L'invité du mois

Le « Raz de marée de la misère » gagne du terrain

Une interview de Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français


08/12/2016

Contrairement à certaines appréciations, la misère et la pauvreté ne cessent de gagner du terrain dans notre pays. C’est le constat partagé par de nombreuses associations, dont le Secours populaire français. Son président, Julien Lauprêtre, continue d’évoquer un « raz de marée de la misère» avec plus de trois millions de personnes accompagnées l’an passé. Pourtant, malgré la monté des haines et des peurs, la solidarité s’affirme, pour accompagner les personnes en difficulté. Un engagement qui réjouit l’ancien résistant…




Le « Raz de marée de la misère » gagne du terrain

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Cette interview mensuelle est réalisée en lien avec le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, le CNLE. Retrouvez ci-dessous, après l'article, les thèmes sur l'exclusion analysés par nos précédents invités.

Vous parliez il y a une dizaine d’années « d’un raz de marée de la misère »… Qu’en est-il aujourd’hui ?

Malheureusement, ce raz de marée continue de gagner du terrain et cette aggravation de la pauvreté et de la précarité est constatée dans tous les départements par nos bénévoles. Avec nos 1500 permanences d’accueil et de solidarité, réparties sur l’ensemble du territoire, nous disposons de statistiques (d’abord, de celles du cœur et de la raison) et entendons au plus près les préoccupations des personnes en grande difficulté. L’an passé, ce sont  plus de trois millions de personnes, vivant tant dans les zones urbaines que rurales, qui sont venues nous solliciter, que nous avons accompagnées et aidées. Et nous savons que, par fierté, par dignité, beaucoup de personnes restent en souffrance, n’osant pas solliciter de l’aide bien qu’étant en très grande détresse…
 
De quelle manière agissez-vous ?
Nous avons fait nôtre la devise de Louis Pasteur qui disait : « Je ne te demande ni tes opinions, ni ta religion mais quelle est ta souffrance ? » Tels des généralistes de la solidarité, nous agissons sur plusieurs fronts. Ainsi, nous développons de grandes campagnes alimentaires. L’an passé, nous avons participé à la distribution de 480 millions de repas. Nous nous mobilisons aussi l’été pour les « oubliés des vacances » : un Français sur deux ne part pas en vacances, un enfant sur trois. Pour les fêtes de fin d’année, nous proposons les Pères Noël verts pour que, de la même façon, il y ait moins d’oubliés de Noël. Le Père Noël Vert vient au secours du Père Noël Rouge qui ne peut pas répondre à toutes les demandes des enfants... Nous apportons aussi une aide vestimentaire, des conseils en matière d’accès aux droits, à la prévention dans le domaine de la santé, l’aide au maintien dans le logement, l’accompagnement scolaire, l’accès à la culture… Toutes ces campagnes sont autant d’occasions d’attirer l’attention de l’opinion publique pour ne pas rester indifférent.

Comment continuer à agir ?

Bien sûr, la solidarité ne règle pas tout mais nous sommes persuadés qu’elle contribue au moins à jeter les bases d’un monde plus juste. Nous continuerons d’être les avocats des pauvres et l’aiguillon des pouvoirs publics que nous avons toujours été. Nous continuerons à agir pour que les personnes trouvent elles-mêmes les solutions pour s’en sortir, sans être assistées. Ne croyez pas que les pauvres aient choisi leur situation ! Ne les insultez donc pas, respectez-les, participez à l’élan de solidarité. Ce qui est rassurant, c’est de voir que malgré cette montée de violence, de haine, de conflit, de rejet de l’étranger, il y a aussi dans notre société, une force croissante d’agir en solidarité. Nelson Mandela disait : « Si les gens peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer. » Jamais nous n’avons reçu autant de propositions pour intervenir bénévolement dans notre association. Il y a aussi ces boulangers qui donnent du pain, ces restaurateurs qui nous offrent des places ou mettent à notre disposition leurs salles. C’est très émouvant de voir le bonheur de personnes en souffrance qui mangent pour la première fois de leur vie dans un restaurant… C’est très réconfortant de voir cette force jaillir de notre société. Un peu comme une nouvelle résistance… 


Interview réalisée par Tugdual Ruellan.

Le Secours populaire français en chiffres...
  • 80 000 collecteurs, animateurs, bénévoles
  • 7 772 médecins
  • 34 521 bénévoles formés
  • 25 millions d’euros collectés auprès du grand public
  • 3 296 200 personnes aidées, dont 452 800 en Europe et dans le monde
  • Présent dans 57 pays avec 152 partenaires
  • 1256 permanences d’accueil et de relais-santé en France, 663 comités locaux, 52 antennes et comités créés en 2015
Rapport d’activité 2015 – Lire ICI.

Julien Lauprêtre, une vie de résistance
 
Julien Lauprêtre, 90 ans, est président du Secours populaire français depuis 1958. Durant la seconde Guerre mondiale, il s’engage dans la Résistance et fonde, dès 1942, le réseau des Jeunes communistes résistants. Arrêté et incarcéré en 1943, il côtoie Missak Manouchian, chef du groupe de « l’Affiche rouge ». « Il m’a dit, avant d’être fusillé : il faut que tu fasses quelque chose d’utile et que tu rendes la société moins injuste... Ses paroles m’ont profondément marqué. » A la Libération, il devient responsable des jeunesses communistes puis, secrétaire du député communiste Raymond Guyot. En 1954, il s’engage au Secours populaire français, qui a été créé en 1945, et en devient le secrétaire général un an plus tard. Sous son influence, l’association devient indépendante du Parti communiste français et renforce son action d'association humanitaire auprès des plus démunis.

Un film est en préparation sur la vie hors du commun de Julien Lauprête. « Solidarité, le sens d'une vie » devrait sortir en salle en septembre 2017. Voir l'interview des réalisateurs par Aline Grillon
 

 




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Le billet de la semaine

​Le mal des soignants

Un mal ronge le milieu de la santé : la violence sur les jeunes en formation. Un nouveau diagnostic révèle même un aggravation chez les futurs infirmier.e.s. Ils se déclarent stressés (78%), épuisés psychologiquement (62%), usagers parfois de psychotropes (27%) et pas seulement à cause du poids des études ou de la précarité qui les oblige à bosser : ils se disent aussi victimes de discriminations (36,5%), de harcèlement (33,4%)... Le milieu n'a jamais été d'une grande douceur mais l'austérité injectée à haute dose depuis des années a mis les soignants eux-mêmes sous tension. Le mal frappe à tous les étages mais le principal c'est que les comptes de la Sécurité Sociale, eux, se portent mieux. 

Michel Rouger

21/09/2017

Nono



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