L'invité du mois

Grande exclusion : pourquoi le Pacte parisien est un modèle du genre

Une interview de Dominique Versini, adjointe à la mairie de Paris


07/10/2015

Le 17 mars 2015, le Conseil de Paris adoptait son « Pacte parisien de lutte contre la grande exclusion ». Modèle du genre, il illustre une application concrète du plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale. Explications avec Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris, en charge de ce Pacte.





Cette interview mensuelle est réalisée en lien avec le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, le CNLE. Retrouvez ci-dessous, après l'article, les thèmes sur l'exclusion analysés par nos précédents invités.

Grande exclusion : pourquoi le Pacte parisien est un modèle du genre
Pourquoi ce pacte ?

Le 14 février 2014, Anne Hidalgo, maire de Paris, prenait l’engagement ferme, devant les représentants des associations parisiennes, de faire de la lutte contre la grande exclusion la Grande Cause de sa mandature. La solidarité constitue le fondement même de notre ville-monde de 2,4 millions d'habitants, à la fois département et commune. Ce pacte, que nous sommes parvenus à conclure, est le reflet d'un grand travail partenarial à hauteur du nombre de personnes qui l'ont signé. C’est une déclinaison du plan national qui a nécessité une approche transversale rejetant toutes les approches sectorielles, cloisonnantes.
Le document engage à la fois la Ville et le Département mais aussi l'État, les associations des champs social, médical et psychiatrique, les institutions, les entreprises, toutes les institutions essentielles qui à un moment ou à un autre, rencontrent des personnes fragilisées, risquant à tout moment de basculer et de se retrouver à la rue ou qui y trouvent. Plus de 500 personnes ont travaillé ensemble, partagé leurs expériences et leurs propositions.

Comment avez-vous procédé ?

Une phase de concertation s’est ouverte dès l’automne 2014. Une mobilisation exemplaire s’est organisée permettant de faire émerger collectivement des solutions durables. Ce sont quelque 450 propositions qui ont été élaborées après expertise, débouchant sur la définition de 106 engagements en matière d’hébergement et de logement, d’emploi, de santé et d’accompagnement social. Le Pacte a également vocation à mobiliser autour du Paris Solidaire, toute la communauté citoyenne que forment les Parisiennes et les Parisiens.

Autour de quels engagements se décline votre pacte ?

En préalable, il y a bien sûr la question de l’accès aux droits qui est indispensable à tout parcours. Ensuite, nous devons prévenir pour éviter que les personnes ne se retrouvent à la rue, d’abord en rendant l’accès au logement plus aisé, en évitant la perte de logement, puis en repérant les situations à risques et en soutenant de façon renforcée les publics vulnérables pour éviter les ruptures.
Nous devons intervenir de manière mieux coordonnée pour apporter des solutions plus efficaces aux situations de rue, dans le respect des droits fondamentaux des personnes, ceci en renforçant le pilotage de nos interventions de terrain, en répondant de façon plus appropriée aux besoins des personnes en situation de rue, en renforçant le dispositif d’hébergement d’urgence et d’insertion.
Nous devons enfin agir sur tous les fronts de façon transversale pour permettre une insertion sociale et professionnelle durable. C’est sur ces thèmes que l’ensemble des partenaires s’est engagé en mettant en place une gouvernance partagée.

L'esprit du Pacte : repenser l'action en amont

De manière concrète, comment ces actions vont-elles être mises en œuvre ?

Certaines de ces actions sont très opérationnelles et ont déjà été mises en œuvre pour répondre à l’urgence, d’autres exigent des transformations structurelles, des évolutions réglementaires et donc, plus de temps. Certaines peuvent être mises en œuvre par un seul acteur tandis que d’autres mobilisent plusieurs partenaires. Beaucoup invitent les acteurs à transformer leurs pratiques et les modalités de leurs interventions. La mise en œuvre a commencé depuis plusieurs mois maintenant…

Comment mieux prévenir les situations d’exclusion ?

Nous avons constaté que 40 % des gens à la rue avaient eu au préalable un parcours d'aide sociale à l'enfance. Quand un département comme le nôtre - c'est le cas d’autres départements - investit 50 000 € par jeune pris en charge chaque année et parfois, pendant 10 ans, voire 18 ans… le retrouver ensuite à la rue ou au Samu social… c'est tout sauf une réussite !
Nous avons donc à repenser l’action en amont et c’est bien là l’esprit du pacte et du schéma de prévention et de protection de l’enfance que nous officialiserons en novembre 2015. Les actions de prévention que nous mettons en place doivent mieux s’adapter aux spécificités des différents publics.
Ainsi, les femmes enceintes en situation de rue vont voir leur hébergement stabilisé pendant la période pré et post natale et nous allons ouvrir début 2016 un espace solidarité insertion, accueil de jour pour les familles avec enfants ;  les femmes victimes de violences bénéficient d’un relogement rapide grâce à la mise à disposition de 70 logements ; des parcours d’insertion sont mis en place pour éviter les situations de décrochage des jeunes.
Une offre de stage et un dispositif de parrainage proposé par de grandes entreprises doivent renforcer l’autonomie des jeunes accompagnés par les services de l’aide sociale à l’enfance. Ce ne sont que des exemples d’actions…

Qu’est-ce qui vous anime ?

Paris est une ville monde qui accueille des personnes venues de tous horizons et aujourd’hui aussi de nombreux réfugiés. La crise économique fragilise les plus vulnérables et nous avons la volonté de les protéger et de les accompagner. Nous ferons tout pour nous montrer à la hauteur de cette ambition parce qu’il en va de la défense et de la promotion de nos valeurs les plus fondamentales. Paris doit demeurer un refuge de justice et de solidarité.

Recueilli par Tugdual Ruellan

Découvrir les mesures du Pacte parisien de lutte contre la grande exclusion

Dominique Versini, libre et engagée…
 
Dominique Versini est née le 17 juillet 1954 à Rabat au Maroc. Diplômée de l’Institut de Sciences Politiques de Paris et en Droit des Affaires à l’Université de Paris X – Nanterre, elle est directrice de la communication dans différents laboratoires pharmaceutiques, entre 1983 et 1995. Dès octobre 1993, elle participe à la création du Samu social de Paris avec le Dr Xavier Emmanuelli. Elle en devient en janvier 1995 la directrice générale, poste qu'elle occupe jusqu'en mai 2002, date de son entrée au sein du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.
En 1998, elle participe à la fondation du Samu social international. Durant son mandat de secrétaire d’Etat, chargée de la Lutte contre la précarité et l'exclusion de 2002 à 2004, elle lance les maisons relais destinées à accueillir des personnes ayant vécu un long parcours à la rue. En 2004, elle devient conseiller d’Etat avant d’être nommée deux ans plus tard, Défenseure des enfants. Elle préside alors le réseau européen des Défenseurs des enfants (ENOC).
A l’occasion des dernières élections municipales parisiennes, elle s’engage auprès de Anne Hidalgo comme personnalité de la société civile. Le 30 mars 2014, elle est élue conseillère de Paris et nommée  adjointe à la Maire de Paris, chargée de la solidarité, des familles, de la petite enfance, de la protection de l'enfance, de la lutte contre l'exclusion et des personnes âgées. Elle a également été élue vice-présidente du Conseil départemental.





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​Peste moderne

Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

Michel Rouger

19/10/2017

Nono