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À lire : « Le Rencard des Mots Dits »


05/03/2015

Les éditions Histoires Ordinaires publient « Le Rencard des Mots Dits », des poèmes écrits par le groupe Rebond-Dire-à-Redon avec la conteuse Gigi Bigot. Ces textes drôles, émouvants et parfois impertinents, ces chercheurs d'emploi comme ils se nomment, aiment les partager avec le public, ce qu'ils ont fait aux Champs Libres à Rennes lors de la sortie du livre.




À lire : « Le Rencard des Mots Dits »
Dans le large couloir gris, ils s'agitent, le trac au ventre. Derrière la porte, dans la mezzanine des Champs Libres, ce mardi 3 mars, les spectateurs attendent. Gigi Bigot, la conteuse, et Denis Prost, l'animateur d'Aide Emploi Service battent le rappel. Laurence, Brigitte, Cathy, Martine, Solange et André rejoignent le cercle. Ensemble, ils retrouvent l'énergie collective qui les anime depuis plus de trois ans.


C'est parti ! Devant les spectateurs attentifs, d'entrée de jeu, ils disent leur joie d'écrire 

            Dans la poésie, les mots jouent ensemble.
            Lorsqu'on choisit de faire un texte,
            Ils ont une façon de bien s'accorder.
            La poésie, c'est de la magie !
            C'est comme un puzzle...
            On démarre par des idées en vrac.

            Après on assemble les mots pour qu'ils s'emboîtent.

C'est le mode d'emploi qu'ils ont suivi depuis que Denis Prost leur a proposé de participer au groupe de parole de l'AIDE. De demandeurs d'emploi, ils sont devenus chercheurs d'emploi parce « demander, c'est mendier » or l'emploi, c'est un droit. 

            Chômeur
            Tu t'sens moche et t'es paumé...
            Chercheur
            Tu te mets à marcher


De chercheurs d'emploi, ils sont devenus chercheurs de mots, « dealer de mots » avec Gigi Bigot, la conteuse amoureuse de la vie et des gens. Des mots qui sont ancrés dans le quotidien et qui chantent l'humour noir de la recherche d'emploi sur un air de Charles Trenet.

            Je file vers mon Pôle Emploi
            La joie ne me quitte pas
            La dame m'accueille
            Chantant à pleine voix
            «  Bonjour, bonjour, bonjour
            Bonjour ! Comment ça va ? »

À lire : « Le Rencard des Mots Dits »

« On se retrouvait entre nous, sans crainte d'être catalogués »

Les mots parlent de Madame Fleury qui sait si bien transmettre sa bonne humeur, du petit Farceur de chien, de Fondant de mots d'amour, de Maison Espoir et de visite au parloir. 
Des mots qui « artistisent » le quotidien comme ils disent...

Les spectateurs écoutent sagement - c'est de la poésie tout de même -  puis, petit à petit, s'enthousiasment et applaudissent. Ce sont  des poèmes à se mettre en bouche, à se dire à voix haute, à se murmurer à l'oreille ou à se hurler pour partager, comme cette colère de l'ouvrière


            Voilà, 30 ans. 30 ans au fond d'ce puits
            J'en ai ras-le-bol de travailler. 
            Les jours d'soleil jamais pour nous,
            C'est pas la peine de rêver d'bout :
            T'es ouvrière

            Alors je frotte, je frotte à m'en user
            Ces bouts d'métal qui s'en tapent de briller.
            Parfois j'regarde, ces foutus trucs quadrillés.
            J'sais même pas si j's'rai payée.
            (...)

 
Les spectateurs vibrent et veulent en savoir plus. « Faire partie du groupe, explique Cathy, cela m'a  soutenue dans ma démarche de recherche d'emploi. On se retrouvait entre nous, sans crainte d'être catalogués, sans jugement. Cela donne de la force. » Solange, elle, n'en pouvait plus de contenir sa colère d'être une chomeuse mal-traitée. Sortir les mots de ses tripes, les transformer en humour parfois grinçant, les poser sur le papier et les dire lui ont permis de garder sa dignité. Laurence s'est lancée à corps perdu dans l'écriture. Elle prend sa revanche : petite fille, combien de fois on a déchiré sa feuille quand elle écrivait ! André montre le livre, il craque. Dedans, il y a ce qu'il a écrit et il en est fier. 

Marie-Anne Divet

Pour commander le livre « Le Rencard des Mots Dits » :
Sur la librairie d'Histoires Ordinaires  ou chez votre libraire


Prochaines rencontres et dédicaces 
Dans le cadre du festival Mythos à Rennes :  le jeudi 9 avril à la Péniche-spectacle ( 30 Quai Saint-Cyr, Rennes – Tél 02 99 59 35 38 ) à 18h30.

Au Centre Social Confluence à Redon ( 5 rue Guy Pabois - Tél. 02 99 71 44 57 ), le vendredi 20 mars à 18h30

A la Médiathèque Jean-Michel Bollé à Redon ( 6, rue Joseph Lamour de Caslou – Tél. 02.99.71.29.38 ) le samedi 11 avril à 11h

La soirée du 3 mars en quelques images






Le billet de la semaine

​Marché colonial

Toi, viens, toi dehors... Sur les bords de la Méditerranée, une nouvelle place du marché est née. Des femmes et des hommes épuisés par un horrible voyage attendent. Des fonctionnaires français passent, s'arrêtent, choisissent : ils font leur marché selon les besoins en main d'œuvre décrétés par le gouvernement. Jadis la France est allée coloniser et spolier l'Afrique. Puis les Total, Bolloré et consorts ont continué à piller ses ressources en soutenant des dirigeants corrompus. Aujourd'hui, en renouant avec les « quotas » des années 30, l'ancienne puissance coloniale pille ouvertement le savoir-faire des pays africains, ce qui va les enfoncer un peu plus. Après les ingénieurs et médecins par milliers, les ouvriers qualifiés. Mais il y a là du matériel électoral pas cher et payant. Créer ces quotas suggère que les immigrés nous envahissent. Durcir l'aide médicale insinue qu'ils abusent. C'est faux, ignoble, mais ça éclipse les retraites, urgences ou assurance chômage. Et en faisant de nouveau du Sarkozy, qui prônait les quotas en 2008, Macron met la droite au supplice : « Nous aussi, on nous pille ! » C'est ça le pire.

Michel Rouger

08/11/2019

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