de stomie et "nichons de coton" ultra doux pour les femmes ayant subi l’ablation d’un sein…

Une multitude d’articles remarquables, chatoyants et moelleux correspondant au besoin de douceur, de confort et d’esthétique des personnes malades. Ils sont autant de signes tangibles de chaleur humaine et participent au maintien de l’estime de soi.
« Les patientes nous disent : « j’ai souri et ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé » cela nous fait un plaisir énorme ! »
Les bénévoles travaillent à domicile et viennent ponctuellement participer aux ateliers qui sont des moments de convivialité et d’échanges autour des modèles à réaliser. Elles ont offert 2 365 petits cadeaux bonheur entre septembre 2018 et mai 2019.

Avec des petites mains de la solidarité

Une réflexion sur le bien-être autour du cancer

« Petits cadeaux bonheur » est maintenant présente dans de nombreuses structures hospitalières du département d'Ille-et-Vilaine où elle tient régulièrement des stands. L’association vient d’organiser une deuxième « Journée bien-être autour du cancer » à laquelle participent bénévolement réflexologues, hypnothérapeutes, socio-esthéticiennes… et d’autres associations afin que les patients découvrent des informations et des soins complémentaires utiles à leur qualité de vie. 

Soutenue dans son action par des dons en nature et financiers par des particuliers, la commune de Bruz, les Rotary de Bruz - Cissé et de Combourg – Dol, « Petits cadeaux bonheur » rayonne pour répondre aux besoins et demandes y compris au-delà du département où les cadeaux sont envoyés gracieusement.

Quand est arrivé cette année le Covid-19 et le manque criant de masques, Danièle Simon et ses amies se sont installées à leurs machines pour confectionner des masques en tissus demandés par les personnels soignants.
« Nous en avons envoyé 150 à l’hôpital Yves Le Foll de St-Brieuc; là, nous sommes en train d’en fabriquer et offrir aux personnels soignants des Ehpads. » 
La chaleur, l’empathie, l’énergie débordante, le sourire de Danièle au service de cette douce cause ont illuminé notre journée, nous ont fait sourire spontanément comme le font tous les articles offerts aux malades petits et grands. Voilà une association qui porte bien son nom !

Alberte Skoric

(1) Sous-officier qui gère en toute confidentialité les avancements, les récompenses, la discipline, les décorations… Les chanceliers travaillent en permanence avec les textes : litiges, règlementations, instructions, décrets, etc.

En savoir plus
 
De septembre 2018 à mai 2019, 2 365 « Petits cadeaux bonheur » ont été offerts répartis en : 
1 185 turbans/coiffes, 148 bonnets, 310 nichons coton, 226 chaussons, 65 sacs chimio, 25 chapeaux, 60 doudous, 75 bonnets de nuit, 110 nounours, 60 porte-clés, 101 articles divers.

« Petits cadeaux bonheur » c’est : 70 adhérent.e.s, 10 couturières, une quarantaine de tricoteuses, l’objectif de créer une antenne à Saint Malo…

Adhésion annuelle : 12 €

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​La vague

Regarder la mer et laisser l'esprit voyager. Surtout ne plus se laisser submerger par la peur. La peur de la « seconde vague » que croient voir arriver au loin, dans la brume, un de ces jours, l'épidémiologiste, le sous-préfet, le journaliste, la cousine dont la nièce travaille à l'hôpital. Regarder la mer. Regarder dans le flot d'abstentions de dimanche la vague verte portée par un courant socialiste que l'on croyait disparu. Regarder la mer et le temps d'un été laisser l'espoir voyager... 

​Michel Rouger

01/07/2020

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