16/09/2013

Ar C'hannad, un nouveau journal breton en ligne


Lancer, en région, sans soutien financier ni recettes publicitaires, un quotidien en ligne, fait par des journalistes professionnels, est un sérieux défi. Erwann Lucas Salouhi et trois autres journalistes et photo reporter se lancent cette semaine dans l'aventure en ouvrant le site Ar C'hannad (Le messager). Leur tentative retient l'attention de la rédaction d'Histoires Ordinaires.


Ar C'hannad, un nouveau journal breton en ligne
Erwann Lucas - Sahouli sait depuis très longtemps ce qu'être journaliste veut dire et ce que cela impose d'engagement au quotidien,  pour avoir suivi sa mêre, journaliste et chef d'agence AFP à travers le Monde et en Bretagne. Voilà cinq ans qu'il collabore à l'Agence comme correspondant en région parisienne.

L'idée d'Ar C'hannad (Le messager) est née de son attachement viscéral à la Bretagne (à cinq départements) et du constat - au travers de l'exemple de Médiapart - qu'il est possible de faire vivre une presse indépendante, pratiquant un vrai journalisme de terrain et d'enquête. L'idéal professionnel et citoyen d'Erwann.

Mais on pense tout de suite aux moyens qu'il faut pour donner vie à un un tel projet. Créé en 2008, Médiapart n'aurait atteint l'équilibre économique qu'en 2010 grâce à ses 48 000 abonnés. Pour tenir le coup et faire vivre la rédaction professionnelle, il a fallu réunir un capital de près de quatre millions dont un tiers apporté par les quatre fondateurs. Le reste du capital a été souscrit par la "société des amis de Médiapart" constituée grâce au réseau et à la forte notoriété des fondateurs.

Erwann sait cela. « J'estime, explique-t-il, le coût de fonctionnement minimal de la rédaction - trois journalistes et un photo reporter - à 200 000 €. Depuis un an nous recherchons des soutiens financiers pour assurer le lancement. » Pour soutenir cette recherche il publie un blog de pré-figuration. Il y tient une revue de presse de l'actualité bretonne et éditorialise sur l'économie et la politique française et internationnale. « Mais il est difficile de convaincre de possibles partenaires avant de montrer concrètement le concept final et ce que nous sommes capables de faire ». Alors, avec ses trois autres compères, ils ont décidé de se jeter à l'eau, sans bouée de sauvetage. A compter du 17 Septembre, Ar C'hannad est en ligne. Il offrira aux abonnés une édition quotidienne avec en moyenne quatre sujets traités sous forme d'articles ou de photo-reportages.

Avec des capacités d'apport financier personnel limité, l'investissement de départ de l'équipe fondatrice est surtout "en industrie" *. « Pas question, affirme Erwann, d'être bénévoles. L'engagement est à un journalisme professionnel. Nous valoriserons et comptabiliserons notre travail et nous le rémunèrerons dès que les premiers abonnements entreront dans les caisses »". Il attend en fin de première année 3000 abonnés. Le montant de l'abonnement est fixé à 8 € par mois, ou 75 € à l'année. Un tarif à 45 € est prévu pour les étudiants et les chômeurs.

Un média tourné vers la diaspora bretonne

Phare de Tevennec, Mer d'Iroise. Photo de: Fred Tanneau, Photo reporter, co fondateur de Ar C'hannad
Phare de Tevennec, Mer d'Iroise. Photo de: Fred Tanneau, Photo reporter, co fondateur de Ar C'hannad
Ar C'hannac ne traitera pas de l'information immédiate et locale. « Il y en a d'autres qui font cela très bien », pense Erwann. Il s'agira d'enquêter sur des sujets à dimension sociale, économique, politique, culturelle concernant la Bretagne mais dans une vision nationale et internationnale. Une part importante sera donnée à la diaspora Bretonne qui sera à la foi sujet de reportage et cible éditoriale. La rédaction promet déjà un sujet sur les Bretons au Japon, reportage réalisé il y a un mois.

Alors pour tout savoir sur ce nouveau MESSAGER, rendez vous sur AR C'HANNAD
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Pour leur permettre de juger de l'intérêt du journal, les lecteurs bénéficient d'un abonnement gratuit de 15 jours.

Alain JAUNAULT


* Les "apports en Industrie" des associés d'une société sont constitués du travail réalisé par les actionnaires en phase de lancement, sans être rémunérés. Ils ne sont pas valorisables pour constituer le capital social mais donnent droit à l'attribution de parts sociales avec droits de vote et à une distribution des bénéfices au prorata quand l'entreprise est profitable.









Le billet de la semaine

Fou


C’est fou de voir dans quels égarements conduit la récupération politique du malheur, de l’émotion collective d’un fait divers. Présidents de la République en tête. Courant après Le Pen père et fille, Nicolas Sarkozy s’en était fait une spécialité. Emmanuel Macron vient de sauter dans sa foulée. Le 14 avril, dans l’affaire Halimi,  la Justice a conclu à l’irresponsabilité pénale du meurtrier pris d’une "bouffée délirante" liée au cannabis : aussi sec, le Président de la République a demandé un "changement de la loi au plus vite". A problème de société complexe, réponse réflexe, irrationnelle. On peut se shooter volontairement pour commettre un acte programmé mais dans la plupart des cas l’usage des stupéfiants est lié à d’autres troubles ou à des conditions de vie difficiles voire dramatiques où la responsabilité des gouvernants dépasse celle des individus. Quand on sait que le nombre des malades psychiques en prison est déjà l’un des grands scandales français, ces récupérations électoralistes tiennent quelque part du délire. 

Michel Rouger
20210422_fou.mp3 20210422 Fou.mp3  (1.14 Mo)


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