Solidarité Nord-Sud

Alain, à 78 ans, "techno solidaire"


03/08/2011

Dans le bureau atelier, à l’étage de la petite maison, les étagères sont pleines de boites remplies de disques durs démontés, de cartes électroniques, de micro processeurs, de barrettes de mémoire. Au fond de la pièce un caisson d’ordinateur ouvert et d’autres entreposés. Sur le bureau l’écran plat est allumé en permanence, branché sur internet. A 78 ans Alain est un vrai « techno addict » mais solidaire.




Alain, à 78 ans, "techno solidaire"
La solidarité Alain Rogeau l’exerce aujourd’hui en faveur de ceux qui n’ont pas les moyens de s’équiper en matériel informatique. « Les ordis sont jetés au bout de quatre ou cinq ans ! Moi je les récupère et les reconditionne : un petit coup de nettoyage, un nouveau disque dur, le remplacement de quelques composants et voilà une machine en parfait état que je donne à qui en a besoin ». Ainsi depuis plusieurs années Alain, revenu avec sa femme s’installer à Bruz (près de Rennes en Ille et Vilaine) au moment de la retraite, équipe et assure l’assistance technique d’associations sans budgets ou de personnes sans moyens. « Je ne veux surtout pas en faire un commerce, précise-t-il avec force. Il suffit de me demander.  Si j’ai une machine, je la donne à qui en a besoin ».

Alain, à 78 ans, "techno solidaire"

Dans l’enfance son destin bascule

Nés dans une famille d’industriels tisserand du Nord, Alain et ses quatre frères et sœurs avaient devant eux la perspective d’une confortable vie bourgeoise. C’était sans compter sur les conséquences de dissensions familiales, de la guerre qui fait fuir les parents et leurs cinq enfants vers l’Ouest, enfin, quelques années plus tard, de la maladie du père… Ajoutez à cela les effets désastreux sur l’éducation scolaire des enfants d’une préceptrice à domicile et vous retrouvez Alain à 17 ans en apprentissage chez un artisan radio électricien. Le fils et petit fils de « directeurs d’usines » aborde ainsi une vie d’ouvrier qu’il partagera avec sa femme, camarade de chaine dans l’atelier de fabrication de postes de radio où il est employé au retour du service militaire. Ensemble ils auront six enfants.
 
Alain évoque son existence avec sérénité, sans nostalgie aucune, si ce n’est peut être en montrant la photo de la belle et grande demeure de son enfance au Mans. « Nous n’avons jamais été riches et sommes restés locataires toute notre vie, souligne-t-il. C’est un choix car nous voulions que nos enfants fassent les études qui leur plaisent et leur assurent un bon avenir » : mission accomplie.

Alain, à 78 ans, "techno solidaire"

Deux carrières parallèles

La carrière d’Alain se partage entre une réelle passion pour un métier dont il suivra avec intérêt toutes les mutations technologiques et l’engagement syndical qui fonde une véritable autre carrière.
 
D’abord monteur réparateur à l’époque du poste radio à lampes vite remplacées par les « transistors », il apprendra sur le tas le fonctionnement du téléviseur puis installera et réparera les gros systèmes de sonorisation et de vidéo qui incluent de plus en plus d’électronique, voire d’informatique. L’ouvrier radio électricien se mue à mesures des évolutions technologiques en technicien en électronique. Vivant la vie ouvrière d’abord dans de petites entreprises, puis, la plus grande partie de sa carrière, dans une grosse entreprise de Caen, il participe tôt à des mouvements de revendication pour les salaires et l‘amélioration des conditions de travail.
 
Le syndicalisme, c’est un militant CGT qui le lui fait découvrir dans les années 60. Mais c’est à la CFDT qu’il s’engagera, créant avec plusieurs autres camarades une section syndicale qui rapidement regroupe une part importante des 400 salariés de l’entreprise. « Comme technicien je faisais partie sur collège « Etam » dans cette entreprise dont la plus grande partie de l’activité relevait du bâtiment », précise Alain.
 
Son engagement comme délégué du Personnel et délégué syndical freine sa promotion professionnelle. En revanche la CFDT fait de plus en plus appel à ses talents : d’abord pour la représenter au conseil d’administration du fond d’assurance formation du bâtiment (l’AREF BTP) : « Je me suis passionné pour le développement de la formation continue et ai contribué dans mon entreprise à promouvoir les congés de formation ».
 
Puis les prud’hommes. Il sera d’abord défenseur, puis quelques années après magistrat élus. Alain exercera les deux fonctions en même temps – dans deux juridictions différentes -  jusqu’en 95, soit deux années après son départ en retraite. « Mes responsabilités syndicales m’occupaient en dehors de l’entreprise pour plus d’un mi temps. Mais je tenais à continuer à exercer mon métier que j’aimais beaucoup. » Commente Alain. L’entreprise n’y perdait pas : il restait le seul à savoir réparer les caméras et les vieilles sonos. « Aujourd’hui on jette le matériel et les jeunes n’apprennent plus à réparer », regrette-t-il.

Alain, à 78 ans, "techno solidaire"

Quand le syndicalisme mène à l’informatique

C’est son travail syndical qui l’amène à utiliser l’ordinateur individuel dans les années 80.
 
Alain raconte : « Il y avait eu de grosses grèves à Caen  et le syndicat collectait beaucoup de fonds pour la caisse de solidarité. On assurait la redistribution à plus de 300 adhérents. Pour gérer cela je me suis rendu compte de l’intérêt des programmes informatiques. J’ai appris tout seul à utiliser le tableur, les logiciels de comptabilité… Mais ça m’a servi aussi dans mon métier : les installations intégraient de plus en plus des ordinateurs.
 
A la retraite, revenu en Bretagne, il cherche encore à rendre service au syndicat. « A la section des retraités CFDT de Rennes, ils géraient les sous avec un crayon et un papier. On a acheté le premier ordi et j’ai tenu la compta pendant trois ans. Aujourd’hui c’est encore géré par le logiciel que j’ai installé. »
 
Alain avoue avoir mis du temps avant d’utiliser internet : « J’avais peur des virus… Maintenant je suis quatre  ou cinq heures par jour sur l’ordi et en ligne… Et parfois la nuit quand je ne dors pas. Je fais tout là dessus… c‘est une passion ».
 
Une seul limite « Facebook ». Un jour sa petite fille a voulu l’y inscrire : « J’ai vu débarquer tout un tas de gens que j’avais croisés il y a des années… ça ne m’intéresse pas… J’ai dit à m’a petite fille de m’enlever tout ça… J’écris à qui je veux sans qu’il y en ait cent cinquante qui se raccrochent là dessus. »

Alain, à 78 ans, "techno solidaire"

A 70 ans Alain ouvre le capot de l’ordinateur

Jusque là, Alain était simple utilisateur de l’ordinateur. « Je n’osais pas regarder à l’intérieur. Mais j’ai vu des gens qui le faisaient sans avoir l’air de connaître grand chose ; alors je me suis décidé. » C’est ainsi qu’Alain, fort de son expérience de technicien adepte de l’auto apprentissage, s’est lancé dans le démontage et la rénovation des unités centrales.
 
Recueillir des machines et trouver à qui les donner cela s’est fait petit à petit par les relations établies au sein de l’Amicale Laïque de sa commune. Alain y est animateur bénévole au club informatique depuis plusieurs années ; plus spécialement auprès des personnes âgés :« A 70 ans, constate-t-il, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer. Les enfants leur donnent souvent leurs vieux appareils. Mais ils n’ont pas de patience… Il faut répéter plusieurs fois la même chose, ce qui rebute les plus jeunes animateurs ».
 
Sa première bénéficiaire d’un ordinateur reconditionné a été sa femme : « On se chamaillait pour l’utilisation de l’ordinateur. Alors j’ai récupéré une première machine déclassée et l’ai mise en état pour elle ».  Depuis ils ont chacun leur appareil et travaillent dans le petit bureau, l’un en face de l‘autre… « On s’envoie des mails » ajoute-t-il malicieusement.
 
Il a fourni l’ordinateur de l’épicerie sociale de la commune. Les animateurs  gèrent dessus le flux des marchandises distribuées.
 
Un de ses plus récents bénéficiaires est un jeune homme handicapé. Il a de grosses difficultés d’élocution qui le privent de communication avec les autres. L’ordinateur qu’Alain lui a fourni lui permet d’échanger par écrit et par mail. Il n’avait pas les moyens de s’équiper. Alain assure aussi sa formation et l’assistance technique.
 
Cette activité de reconditionnement Alain l’aime beaucoup mais il n’a pas de plan de développement bien arrêté. « Aujourd’hui j’ai personne en vue. Mais j’ai de quoi satisfaire quelques demandes ». De toutes façons,  il tient à poursuivre à son rythme, sans trop se bousculer.

Alain Jaunault






1.Posté par Castel le 31/08/2011 14:06
Bonjour,

Ayant un "viel" (2002) ordinateur dispo, est-ce que Alain Rogeau est interessé que je lui livre ?

Bien à vous

PS : le mieux est de me répondre sur mon propre mail

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Pas de pesticide pour elle. Apparue en Occident par un mélange de productivisme et d'argent fou, devenue rapidement un fléau planétaire, la pac, la peste agrochimique, est d'autant plus redoutable qu'elle a, avant d'empoisonner les agriculteurs et ouvriers qui la côtoient ou contaminer la chaîne alimentaire de la terre à l'assiette, infecté gravement les esprits. Pour les paysans qu'elle a sortis de la misère il y a un demi-siècle, elle reste une croyance exploitée sans vergogne par des prêcheurs mercantiles qui les poussent à surproduire avec l'appui de la FNSEA, cet étrange syndicat qui détruit ses propres adhérents, et celui de l'Union européenne qui s'est toujours couchée jusqu'ici devant le monstre Bayer-Monsanto et autres  empoisonneurs. Contre la peste agrochimique et les multiples maux des industries cyniques, un seul traitement : une double dose massive de mouvement citoyen et de courage politique. Il en existe des stocks inemployés.

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