L'invité du mois

Un outil contre la précarité pour les intérimaires

Une interview de Daniel Lascols, directeur du Fonds d’action sociale du travail temporaire


14/11/2015

Notre treizième "Invité du mois"' pour la lutte contre l'exclusion est Daniel Lascols, directeur du le Fonds d’action sociale du travail temporaire. Prévenir les exclusions et lutter contre la précarité fait partie des défis quotidiens qu'il doit relever. Il explique comment agit ce Fonds géré par le patronat et les syndicats.





Cette interview mensuelle est réalisée en lien avec le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, le CNLE. Retrouvez ci-dessous, après l'article, les thèmes sur l'exclusion analysés par nos précédents invités.

Qu’est-ce que le Fonds d’action sociale du travail temporaire ?

Le Fastt est association loi de 1901 à but non lucratif, créé en 1992 par les partenaires sociaux, notamment l’organisation représentant les professionnels du recrutement et de l’intérim, Prism’emploi, et les organisations représentatives des salariés intérimaires (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, CGT-FO). Ils ont souhaité doter les salariés intérimaires d’un statut social spécifique.

Aujourd’hui, l’ensemble des 7000 entreprises de travail temporaire, nommées agences d’emploi, contribuent au financement de ce fonds au travers d’un accord de branche, représentant 0,146 % de la masse salariale. Chaque année, deux millions de personnes travaillent dans l’intérim par le biais de 7 000 agences d’emploi. Toutes peuvent bénéficier des services du Fastt, dès leurs premières heures de mission.

De quelle manière aidez-vous les intérimaires ?

L’intérim embrasse une variété très grande de situations dans lesquelles bon nombre de personnes se trouvent dans des distances à l’emploi très diverses. Certaines enchaînent mission sur mission, d’autres au contraire, utilisent l’intérim comme un vecteur d’insertion professionnelle. Notre mission est d’apporter des services à tous les intérimaires, quels que soient leurs profils et leurs difficultés.

Par exemple, pour la santé avec la mise en place d’une complémentaire santé et d’une mutuelle facultative qui sera rendue obligatoire dès janvier prochain. Pour l’accès à l’emploi : nous proposons des solutions de mobilité pour aller d’une mission à l’autre avec la location de véhicules mais aussi pour faciliter les grands déplacements pour les missions éloignées du domicile sans oublier que la première des actions sociales, c’est d’aider une personne à avoir une feuille de paye à la fin du mois.

Pour faciliter la disponibilité à l’emploi, nous pouvons mettre en place un service d’urgence de garde d’enfants mais aussi des solutions d’hébergement temporaires lorsqu’il y a un déplacement pour une mission, des solutions pour l’accès au logement locatif, l’accès à un crédit pour réaliser un projet, la garantie d’emprunts…

Un outil contre la précarité pour les intérimaires

Un filet de sécurité

Comment intervenez-vous pour prévenir l’exclusion ?
La valeur ajoutée du Fastt n’est pas seulement dans la capacité à apporter des solutions à un moment donné pour éviter les risques de décrochage de parcours professionnel, c’est aussi une dimension sociale pour accompagner les personnes les plus en difficulté afin qu’elles accèdent à leurs droits. Toutes les prestations que nous apportons constituent un filet de sécurité pour accompagner les personnes dans leur parcours d'insertion professionnelle, pour sécuriser et rassurer en permanence face aux obstacles que rencontrent les personnes.

Nous travaillons sur une logique de « marches pour l’emploi » en apportant les solutions tout au long du parcours : la formation par le biais du Faf TT, l’emploi par le biais des missions d’intérim avec les agences, le volet social pour éviter les ruptures de parcours en lien avec nos partenaires. 

Comment repérer ces personnes en difficulté ?

Les agences d’emploi sont les mieux placées pour détecter les situations et les difficultés des personnes, repérer les freins qui empêchent une personne d’accéder à ses droits. Nous avons aussi des partenaires, comme par exemple AG2R la mondiale, la prévoyance des intérimaires, qui repèrent les personnes en situation d’arrêt de travail du fait d’un accident. Tous nous connaissent et nous informent dès qu’ils repèrent une situation. Nous contactons alors les personnes en direct pour comprendre la situation et leur proposer un service éventuel.

Pour rendre attractif et lisible le dispositif, nous avons imaginé un grand jeu qui permet, à distance, de découvrir les projets des intérimaires : avez-vous un projet d’achat de véhicule, de logement, avez-vous des solutions pour garder vos enfants… ? Ce média permet d’entrer en relation et d’apporter des réponses à des questions. Nos services sont disponibles par téléphone ou par internet - nous enregistrons chaque année quelque 200 000 appels, notre site enregistre 1,2 million de visites chaque année. Nous avons aussi un réseau d’assistantes sociales qui peuvent trouver des solutions face aux difficultés que rencontrent les intérimaires.

Quelles alertes lancez-vous aujourd’hui ?

L’ensemble des dispositifs et des modalités d’action mis en œuvre par les pouvoirs publics doivent aussi rester opérationnels pour les contrats courts. Le travail temporaire est un moyen de se former, de s’insérer professionnellement, de monter en compétences et d’accéder à l’emploi durable. Nous souhaitons que les parcours et les dispositifs d’accompagnement soient fluides, indépendamment du statut de la personne. Les revenus de l’intérim doivent être aujourd’hui considérés comme un revenu à part entière, inscrits dans le droit commun, et ainsi ouvrir aux mêmes droits que pour n’importe quel salarié. Sans discrimination.
  
Recueilli par Tugdual Ruellan

Informations pratiques

Le site du Fastt.
Tél. 0800 28 08 28 (appel gratuit depuis un poste fixe)
Des solutions et des services pour faciliter la vie et l’emploi des intérimaires.

Daniel Lascols

Ingénieur agronome de formation, diplôme en management à l'IAE de Paris, Daniel Lascols a débuté sa carrière dans des activités de recherche dans le secteur privé, puis de marketing et de communication. Avec une solide connaissance de l'univers de la protection sociale et de l'action sociale paritaire au sein du Groupe Agrica, il dirige depuis 2002 le Fonds d’action sociale du travail temporaire.





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​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono